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HOMME (origines de l')

Soixante millions d'années (MA) séparent le premier primate connu, Purgatorius, de l'homme. Les plus anciens singes d'Afrique appartenant au groupe des Hominoides (super-famille qui comprend l'homme, les grands singes africains et asiatiques et tous les fossiles apparentés) sont datés du Miocène inférieur, vers 25 MA. On ne sait cependant toujours pas qui sont les ancêtres de tous les hominidés (homme, chimpanzé et gorille) parmi les fossiles africains et eurasiatiques. Les premiers hominidés datent entre 7 et 6 MA. Orrorin tugenensis (v.), découvert en 2001 au Kenya, au cœur des collines Tugen, est le plus ancien bipède connu. Il rivalise d'ancienneté avec Sahelanthropus tchadensis, dit Toumai (v.) mis au jour dans la localité de Toros-Menalla au Tchad, en Afrique centrale, en 2001, de l'autre côté du rift. Entre 5,8 et 4,4 MA, on trouve l'ardipithèque (v.) représenté par deux espèces très primitives, Ardipithecus ramidus et Ardipithecus kaddaba, car proches du chimpanzé. Elles ont été trouvées sur le site d'Aramis en Éthiopie en 1994 et 2004. Le débat est vif pour savoir qui de Orrorin ou de Sahelanthropus pourrait être l'ancêtre du genre Homo, mais à l'heure actuelle aucune certitude n'est établie. À partir de 4 MA, une pléthore d'australopithèques peuple l'Afrique. On connaît 8 espèces, dont il est difficile encore aujourd'hui de cerner les relations de parenté. Australopithecus afarensis (v. LUCY), A. africanus (v. TAUNG), A. anamensis et A. garhi, sont réparties à l'E. du continent africain (Éthiopie, Kenya, Tanzanie) jusqu'en Afrique du Sud, entre 4 et 2,5 MA. En 1995, la découverte d'Abel (v.), A. bahrelghazali, exhumé à l'O. du rift, élargissait la répartition des australopithèques en Afrique centrale. Les trois autres espèces sont des formes robustes, ou Paranthropes (v.). Il s'agit de A. boisei, A. aethiopicus et de A. robustus, découverts en Éthiopie, au Kenya et en Afrique du Sud et datés entre 2,6 et 1,2 MA. Ces Paranthropes présentent des caractères singuliers sur le crâne et les mâchoires qui suggèrent une mastication puissante : des molaires et des prémolaires de très grande taille, une mandibule très robuste, des crêtes d'insertion musculaire très développées sur la nuque et sur le haut du crâne. Ils disparaissent vers 1,2 MA sans descendance. Tous les australopithèques ont un cerveau de petit volume, entre 400 et 550 cm3 (1500 cm3 en moyenne chez l'homme) ; des mâchoires très avancées par rapport à la région nasale (on parle de prognathisme) ; des dents jugales, prémolaires et molaires, relativement grandes ; ils sont bipèdes mais ont gardé une aptitude à grimper aux arbres. Aucun fossile ne peut être associé avec certitude à une industrie lithique. Ils vivaient en milieu ouvert à proximité des lacs et se nourrissaient de petits animaux, de tubercules ou de carcasses dérobées aux félins. Il est difficile de faire le lien entre ces différents australopithèques et les premiers représentants du genre humain qui apparaissent vers 2 MA. Homo habilis et Homo rudolfensis sont les premières espèces humaines (certains scientifiques les regroupent en une seule espèce H. habilis). H. habilis connu à Olduvai (Tanzanie) et à Koobi-Fora (Kenya) présente un volume crânien de 510 cm3, et de petites dents jugales. H. rudolfensis découvert à Koobi-Fora présente un volume crânien supérieur (750 cm3) et des dents plus grandes. On trouve, dès lors, ces premiers humains avec des outils en pierre très simples qui sont des galets retouchés. 000200000D1F00000DAC D19,C'est avec Homo ergaster (considéré parfois comme un Homo erectus archaïque) que l'on reconnaît les premiers caractères « humains » qui persisteront chez les espèces plus tardives (H. erectus, H. sapiens, H. neanderthalensis, etc.), à savoir une locomotion bipède adaptée à un habitat ouvert, des dents de petite taille qui montrent un régime alimentaire moins spécialisé que celui des australopithèques, une stature plus grande. H. ergaster est connu en Afrique à partir de 1,7 MA. L'adolescent de Nariokotome, individu découvert à Koobi-Fora, au Kenya, a un volume cérébral de 850 cm3 et sa taille corporelle est voisine de celle de l'homme actuel. C'est probablement ses capacités physiques, sa dextérité à fabriquer et à manipuler des outils - on est au début de l'Acheuléen (v.) - et des conditions climatiques et environnementales favorables qui ont poussé H. ergaster à sortir d'Afrique. C'est en Géorgie, sur le flanc sud du Caucase, que l'on trouve les traces de ces premiers hommes en Eurasie, vers 1,8 MA. Les fossiles de Dmanissi, une mandibule, un crâne, des ossements de grands mammifères, des outils de pierre, sont pour l'instant les plus anciens vestiges. Les découvreurs l'ont baptisé Homo georgicus. C'est en 1891 que Eugène Dubois (v.) découvre les premiers restes du « Pithécanthrope » (v.), à Trinil, sur l'île de Java. Puis, les premiers « Sinanthropes » (v.) sont extraits du site de Chou-k'ou-tien en Chine. La présence de ces hominidés, renommés Homo erectus, est attestée en Indonésie vers 1 MA. Suivront par la suite les découvertes de nombreuses dents isolées, de restes crâniens et d'éléments du squelette, à Java (sites de Sangiran, Ngandong et Sambungmachan), et en Chine (sites de Chenjiawo, Gongwangling, Nanjing entre autres). Des fossiles européens et africains ont aussi été attribués à Homo erectus, élargissant de ce fait sa distribution géographique. La systématique des Homo erectus a beaucoup évolué au cours de la dernière décennie et reste toujours très débattue. Il est aujourd'hui courant de trouver dans la littérature Homo ergaster et Homo sapiens, à la place d'Homo erectus, pour les fossiles africains. De même, d'autres appellations ont été données aux fossiles européens, l'espèce Homo heidelbergensis par exemple, à laquelle sont venues s'ajouter Homo antecessor et Homo cepranensis. En Asie, la durée de vie d'Homo erectus se situe entre 1 MA et 200 000 ans environ. Il se caractérise par une boîte crânienne longue et de paroi épaisse, un volume cérébral supérieur à 1 000 cm3, un bourrelet osseux proéminent au-dessus des orbites et un frontal aplati et fuyant. Les outils sont représentés majoritairement par des bifaces et par des éclats retouchés en grès ou en quartz. En Europe, les plus anciens fossiles sont attribués à Homo antecessor (Atapuerca (v.), 800 000 ans av. notre ère) et à Homo cepranensis (Ceprano (v.), 700 000 ans). Aucun ne montre encore de caractères néandertaliens, contrairement à l'espèce Homo heidelbergensis représentée par tout un ensemble de fossiles européens engagés dans un processus de « néandertalisation ». Entre 450 000 et 80 000 ans av. notre ère, les fossiles montrent en effet une accumulation progressive de caractères dérivés de Néandertaliens (citons Tautavel en France, Petralona en Grèce, Swanscombe en Angleterre, Mauer et Steinheim en Allemagne). 00020000071400001AC5 70E,Les Néandertaliens sont connus en Europe et au Proche-Orient entre 80 000 et 33 000 ans av. notre ère. Parmi les plus célèbres, on peut mentionner Krapina en Croatie, La Chapelle-aux-Saints, Le Moustier, La Ferrassie en France, Zaffaraya en Espagne, Tabun en Israël, Shanidar en Irak. Le crâne est massif avec un cerveau de 1 520 cm3 en moyenne, les orbites sont surmontés de deux bourrelets osseux développés, la boîte crânienne est basse, étirée vers l'arrière en forme de chignon occipital, l'oreille interne a une structure particulière différente de celle des hommes modernes, le squelette est massif et robuste. Il faut rechercher l'origine des Néandertaliens du Proche-Orient parmi les populations européennes. Cette migration d'est en ouest a probablement débuté il y a 150 000 ans. Ces squelettes ont été pour la plupart découverts dans des sépultures. L'industrie des Néandertaliens comprend de nombreux grattoirs, pointes et racloirs fabriqués sur éclats. Ils innovent l'industrie moustérienne et développent le débitage Levallois, caractéristique du paléolithique moyen. Homo sapiens (v.) est présent en Afrique et au Proche-Orient dès 250 000 ans av. notre ère ; il n'apparaît en Europe que vers 36 000, où il remplace progressivement les Néandertaliens, sans qu'il y ait eu, semble-t-il, de métissage. Ce sont les hommes de Cro-Magnon (v.). Le premier homme moderne d'Europe a été récemment découvert en Roumanie, en 2002, dans la localité de Pestera cu Oase. Il s'agit d'un individu adulte dont on ne connaît que la mandibule, datée au carbone 14 de 36 000/34 000 ans. C'est le temps du paléolithique supérieur pendant lequel l'outillage tend à devenir de plus en plus petit, divers et spécialisé. L'industrie osseuse se développe et l'art, mobilier et pariétal, connaît un essor magistral.

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