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HÉRÉSIE

On désigne par ce terme, dans l'Église catholique, la négation directe d'un dogme ou une conception erronée en matière de foi qui consiste généralement à « choisir » (en grec hairésis = choix), à séparer de leur contexte un ou plusieurs éléments de la doctrine de l'Église, qui, ainsi isolés, prennent un sens aberrant. L'hérésie menace l'Église de l'intérieur, car elle est le fait de baptisés qui entendent rester chrétiens, qui se proclament même les seuls chrétiens authentiques. Elle n'aboutit pas forcément au schisme (de même que le schisme n'est pas toujours lié à une hérésie). Dès ses débuts, l'Église a connu de nombreuses hérésies, qui amenèrent les Pères, les conciles, le Saint-Siège à expliciter et à préciser peu à peu le contenu du dogme catholique. Les principales hérésies des Ier/IIe s. furent le judéo-christianisme, le docétisme, le gnosticisme (v.), le millénarisme, l'encratisme, le montanisme, le marcionisme. Le IIIe s. fut marqué par diverses hérésies trinitaires (le monarchianisme, le patripassianisme, le sabellianisme), par une hérésie christologique, l'adoptianisme, et par des hérésies orientées vers une morale rigoriste, le novatianisme et le donatisme, que renforcèrent par la suite des courants issus du manichéisme (v.). Au IVe s., les problèmes doctrinaux passèrent au premier plan dans une Église délivrée des persécutions : cet âge fut rempli par les luttes de l'arianisme (v.), la grande hérésie trinitaire. Les luttes les plus vives, qui aboutirent au schisme de plusieurs Églises orientales, furent provoquées par les hérésies christologiques : apollinarisme, nestorianisme (v.), monophysisme (v.) ; ce dernier courant se prolongea jusqu'au VIIe s. sous la forme plus modérée du monothélisme. L'Orient chrétien connut encore, aux VIIIe/IXe s., la crise de l'iconoclasme (v.). La réapparition du vieux manichéisme, qui traversa tout l'âge médiéval, se produisit en Occident au début du XIe s. Vers 1050, Bérenger de Tours soutint des doctrines erronées sur l'eucharistie. Le Moyen Âge vit proliférer de nombreuses hérésies, qu'on peut répartir en deux grands courants qui souvent se rejoignirent. Les premières, nées d'une réaction contre la richesse, la puissance temporelle, le relâchement moral de l'Église établie, annonçaient déjà la Réforme et appelaient à une Église vraiment divine, revenue à la pureté des origines. Les principaux représentants de ce courant furent Pierre de Bruys, Henri de Lausanne, la secte des vaudois et, avec une forte imprégnation de manichéisme, celles des cathares ou albigeois (v. ALBIGEOIS). Au second courant appartiennent les doctrines apocalyptiques et millénaristes : exposées à la fin du XIIe s. par Amalric de Bène, elles fleurirent surtout au XIIIe s. chez les frères du Libre-Esprit, les disciples hétérodoxes de Joachim de Flore, les spirituels franciscains, les bégards. Aux XIVe/XVe s., c'est principalement la notion de l'Église et, par conséquent, celle de la hiérarchie ecclésiastique et celle des sacrements qui sont violemment mises en cause par Wyclif (v.), Jan Hus (v.), Jérôme de Prague ; l'hérésie suscite alors de puissants mouvements populaires comme ceux des lollards en Angleterre, des hussites (v.) en Europe centrale. Ce sont les prodromes de la grande crise religieuse du XVIe s. marquée par l'essor du protestantisme. 00020000097F00000CFE 979,Le concile de Trente (v.) (1545/63) achève alors de préciser les divers points du dogme catholique, sans parvenir cependant à une solution absolument satisfaisante du problème de la grâce, d'où les controverses soulevées à la fin du XVIe s. et au XVIIe s. par le baïanisme et le jansénisme (v.). À la fin du règne de Louis XIV, le terrain de la mystique voit naître une hérésie subtile, le quiétisme (v.). À la suite de la Révolution et de la laïcisation croissante de la société et des esprits, l'Église se trouve devant un double problème : d'une part, les rapports de l'espérance évangélique et de l'idéal démocratique et révolutionnaire, qui ont amené Lamennais (v.), Marc Sangnier (v. SILLON) et, plus près de nous, le progressisme chrétien à des confusions entre le religieux et le politique ; d'autre part les rapports de la foi et de la science, à propos desquels s'affirment les tendances contraires du fidéisme et du modernisme. À l'égard de l'hérésie, l'Église catholique, dès l'âge des Apôtres, adopta une attitude de refus extrêmement ferme. Pendant tout le premier millénaire de son histoire, elle ne recourut cependant, contre les hérétiques, qu'à des sanctions spirituelles - en général, l'excommunication. Si Priscillien fut exécuté (385), ce fut sur l'ordre de l'empereur Maxime, pour immoralité et pour magie, et toute la chrétienté fut indignée de cette exécution. Mais la répression de l'hérésie changea de caractère au Moyen Âge du fait que, dans une société « sacrale » comme l'était la chrétienté, le régime politique et social tout entier reposait sur l'unité de foi ; l'hérésie apparut désormais non seulement comme une erreur, comme une déchirure dans l'Église, mais comme une atteinte à l'ordre établi qui devait être réprimée aussi bien par les pouvoirs temporels que par la puissance spirituelle. La peine du bûcher fut appliquée pour la première fois aux hérétiques lors du procès des chanoines manichéens d'Orléans, en 1022 ; à partir de 1050, elle devint d'un usage habituel. Les hérétiques comparaissaient devant les tribunaux ecclésiastiques ou officialités ; ils étaient avertis une fois, mais, s'ils persévéraient dans leurs doctrines, ils étaient livrés au bras séculier, qui, en général, leur infligeait la peine de mort. Devant le développement rapide de l'albigéisme (v.) dans le midi de la France, les tribunaux de l'Inquisition (v.) furent peu à peu mis en place entre 1184 et 1240.

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