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HÉRACLIUS

Empereur d'Orient (610/41). Venu au pouvoir en renversant l'usurpateur Phocas, il trouva l'Empire au bord de la ruine. Les Perses envahissaient l'Asie Mineure, s'emparaient de Jérusalem (614) et de l'Égypte (619) ; en Europe, les Avars parvenaient sous les murs de Constantinople. Héraclius déclencha contre les Perses une véritable croisade (622/28), remporta sur Chosroès II la victoire décisive de Ninive (12 déc. 627) et reconquit ainsi tous les territoires perdus en Orient ; en mars 630, il rapporta en grande pompe à Jérusalem la Vraie Croix, qui avait été enlevée par Chosroès. Mais cet effort offensif avait épuisé l'Empire, qui se retrouva impuissant devant le déferlement de l'invasion arabe : l'écrasement de l'armée byzantine à Yarmouk (636) provoqua la perte, cette fois définitive, de la Syrie, de Jérusalem (638), de la Mésopotamie (639), de l'Égypte (639/642). Le règne d'Héraclius s'achevait ainsi par un désastre, qu'avait préparé, à l'intérieur, la grande querelle religieuse du monophysisme.

Héraclius ; empereur de Byzance [610-641].

L’usurpateur Phocas, sous-officier devenu empereur [602-610], a installé à Constantinople, après le règne de Maurice, un régime de terreur. Lorsque celle-ci atteint son point extrême, H., fils de l’exarque (gouverneur) de Carthage, attaque la capitale. Il renverse l’empereur et fonde ainsi, pour un siècle, la domination de sa propre dynastie [610-695]. Il trouve l’Empire au bord de l’effondrement. Alors que la péninsule Balkanique est submergée par l’invasion des Avars et des Slaves, le roi de Perse Chosroès II, dont l’avance est inexorable, conquiert Antioche et Césarée (612), la Syrie (Damas, 614), la Palestine (Jérusalem, 615), une partie de l’Asie Mineure (à partir de 615) et l’Égypte (à partir de 617). Ce n’est qu’en 622, après avoir fait la paix avec les Avars, que H., soutenu par le patriarche Sergius [610-638] et les trésors de l’Église, peut passer à la contre-attaque ; il mène lui-même l’offensive, après s’être allié aux Khazars, une peuplade turque. Mais, en même temps, dans son dos, les Avars et les Perses mettent le siège devant Constantinople (626). H. est vainqueur à la bataille de Ninive (627), puis pénètre à l’intérieur du royaume perse. Chosroès II est renversé et meurt assassiné en 628. Byzance a regagné toutes les provinces qu’elle avait perdues à l’est, et H. devient le tuteur du jeune roi de Perse. C’est le triomphe total d’une guerre qui a pris le caractère d’un affrontement religieux entre le christianisme et le culte de Zoroastre ; le triomphe du christianisme est symbolisé par le retour de Ctésiphon à Jérusalem de la relique de la Sainte Croix (629). Mais bientôt, la catastrophe survient du côté où on ne l’attendait pas. Les Arabes, qui viennent d’être unifiés par Mahomet, s’avancent au-delà de leurs frontières après la mort du Prophète. En 636, à la bataille du Yarmouk, l’armée du calife Omar anéantit l’armée byzantine. La Syrie et un peu plus tard l’Égypte sont perdues, et cette fois de façon définitive. La conquête est d’autant plus facile que la population de ces provinces, constituée en grande partie de communautés chrétiennes monophysites, salue la liberté religieuse accordée par les Arabes comme une délivrance de l’oppression que leur faisait subir le gouvernement byzantin. La réunification religieuse, que l’empereur a essayé de promouvoir entre les orthodoxes et les hérétiques monophysites (condamnés en 448, ils insistent sur la nature divine du Christ), en fondant la doctrine du monothé-lisme (une seule volonté, divine, dans le Christ), exposée dans l'Echtésis de 638, échoue finalement à cause de réticences mutuelles. En dépit de très réelles capacités militaires, H. ne peut léguer à sa mort (11 févr. 641) qu’un Empire limité à des parties de l’Afrique, bientôt perdues, de l’Italie et des Balkans, et à l’Asie Mineure, qui va maintenant en former le noyau dur. Ici, dès les premières années de son règne, l’empereur a introduit des réformes, préalables à sa campagne contre les Perses et qui forment la base de la constitution du Moyen Empire byzantin. H. et ses successeurs généralisent le système des thèmes, subdivisions territoriales qui remplacent les anciens provinces et diocèses : les provinces sont réparties entre des groupements militaires (themata) ; le chef des troupes qui y stationnent (« stratège ») joue pratiquement le rôle de gouverneur ; les armées de mercenaires sont largement remplacées par des soldats-paysans solidement installés dans le pays. Les successeurs de H. étendront le système à tout l’Empire. H., pourtant originaire de la partie occidentale de l’Empire, où la langue latine domine, remplace le latin par le grec comme langue officielle de la cour et de l’armée. L’expression de « basileus fidèle à Dieu » désigne depuis 627 l’empereur qui se disait auparavant « César Auguste ». Comme, de plus, les provinces orientales sont maintenant définitivement perdues, l’Empire devient désormais de langue et de culture grecques ; l’Italie, toujours plus menacée par les Lombards, et Rome, indisposée par le monothélisme officiel, se détournent toujours davantage de l’Orient. C’est à partir de là seulement que l’Empire romain d’Orient devient, à proprement parler, l’Empire byzantin.




HÉRACLIUS Ier (en Cappadoce, v. 575-641). Grand empereur byzantin (610-641). Il organisa la défense de l'Empire menacé de toutes parts et affaibli par les querelles religieuses. Héraclius déclencha contre les Perses Sassanides qui avaient occupé la Palestine et la Syrie une grande expédition victorieuse (622-628) qui fut, plus tard, considérée par les croisés comme une véritable croisade, en particulier parce qu'il avait rapporté la Vraie Croix à Jérusalem (630), enlevée par les Perses. Mais cet effort avait épuisé l'Empire et il ne put empêcher la conquête définitive de la Syrie, de la Palestine et de l'Égypte par les Arabes. Voir Byzantin (Empire), Héraclides, Monophysisme.

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