GUILLEVIC Eugène. Poète français
GUILLEVIC Eugène. Poète français. Né le 5 août 1907 à Carnac (Morbihan). Eugène Guillevîc, dont le père abandonna la mer pour la gendarmerie, eut une enfance triste. Ce fils du pays breton devra quitter de bonne heure sa terre natale pour suivre sa famille à Jeumont, dans le Nord, puis à Ferrette, en Alsace, aux hasards des nominations de son père. Écolier très doué, il poursuivra alors ses études secondaires au collège d'Altkirch, avant d'éprouver l'espoir, en 1926, d'abandonner une vie pauvre et étriquée en réussissant un concours d'administration. Nommé receveur d'enregistrement, il devra attendre cependant l'année 1935 pour être dépêché à l'administration centrale à Paris, avant d'occuper, en 1946, le poste important d'inspecteur de l'Économie nationale. Il commença à écrire assez jeune, mais c'est seulement lorsque son art sera parvenu à maturité qu'il se décidera à publier, en 1942, son premier recueil de poèmes, Terraqué qui révélera immédiatement une voix totalement nouvelle dans la poésie française. Dans des pièces généralement très concises, surchargées d'une émotion suggérée avec une très grande pudeur, il y évoque pour la première fois sa Bretagne, cet univers pauvre de rochers et de fougères, qu'il ne cessera d'exalter dans ses livres suivants et au centre duquel l'homme fait figure d'étranger, qui ne peut se défaire d'un sentiment permanent d'incomplétude qu'au prix d'une humilité sans limites s'exprimant par une totale sympathie pour les choses les plus « basses » : les animaux, les charognes, la terre. En 1943, conséquence d'une longue réflexion à laquelle le poussèrent ses responsabilités professionnelles, Guillevic adhère au Parti communiste, engagement assez étrange si on confronte l'optimisme idéologique du marxisme avec le sentiment de désespérance et de détresse intime qui émane de Terraqué et que ne démentiront pas les recueils suivants : Exécutoire (1971), Gagner (1949). En 1954, Guillevic publiera Trente et un sonnets devant illustrer ses convictions politiques, Il y traite la forme classique du sonnet d'une façon très originale, non dépourvue de virtuosité, en répudiant de ces poèmes toute trace d'éloquence, comme s'il se livrait à une entreprise de démythification des somptuosités gratuites habituelles à la poésie française. Son oeuvre s'enrichira encore par la suite de nombreux recueils dont Carnac (1961), Sphère (1963), Ville (1969), Inclus (1973). Dans tous ses livres, Guillevic livre au lecteur la vision d'un monde étrange et dont l'existence, tout autant que pour le poète latin Lucrèce, ne semble due qu'au hasard, un monde qui aurait dû ne pas être. Son univers, aussi bien moral que physique, se révèle soumis à une pesanteur écrasante qui impose à toute forme de vie une horizontalité minéralisante. Aucune lumière n'y sacralise les existences que le poète nous décrit comme aspirant continuellement, dans un apeurement presque panique, à une résorption totale, en deçà de la naissance et de la germination, et cherchant à s'enfouir le plus profondément possible dans la chair du sol natal auquel les ramène la mort. Guillevic trouvera ainsi dans l'ellipse une forme adéquate à l'expression de ses sentiments, comparable à la gaucherie d'un geste brusque qui révèle une tendresse et une piété infinies pour les êtres, impossibles à communi-quer sans maladresse. Elle confère à nombre de ses poèmes une force lapidaire qu'une éloquence plus éclatante serait incapable d'exprimer. Les mots même dont il use apparaissent compacts, rugueux, fermés sur eux-mêmes, à l'image des bêtes monstrueuses et des galets qui représentent pour ce Breton perpétuellement nostalgique de sa terre les dieux les plus dignes d'invocation.
Liens utiles
- devoir 2 français cned La Leçon, d’Eugène Ionesco
- Tyard ou Thiard ( Pontus de), 1521-1605, né au château de Bissy (Mâconnais), poète français.
- Mainard o u Maynard François , 1582-1646, né à Toulouse, poète français.
- Bourbon Nicolas , 1503-vers 1550, né à Vandeuvre, poète français d'expressionlatine.
- Lors de son allocution au Banquet Nobel du 10 décembre I960, Saint-John Perse déclara : « Mais plus que le mode de connaissance, la poésie est d'abord le mode de vie et de vie intégrale. Le poète existait dans l'homme des cavernes, il existera dans l'homme des âges atomiques : parce qu'il est une part irréductible de l'homme.» Vous vous efforcerez d'apprécier, à l'aide d'exemples tirés de vos lectures ou de votre expérience, ces propos du grand poète français, récemment disparu.