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GUERRE PSYCHOLOGIQUE

GUERRE PSYCHOLOGIQUE « Le rôle de barrage que joue l’artillerie dans la préparation de l’attaque de l’infanterie sera assumé dans l’avenir par la propagande révolutionnaire. Il s’agit de briser psychologiquement l’ennemi avant que les armées commencent à entrer en action. » Ce leitmotiv de Mein Kampf (1924) marque la naissance de la notion de « guerre psychologique » et de la stratégie qu’elle inspire. À cause de cette origine nazie, les états-majors des forces alliées continueront longtemps à utiliser le terme de propagande ou lui substitueront, comme les militaires britanniques, l’expression de « guerre politique » (Political Warfare). La Seconde Guerre mondiale voit, en effet, se mettre en place dans les camps belligérants un ensemble de dispositifs de propagande et de contre-propagande. À cette guerre psychologique, le parti national-socialiste s’est préparé dès son accession au pouvoir. En 1933, il inaugure des émissions radiophoniques en ondes courtes, en direction des États-Unis, en anglais et en allemand. L’Union soviétique s’était montrée pionnière en lançant, dès 1929, des émissions régulières en allemand et en français et, l’année suivante, en anglais et en néerlandais. BBC, Radio Liberty, Radio Free Europe, Radio Moscou… Ce n’est qu’en 1938 que la BBC (British Broadcasting Corporation) - appelée à jouer un rôle de catalyseur dans le combat contre les puissances de l’Axe - crée un service en langue allemande pour ensuite diffuser en espagnol et en portugais vers l’Amérique latine. La même année, la Maison-Blanche entreprend de mobiliser les grands réseaux radiophoniques privés des États-Unis pour combattre l’influence grandissante de l’Allemagne dans les pays situés au sud du Rio Grande. La propagande allemande vise en effet à rallier les colonies d’Allemands installés à l’étranger (évaluées à quatorze millions de personnes), pour les inciter à former des clubs et des associations, voire à constituer des mini-partis nationaux-socialistes avec un chef local. Il faudra toutefois attendre février 1942 pour que le gouvernement américain prenne le relais en se dotant d’une radio officielle, Voice of America. Les opérations de propagande à l’extérieur du territoire national sont confiées à deux organismes : l’Office of War Information (OWI), chargé de la propagande non déguisée (overt propaganda), et l’Office of Strategic Service (OSS), compétent en matière d’opérations clandestines (covert propaganda). À la fin des hostilités, ce dernier se métamorphosera en CIA (Central Intelligence Agency), tandis que l’autre deviendra l’Office of International Information, socle de la future USIA (US Information Agency), créée au début des années 1950. L’embrigadement de la Guerre froide ajoutera au dispositif de propagande symbolisé par Voice of America deux radios clandestines : Radio Liberty (1953) et Radio Free Europe (1950), lancées directement par la CIA avec la mission exclusive de « pilonner » respectivement l’Union soviétique et les pays d’Europe centrale et orientale. Pour empêcher ce « pilonnage », l’Union soviétique renforce son dispositif de brouillage des émissions. Dans les milieux du renseignement occidental, tout le monde s’accordait à colporter l’idée que l’Union soviétique disposait d’un potentiel d’émissions radiophoniques en direction de l’étranger sans commune mesure avec celui des États-Unis. Dans les années 1970, Radio Moscou diffusait par exemple une moyenne de 235 heures par semaine en quinze langues vers l’Afrique ; Voice of America n’était créditée que de 130 heures en quatre langues seulement (anglais, français, arabe et swahili). Ce déséquilibre flagrant entre le potentiel de la dezinformatsia et celui de la propagande américaine sera compensé par le manque d’impact des programmes de radio venus de Moscou, jugés par trop « propagandistes ». Les débats sur la régulation des flux d’information. C’est dans ce contexte que reprennent les débats sur la régulation des flux internationaux d’information, amorcés dans les années 1930 lorsque, pour se défendre des émissions en provenance de Berlin, le chancelier d’Autriche Engelbert Dollfuss (1892-1934), pour la première fois dans l’histoire, avait décidé de recourir au brouillage du spectre radiophonique. Deux thèses commencent à s’affronter : d’une part, le principe du free flow of information, défendu par le département d’État américain, fidèle à la doctrine libérale de libre circulation des marchandises, culturelles ou non, et farouchement hostile à toute restriction à l’usage international des communications ; de l’autre, la doctrine du Kremlin qui, soucieux de soustraire les citoyens soviétiques à la propagande occidentale, invoque la « souveraineté nationale » et interprète l’intromission des ondes internationales comme l’« ingérence d’une puissance étrangère dans les affaires intérieures d’un État- nation », comme une « agression idéologique », justifiant de la sorte sa politique de perturbation des émissions étrangères. Le Kremlin traita même l’écoute individuelle de ces radios de « crime idéologique ». Ces débats se dérouleront dans les hémicycles de l’Organisation des Nations unies. En 1947, l’Union internationale des télécommunications (UIT), fondée en 1932 pour réguler les relations internationales en cette matière, est rattachée à l’ONU ; elle sert de plate-forme aux premiers affrontements entre l’Est et l’Ouest sur la question de la réglementation des usages du spectre radiophonique. En marge de ces discussions sur l’utilisation de la radio à « des fins pacifiques », les États-Unis mettront à profit les innovations réalisées en temps de guerre, construisant les bases de leur complexe militaro-industriel dans le cadre du National Security Act (1947). Le développement et la recherche des technologies d’information et de communication (dont est issu Internet) y tiendront une place privilégiée, comme le révélera, dans les années 1960, le formidable essor des machines à communiquer, l’ordinateur et le satellite de télécommunications, bientôt enjeu de la conquête spatiale, autre facette de la guerre, non déclarée, livrée par « communication » interposée.

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