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Gracques, les

Gracques, les. À Rome, les deux frères Tiberius Sempronius Gracchus (v. 164-133 av. J.-C.) et Gaius Sempronius Gracchus (mort aux environs de 121 av. J.-C.). Ils comptaient parmi les douze enfants de Tiberius Sempronius Gracchus, le censeur, qui, alors qu'il était encore préteur, finit de soumettre les Celtibères d'Espagne, et par un règlement généreux amena la paix pendant une génération. C'était un homme au caractère élevé, et à la pensée libérale, célèbre pour son austérité. Il épousa Comelia, la fille de Scipion l'Africain, et mourut en 154 av. J.-C. 1. Tiberius Sempronius Gracchus se distingua pour la première fois en Espagne comme questeur du consul Mancinus. Quand les Numantins menacèrent d'anéantir l'armée de ce dernier, Tiberius, grâce à la réputation de son père, sut négocier la paix. Mais le Sénat, poussé par Scipion Émilien, cousin et beau-frère de Tiberius, refusa d'accepter les concessions consenties aux Numantins et rejeta la paix qui, étant donné qu'elle avait sauvé la vie de nombreux Romains, avait apporté à Tiberius une grande popularité. Scipion était en campagne contre les Numantins quand Tiberius fut élu tribun en 133. Ce dernier, sur l'avis d'Appius Claudius, dont il avait épousé la fille, et avec l'appui d'une minorité puissante au Sénat, qui était hostile à Scipion, proposa une loi agraire qui visait à réduire la pauvreté et à augmenter le nombre d'hommes qui avaient des biens suffisants pour les rendre aptes au service militaire. Cette loi confirmait une loi antérieure que l'on avait longtemps ignorée, limitant la surface de terre publique détenue par un individu (il portait ainsi un coup à ceux qui occupaient de vastes étendues de terrain); le surplus de terrain devait être redistribué en petits lots aux citoyens pauvres, par une commission composée de Tiberius, de son frère Gaius, et d'Appius Claudius. La loi fut votée, mais hâtivement, grâce à des procédés peu réguliers, parmi lesquels la déposition d'un tribun hostile, M. Octavius. Quand Tiberius proposa en outre que les biens d'Attale III de Pergame, légués à Rome, soient utilisés pour financer les nouveaux détenteurs de lotissements, avant que le Sénat ait accepté ou refusé le legs, négligeant ainsi le droit de regard traditionnel qu'avait le Sénat sur ce genre de décision, et quand, contrairement à la Constitution, il chercha à se faire réélire, le Sénat fut convaincu qu'il aspirait à la tyrannie. Son ami le consul Scaevola refusa d'avoir recours à la force, mais Scipio Nasica prit la tête d'une foule de sénateurs suivis de leurs clients, contre Tiberius, le tuant sur le Capitole, de même que beaucoup de ses partisans. Bien que le consul de l'année suivante, 132, punît nombre de ses membres, la commission des terres poursuivit son travail. Le tribunat de Tiberius marque l'entrée de la violence sur la scène politique romaine, et le début de la désintégration du pouvoir du Sénat sous les attaques de ses propres membres qui soutenaient le peuple. 2. Gaius Sempronius Gracchus, frère cadet de Tiberius, se trouvait en Espagne, en 133, avec Scipion Émi-lien, quand arriva la nouvelle de son assassinat. Il revint à Rome où il était déjà membre de la commission agraire, mais il ne semble pas avoir eu une vie publique très active avant d'être nommé questeur en 126 et envoyé en Sardaigne. Après y avoir passé deux ans, il revint à Rome et fut réélu tribun en 123 et à nouveau en 122. Les premières lois qu'il proposa visaient à tirer vengeance des ennemis de son frère ; il fit ensuite accepter une série de lois qui visaient à soulager la pauvreté en même temps qu'à gagner l'appui du peuple. Les plus importantes furent : i. assurer la vente du blé à des prix honnêtes et stables ; ii autoriser la fondation de colonies; iii. remettre en vigueur les lois de son frère sur la redistribution des terres ; iv. soulager quelques-unes des difficultés qu'occasionnait le service dans l'armée. D'autres lois visaient à protéger les habitants de la province de l'oppression sénatoriale et à limiter le pouvoir des sénateurs en transférant certaines de leurs prérogatives aux plus riches des non-sénateurs (voir chevaliers). Il décréta que les droits de collecter les dîmes (lucratives) en Asie seraient mis en vente par les censeurs à Rome, et aussi que les jurys des cours de repe-tundae seraient entièrement composés des plus riches parmi ceux qui n'étaient pas sénateurs. Comme ces droits seraient extrêmement recherchés, seuls les hommes les plus riches pourraient les acheter, c'est-à-dire les mêmes que ceux qui devaient composer les cours de repetundae; il attribuait en effet, à cette classe, un pouvoir considérable au sein de l'Etat. Finalement, en 122, il proposa, mais sans succès, une loi qui donnait la citoyenneté romaine à tous les Latins, et les anciens droits des Latins aux Italiens (c.-à.-d. le droit de faire du commerce et d'épouser des Romains). Il avait proposé d'installer un grand nombre de colonies, principalement en Italie, mais en y incluant le site de Carthage, et s'était rendu en Afrique pour en superviser l'implantation. Pendant son absence, le tribun Livius Drusus (qui jouissait de l'appui du Sénat) s'arrangea pour retourner le peuple contre lui. L'opposition contre lui s'était développée non seulement au sein de la classe sénatoriale, mais aussi au sein du peuple romain qui lui en voulait de se faire le champion des Italiens. Dru-sus surenchérit sur lui par la libéralité de ses offres au peuple, et détourna de lui ses partisans. Gaius ne réussit pas à obtenir sa réélection pour 121, et la violence éclata entre partisans et ennemis de Gaius. Le Sénat déclara un état d'urgence publique (ce fut la première utilisation enregistrée d'un senatus consultum ultimum), et Gaius, se trouvant isolé, ordonna à un esclave de le tuer (voir furrina). Gaius fut le plus capable des Grecques, politicien astucieux et orateur passionné (certains fragments de ses discours nous sont parvenus), il utilisa son habileté pour promouvoir les réformes radicales dont il voyait la nécessité, mais que les succès de ses ennemis anéantirent, ce qui eut pour Rome des résultats désastreux.   GRACQUES. Nom français (Gracchus en latin) donné à deux grands réformateurs romains, descendants des Scipions, Tiberius et Sempronius Caïus Gracchus. Par d'importantes lois agraires, ils tentèrent au IIe siècle av. J.-C. de résoudre la crise sociale provoquée par l'accaparement des terres de l'ager publicus (domaine public) par la noblesse (nobilitas). Elle entraîna la ruine des petits paysans qui vinrent grossir la plèbe misérable et oisive de Rome. L'échec de leurs réformes, combattues par les riches propriétaires, ouvrira sous la République romaine une longue période de guerres civiles. L'historien grec Plutarque a écrit une vie de Tiberius et Caïus Gracchus.

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