Gournay, Jean Claude Marie Vincent, seigneur de (Saint-Malo 1712-Paris 1759); économiste libéral.
Gournay, Jean Claude Marie Vincent, seigneur de (Saint-Malo 1712-Paris 1759); économiste libéral. On connaît surtout G. par l'Eloge qu'en a fait Turgot en 1759, et par les souvenirs qu'en ont laissés ses contemporains. Né à Saint-Malo en mai 1712, il appartient à une famille de négociants ouverts aux échanges internationaux. À dix-sept ans il part pour Cadix, qui a remplacé Séville comme centre du commerce entre l'Espagne et ses colonies d'Amérique. Pendant quinze ans G. vit à Cadix, s'occupant exclusivement des affaires de sa maison de commerce. Vers 1745-1746 il voyage en Europe, notamment en Allemagne (où plusieurs souverains veulent le retenir à leur service), en Hollande et en Angleterre. Un héritage important lui permet d'abandonner le commerce et de s'installer à Paris. Il prend le nom de sa terre de Gournay, achète un office de conseiller au Grand Conseil, et se fait connaître dans les milieux ministériels. A partir de 1744 il est en relations avec Maurepas, alors secrétaire d'Etat à la Marine, et chargé du commerce colonial. Il connaît ensuite Machault d'Amouville qui lui offre en 1751 le poste d'intendant de commerce. G., qui exerce dès lors une grande influence sur le bureau du commerce, est appelé à voyager à travers la France. Selon Turgot, qui l'accompagne dans plusieurs de ces tournées, G. relève systématiquement les renseignements d'ordre économique et démographique qu'il peut puiser, et s'occupe de remédier aux abus du système. On n'a conservé aucun écrit portant sa signature. Il traduit de l'anglais des ouvrages de Child et de Cul-peper sur le commerce et l'intérêt de l'argent. Il passe pour avoir inspiré les Considérations sur le commerce de Clic-quot-Bervache. Son influence, en fait, s'exerce essentiellement par l'exemple et par la parole. Partageant avec Quesnay et les premiers physiocrates la haine de la réglementation et du corporatisme, G. s'en distingue par deux traits. Nourri d'expérience et de pratique, ce n'est pas un théoricien. La célèbre formule qu'on lui prête - « Laissez faire, laissez passer » - résume une exigence, mais ne renferme pas une doctrine. Par ailleurs il ne pense pas, contrairement aux physiocrates, que l'industrie et le commerce soient des activités stériles. Par là son libéralisme, moins profondément justifié que celui des Physiocrates, permet une rencontre plus large d'esprits aussi divers que Turgot, Morellet, Trudaine, Boisgelin et Champion de Cicé. Obligé en 1758 de revenir à ses affaires, G. meurt le 27 juin 1759. Bibliographie : G. Schelle, Vincent de Gournay, Genève/Paris, 1897.
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