Gladstone, William Ewart (Liverpool 1809-Hawarden, Flintshire, 1898) ; Premier ministre anglais.
Gladstone, William Ewart (Liverpool 1809-Hawarden, Flintshire, 1898) ; Premier ministre anglais.
G. est, avec Disraeli, la personnalité la plus importante de l'Angleterre de la deuxième moitié du XIXe siècle. Envoyé par son père, riche marchand et député aux Communes (1818-1827), à Eton, puis au collège de Christ Church à Oxford, G., après un brillant examen final, devient député conservateur à la Chambre des communes en 1832 ; c'est alors un tory convaincu et un membre orthodoxe de l'Eglise anglicane (il avait initialement projeté d'embrasser une carrière religieuse). Chargé dès 1834-1835 par Peel de fonctions de second ordre au gouvernement, le jeune G. est tout de suite remarqué par ses compétences sa rhétorique talentueuse ; vice-président, puis responsable du ministère du Commerce (1843-1845) dans le gouvernement Peel, il simplifie le régime douanier et amorce le passage de l'Angleterre au libre-échange. Peel, qui admire le mélange de savoir, de clairvoyance et de discernement de son élève politique préféré, en fait son héritier au sein du parti conservateur. Devenu ministre des Colonies après sa démission pour des questions religieuses en 1845-1846, G. est directement impliqué dans la scission du parti conservateur en 1846 ainsi que dans la chute de Peel. Représentant le plus important, après la mort de Peel (1850), des partisans de l'ancien dirigeant des conservateurs - un groupe en constante décomposition -, il assume au cours des treize années suivantes une position inconfortable à mi-chemin entre les libéraux et les conservateurs. Durant cette période, il se consacre essentiellement à la gestion des biens de sa femme, durement touchés par la crise financière de 1847, à son activité de chancelier de l'Échiquier - qui établit sa réputation de spécialiste des finances - dans le gouvernement de coalition d'Aberdeen (1852-1855), ainsi qu'à la publication d'un ouvrage en trois volumes sur Homère (Horner and the homeric age, 1858). Après avoir refusé d'entrer dans les cabinets Derby en 1852 et 1858, il décide finalement de participer au gouvernement libéral de Palmerston le 6 juin 1859, jour de la naissance du moderne parti libéral anglais. L'adhésion au libre-échange et à un conservatisme moderne qui prend en compte les intérêts du commerce et de l'industrie, comme le préconise Peel, l'engagement nourri d'humanisme chrétien pour les prisonniers politiques de Naples (1851) et l'action en faveur de la création d'un État national italien unifié, qui le rapproche de Palmerston, de Russell, et des éléments libéraux d'Europe, marquent les étapes les plus importantes du long parcours de G., du parti tory au parti libéral. Le libéralisme de G., son souci d'améliorer les situations injustes ou insoutenables, restent profondément liés aux éléments toujours conservateurs de sa pensée : son attachement aux traditions anciennes et son respect des autorités, religieuses ou profanes. G. est de loin le plus grand chancelier de l'Échiquier britannique du XIXe siècle ; de 1859 à 1866, il réalise une série de réformes financières importantes, il réduit les dépenses militaires et d'administration et, grâce au traité commercial avec la France, négocié par Cobden, il relance l'économie britannique. Sa précision minutieuse et son immense puissance de travail rendent G. indispensable à la direction des affaires administratives. G. devient chef du parti libéral en 1867, puis Premier ministre après avoir provoqué la chute du gouvernement Disraeli ; de 1868 à 1874, il dirige le cabinet le plus réformateur de l'époque victorienne. Si son bilan extérieur reste modeste, son gouvernement multiplie les réalisations importantes en matière de politique intérieure : il tente en vain de résoudre le brûlant problème irlandais par la séparation de l'Église et de l'État en Irlande - position diamétralement opposée à ses convictions antérieures - et par l'amélioration du statut des fermiers irlandais ; il réforme le système scolaire britannique, préparant ainsi l'introduction de l'enseignement obligatoire ; il institue le vote secret (1872), mettant un terme au pouvoir politique des propriétaires terriens ; il simplifie les formalités juridiques ; il fait cesser l'achat du grade d'officier jusqu'alors courant dans l'armée et impose le concours comme voie d'accès à la fonction publique ; il ouvre enfin les vieilles universités d'Oxford et de Cambridge aux étudiants non anglicans. Après sa défaite électorale de 1874, G. quitte la direction du parti libéral et se retire de la vie politique pour se consacrer à ses études sur la théologie et sur Homère. L'indifférence du gouvernement conservateur face aux cruelles représailles des Turcs à l'encontre des rebelles bulgares (1875-1876) l'indigne et le ramène à la politique. Le mécontentement qu'il attise contre l'attitude proturque du gouvernement entraîne la chute des conservateurs lors des élections de 1880 et le ramène à la tête du pays comme l'homme de la paix. Il considère que la politique extérieure des grandes puissances européennes, habituées à surmonter leurs propres différends en jouant les arbitres dans le monde, doit être déterminée non par les intérêts privés des États mais par le droit international, bâti sur des idéaux humanitaires chrétiens, et par la notion du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes (G. est opposé aux États multinationaux que sont la Turquie et l'Autriche-Hongrie), en accord avec une opinion publique qu'il faut éduquer en ce sens. Sa conception morale de la politique extérieure fait de G. l'un des précurseurs les plus importants de la Société des Nations. Le gouvernement libéral (1880-1885), ébranlé par de fortes tensions à l'intérieur du parti, établit l'implantation anglaise en Égypte, résultat d'un enchaînement de circonstances presque inévitables, déclenche une nouvelle vague de démocratisation en doublant le nombre des électeurs par la réforme électorale de 1884, modifie radicalement le fonctionnement de la Chambre des communes pour répondre à la tactique d'obstruction des nationalistes irlandais sous la houlette de Parnell et tente une nouvelle fois, en vain, de résoudre la question agraire irlandaise par une amélioration de la situation des fermiers. Quand G., entrevoyant clairement la force du nationalisme irlandais, tente de réconcilier les Irlandais avec les Anglais en leur octroyant l'autonomie (Home rule), il provoque la division de son propre parti, la chute du gouvernement, le déclin de la vague de réformes sociales et l'avènement au pouvoir des conservateurs pour près de vingt années, seulement brièvement interrompues de 1892 à 1895. Le vieil homme, qui avait été l'espoir des conservateurs dans ses débuts politiques, devenu encore une fois Premier ministre de 1892 à 1894, tente une dernière fois en vain de résoudre la question irlandaise. Personnalité très populaire, il se retire de la vie publique un peu avant sa mort, sourd et à demi aveugle, après quelque soixante années d'activité politique.
GLADSTONE, William Ewart (Liverpool, 1809-Hawarden, Flintshire, 1898). Homme politique britannique. Chef du Parti libéral à partir de 1865, trois fois Premier ministre, rival du conservateur Disraeli, il mena à l'extérieur une politique de paix et fut, à l'intérieur, le promoteur d'importantes réformes politiques et sociales. Issu d'une riche famille de commerçants écossais, Gladstone, après avoir renoncé à sa vocation de pasteur, choisit la carrière politique. D'abord anglican et tory, élu député en 1832, il participa ( 1843-1846) au cabinet Peel et soutint sa politique de libre-échange puis évolua vers le libéralisme. Bientôt considéré comme le chef du Parti libéral, alors que Disraeli prenait la tête du Parti conservateur, Gladstone domina, avec son rival, 15 ans de la vie politique de l'Angleterre. Trois fois Premier ministre (1868-1874, 1880-1885, 1892-1894), il fut le promoteur d'importantes réformes. Il déclara la séparation de l'État et de l'Église anglicane d'Irlande (1869) jusque-là soutenue financièrement par la majorité des catholiques. Par l'Education Act (1870), il créa les débuts de l'instruction primaire d'État. Il abolit la vénalité des grades dans l'armée, imposa le vote secret avec isoloir {Ballot Act, 1872), et par la réforme électorale de 1884-1885, rendit le suffrage presque universel. Enfin, les syndicats lui durent leur existence légale. Conscient de la gravité du problème irlandais, il ne put imposer le Home Rule (autonomie de l'Irlande), ce qui provoqua sa chute en 1885 et la scission du Parti libéral, avec la constitution d'un mouvement « unioniste » sous la direction de Joseph Chamberlain. Sa politique extérieure pacifique fut très sévèrement critiquée par les impérialistes conduits par Disraeli, les gladstoniens étant traités de « partisans d'une petite Angleterre ». Très attaché aux principes d'équilibre européen et de non-intervention, Gladstone s'effaça face à la défaite française de 1870 et à la montée en puissance de l'Allemagne, accepta de rendre leur indépendance aux Boers, ne chercha pas à venger Gordon tué au Soudan et n'accepta qu'avec réticence la mainmise de l'Angleterre sur l'Egypte.
Liens utiles
- William Gladstone Né à Liverpool dans une famille d'origine écossaise, Gladstone, dont le pèreétait un riche marchand et député, étudia à Eton et à Oxford.
- William Empson1906-1984Poète et critique anglais, il a publié deux recueils de ses vers : Poems (1935) et The GatheringStorm (L'Orage amassant les nuées, 1940).
- William Butler Yeats (1865-1939) L'un des plus grands poètes lyriques anglais du début du siècle.
- William Henry PreeceXIXe siècleIngénieur des Télégraphes anglais, né en 1834.
- William Dampiervers 1652-1715Il était le fils d'un fermier anglais.