Gentz, Friedrich, dit parfois von (Breslau 1764-Vienne 1832) ; écrivain et journaliste politique allemand.
Gentz, Friedrich, dit parfois von (Breslau 1764-Vienne 1832) ; écrivain et journaliste politique allemand. L'uvre journalistique de G. offre un aperçu unique du mouvement des idées de l'époque révolutionnaire des débuts de la Restauration en Europe. G. est né dans un foyer de fonctionnaires prussiens et entre lui-même dans la fonction publique prussienne. Descendant par sa mère de huguenots français réfugiés à Berlin, il a la coquetterie de tenir en français son journal intime qui révèle de sa personnalité une facette différente de l'homme public noceur, joueur, prodigue et sur le tard cynique. Elève de Kant et disciple de Rousseau, il salue au départ la Révolution française comme « l'éveil de l'humanité », mais évolue vers le culte de la tradition sous l'influence du maître-ouvrage de Burke Réflexions sur la Révolution française. La publication d'une traduction allemande de l'uvre de Burke en 1793, l'année où il devient sans enthousiasme secrétaire au ministère de la Guerre, marque le début d'une brillante carrière et installe G. au centre de la vie mondaine à Berlin, provoquant du même coup son divorce. Il fonde alors la Nouvelle Revue allemande (Neue deutsche Monatsschrift) et l'Histo-risches Journal, où il analyse avec pénétration la vie politique française et les différences foncières qu'il observe entre la Révolution française et le précédent américain. Son essai économique de L'Administration des finances britanniques est admiré jusqu'outre-Manche, où il séjourne en 1802. Partisan d'une coalition de 1' « Europe libre » contre la France, à un moment où le gouvernement prussien maintient une politique de neutralité, il est conduit la même année à quitter Berlin pour Vienne. Il y devient vite, à son propre jugement, un « Autrichien de souche », mais n'en soutient pas moins son train de vie grâce aux subsides que l'Angleterre, vite suivie par d'autres cours, lui verse pour son activité de plume. C'est ainsi qu'il rédige en 1806 le manifeste de la Prusse contre la France, et ceux de l'Autriche en 1809 et 1813. Conseiller indépendant du ministère autrichien des Affaires étrangères, il devient en 1809, lorsque Mettemich accède au gouvernement, un collaborateur de confiance du chancelier d'Etat, dont il détermine la politique pour une part essentielle, et prend rang de conseiller aulique. Secrétaire général des multiples congrès - celui de Vienne le tout premier - qui organisent l'Europe postnapoléonienne, co-rédacteur du pacte de la Sainte-Alliance, G. devient dans l'ombre de Mettemich riche et puissant, mais de plus en plus désabusé et nostalgique d'un xviiie siècle idéal. Lui qui dans sa jeunesse avait pris fait et cause pour une alliance de l'Autriche et de la Prusse contre Napoléon, et pour l'unité allemande, met désormais sa rhétorique brillante au service d'une politique purement autrichienne allant à l'époque à l'encontre de l'idée pan-allemande, pour devenir enfin, en tant que champion de la conception conservatrice de l'Etat contre le libéralisme, l'avocat déclaré de la réaction et de la politique européenne d'alliances de Metternich. Il quitte la scène après une dernière liaison tapageuse - à soixante-six ans - avec la ballerine Fanny Elssler. Ses biens étant mis aux enchères pour couvrir ses dettes, c'est Metternich qui règle les frais d'enterrement de celui qui se rangeait lui-même, à la fin de sa vie, dans le petit nombre de ceux qui, même à des postes perdus, « cherchent avec mesure et intention à défendre les héritages et à maintenir le cours du temps... dans un lit fixé ». Bibliographie : A. Robinet de Clery, Un diplomate d'il y a cent ans : Frédéric de Gentz (1764-1832), 1917 ; J. Droz, Le Romantisme allemand et l'État, 1966, p. 143-158.
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- Friedrich von Holstein1817-1909Ses contemporains traitaient d'" éminence grise " le conseiller-rapporteur du ministère desAffaires étrangères de l'Empire allemand.
- Au cours d'un entretien, l'écrivain allemand Heinrich Böll fit cette remarque : « ... J'ai l'impression qu'en Allemagne comme ailleurs, des jeunes gens pourtant très sérieux commencent à sous-estimer la poésie. Au point que l'on peut craindre qu'elle ne finisse dans une poubelle... Je crois que ce serait un crime non seulement esthétique, mais encore social et politique, car la poésie est aussi un extraordinaire moyen de combat ou de résistance, en même temps qu'un point d'appui incomp
- DRUMONT, Edouard (1844-1917)Homme politique, il est également journaliste et écrivain.
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- Claude Roy définit ainsi la fonction de l'écrivain, dans Le Commerce des classiques, 1953 : « Il v a des hommes dont le métier est de répondre aux questions, de résoudre les problèmes. l'homme politique et le mathématicien, l'ingénieur et l'arpenteur, leur métier c'est d'avoir réponse à tout. Le romancier, le poète, le critique, etc., leur métier est d'avoir question à tout, c'est de s'interroger et d'interroger, c'est de mettre en question ce que personne ne songeait à mettre en quest