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Genseric [Geiseric] ; roi des Vandales [428-477].

Genseric [Geiseric] ; roi des Vandales [428-477]. Destinée singulière que celle du Vandale G. Veut-on le comparer à un contemporain ? c'est à Attila qu'il faut songer, plutôt qu'à un autre roi germanique. Comme lui il fonde son empire sur l'exploitation opportuniste du grand Empire culturel de son temps ; comme lui, il se fixe pour objectif politique une participation à l'Empire. Les Vandales, Germains de l'est issus des îles danoises, se sont constitués par regroupements avec d'autres tribus venues du sud de la Scandinavie. Ils s'établissent en Poméranie puis au Ier siècle avant J.-C. entre l'Oder et la Vis-tule, descendent ensuite vers la Galicie et se fixent à la fin du IIe siècle après J.-C. dans la vallée de la Tisza, au sud des Carpathes. Deux tribus se distinguent : les Hasdings qui se trouvent dans la plaine pannonienne depuis 248, les Silings sur le Main supérieur depuis 277. Dans ces nouveaux habitats, ils restent stables, jusqu'à l'apparition des Huns. Peut-être est-ce à ce moment, ou plus vraisemblablement lors de leur passage en Espagne, qu'ils se convertissent à l'arianisme. Une partie des Hasdings, chassée par la poussée des Huns, se met en route vers 400 à la recherche de nouveaux espaces. Des Alains d'Iran, des Suèves de l'Elbe et les Silings se joignent à eux. En 406, ils franchissent le Rhin après avoir vaincu à Mayence les Francs, placés sous la conduite de Stilicon, commandant suprême de l'Occident. Trois années durant, ils pillent les provinces gauloises, avant de franchir en 409 les Pyrénées et de passer en Espagne où ils se partagent le pays, Hasdings au nord-ouest de la Galice, Silings en Bétique (411 ou 412). Le gouvernement impérial envoie le roi des Wisigoths, Wallia, les combattre dès 416. En 418, il inflige une sévère défaite aux Silings, les anéantit, décime les Alains, qui, renonçant à leur indépendance, vinrent se joindre aux Hasdings épargnés. Ceux-ci, mécontents de la Galice, gagnent l'Espagne méridionale où ils devinrent des pirates maritimes redoutés : ils attaquent les Baléares, la Maurétanie et enlèvent en 428 la base navale de Carthagène. C'est peut-être alors que leur roi, G. (de la lignée des Hasdings), reprend à son compte le plan téméraire hérité d'Alaric d'aller piller la seule province encore intacte d'Occident, l'Afrique. Il prévoit donc de s'embarquer avec tout son peuple (80 000 hommes) pour l'Afrique du Nord. En 429, G. réquisitionne des navires romains, tente l'aventure, débarque près de Tanger, arrive devant Bône (Annaba) en mai ou juin 430 (Augustin meurt pendant le siège) après avoir parcouru près de 2 000 km en un an. Aucune opposition efficace ne lui est opposée. Les Romains lui proposent un traité (435), lui reconnaissent le statut de fédéré, comme auparavant en Espagne. Malgré tout, il s'empare de Carthage en 439 qu'il pille, envahit le reste de l'Afrique jusqu'à la Tri-politaine et débarque en Sicile en 440. G. menace de prendre l'Italie à revers. Pour prévenir cette éventualité, Valentinien III offre (442) un nouveau traité qui établit les Vandales en Proconsulaire, en Bysacène et dans une partie de la Tripolitaine et de la Numidie et fiance sa fille Eudoxie avec le fils de G., Huneric. Le cadre géographique de l'État vandale est en place. Lorsque les successeurs de Valentinien tentent de se débarrasser de G. avec l'appui du général Ricimer, il occupe toutes les îles de la Méditerranée occidentale et toute la côte nord-africaine à l'ouest de Carthage, gardant les régions de moindre importance de l'arrière-pays vraisemblablement plus ou moins sous sa coupe ou les confiant à celle de tribus montagnardes berbères (Maures). L'échec des expéditions de grande envergure lancées contre lui par Rome s'explique autant par la rapidité et l'audace des réactions de G. que par la faiblesse et les dissensions de ceux qui les menèrent. En 455 Rome est mise à sac pendant deux semaines par la flotte vandale constituée par G. Un butin imposant en est ramené, ainsi que des captifs, au nombre desquels figurent la veuve de l'empereur et ses filles. Ce n'est qu'en 474 que le roi, déjà âgé, se décide à conclure la paix avec l'Empire, même s'il ne devait pas être associé au pouvoir. En dépit de tous ses succès, l'héritage laissé à ses fils n'est pas à l'abri des menaces. À l'intérieur, G. a réprimé dans le sang le soulèvement de l'aristocratie vandale en 442 ; son pouvoir royal s'en trouve accru, permet de fixer un ordre de succession au trône totalement étranger au droit germanique en transmettant à chaque fois le pouvoir à l'aîné de la dynastie. Mais les relations entretenues avec les autres nationalités au sein de son royaume n'étaient pas des plus sûres. Des mesures de confiscations et d'expulsions dictées par des besoins militaires et politiques, prises à l'encontre de l'Église catholique sur le territoire d'implantation vandale autour de Carthage, entraînent un conflit avec cette dernière qui est préjudiciable aux rapports avec la population romaine catholique. Les successeurs de G. ne savent pas adapter leur État et leur politique aux nouvelles conditions d'un monde en mutation. Après une guerre sans gloire (533-534), le dernier des héritiers, Gelimer, cède le royaume de G. à l'empereur d'Orient Justinien. Bibliographie : C. Courtois, Les Vandales et l'Afrique, 1955 ; L. Musset, Les Invasions. Les vagues germaniques, 1969.

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