Frédéric II, « le Grand » (Berlin 1712-château de Sans-Souci, Potsdam, 1786) ; roi de Prusse [1740-1786].
Frédéric II, « le Grand » (Berlin 1712-château de Sans-Souci, Potsdam, 1786) ; roi de Prusse [1740-1786].
Manifestant très tôt un goût affirmé pour le rationalisme et cultivant un art de vivre raffiné, porté vers la littérature et la musique, F. a une jeunesse marquée par le conflit tragique qui l'oppose à son père Frédéric-Guillaume Ier. La dureté exceptionnelle avec laquelle celui-ci cherche à faire de son successeur au trône une réplique de lui-même en lui imposant une existence toute Spartiate et militaire pousse F. à faire, à l'âge de dix-huit ans, une tentative de fuite. La menace de mort que l'on fait peser sur lui après son arrestation, et l'exécution de son ami Katte, à laquelle il est contraint d'assister, l'amènent à se soumettre, au moins pour la forme. Il se familiarise alors avec l'armée et l'administration civile en prenant d'abord du service à la Chambre de la guerre et des domaines de Küstrin, puis la direction d'un régiment à Neu-Ruppin, et accepte à contrecur d'épouser Élisabeth-Christine de Braunschweig-Bevem. À partir de 1736, il trouve au château de Rheinsberg, qu'on lui a donné pour qu'il y entretienne sa propre cour, la liberté à laquelle il aspire depuis si longtemps, et qui lui permet enfin de se consacrer de manière intensive à ses intérêts culturels, à son amour de l'art et de la vie de société. L'enthousiasme qu'il manifeste pour la culture française et la philosophie des Lumières, éveillé notamment par la correspondance qu'il entreprend alors avec Voltaire, en fait l'adepte d'une vision philosophique de l'existence qui repose sur une confiance sans bornes en la raison comme principe organisateur de l'univers. L'ardeur de son ambition politique, sa souffrance d'avoir vu la Prusse éclipsée pendant des années par l'Autriche sous le règne de son père, mais surtout sa volonté de conquêtes, que n'entrave aucune considération de droit et qui ne prend en compte que l'intérêt de l'Etat prussien, poussent F. à envoyer des troupes en Silésie six mois après son avènement le 31 mai 1740. Avec une totale absence de scrupules, utilisant comme seul prétexte les droits partiels que peut revendiquer la Prusse, il tire parti de la situation difficile dans laquelle se trouve l'empire des Habsbourg après la mort de Charles VI pour obtenir la cession de cette province. La victoire remportée à Mollwitz grâce au concours du comte de Schwerin lui vaut la conclusion d'une alliance offensive avec la France. Toutefois, sans tenir compte de ses alliés, il ne tarde pas à se retirer du conflit, qui s'est entre-temps élargi pour devenir la « guerre de Succession d'Autriche », et signe en 1742 avec les Habsbourg une paix séparée qui lui assure la possession de la Silésie. Cependant les succès politiques et militaires remportés par l'Autriche l'obligent, pour affermir sa position, à entrer de nouveau en guerre en 1744. La Prusse ne peut plus compter alors que sur ses propres forces, et seule la résistance courageuse du roi prévient, après une campagne malheureuse en Bohême, la catastrophe imminente. Quand F. remporte la brillante victoire de Hohenfriedberg, Marie-Thérèse doit finalement à la paix de Dresde (1745) renoncer une nouvelle fois à la Silésie. La Prusse connaît alors dix ans de paix (1745-1756) que F. emploie à poursuivre l'oeuvre de redressement entreprise par son père. Si les institutions ne sont pas profondément modifiées, l'orientation générale de la politique prend un tour nouveau, se teinte de « philosophisme », si bien que la politique intérieure de F., avec ses ombres et ses lumières, apparaît comme l'essence même du despotisme éclairé. L'Académie des sciences qui périclite est reconstituée ; en matière de droit pénal, la torture a été abolie dès 1742, la procédure est améliorée et modernisée par Samuel von Cocceji. Conformément aux principes de tolérance religieuse proclamés par F., on édifie à Berlin l'église catholique Sainte-Edwige. De nombreuses écoles sont créées, et l'instruction rendue obligatoire. La politique économique du roi, orientée dans un sens strictement mercantiliste, se traduit, surtout pendant la seconde moitié du règne, par une pression fiscale toujours croissante avec la régie des impôts et le très impopulaire monopole du tabac. La noblesse, à laquelle sont réservées, outre la carrière d'officier militaire, la plupart des fonctions directrices dans l'administration, est considérablement privilégiée. Toutefois F. fait cesser les évictions de paysans, il allège les corvées paysannes en les transformant en une redevance fixe en argent et garantit l'approvisionnement en pain des couches les plus pauvres de la population grâce à un système de greniers d'État pour les céréales. Même s'il lui arrive d'accorder une certaine marge d'initiative personnelle à quelques ministres pour ce qui relève du système éducatif ou de la réforme de la justice, le roi dirige lui-même depuis son cabinet tous les domaines de l'administration de l'Etat. Il s'assure lors de voyages d'inspection que les mesures qu'il prend sont bien appliquées, et ressent plus que tout autre - lui qui ne cesse de penser à celui qui lui succédera - à quel point le bien d'un Etat dépend des compétences et des idées de celui qui en est le souverain. Comme son père, il consacre tous ses soins à l'armée, dont il porte les effectifs à 180000 hommes, chiffre supérieur à celui de toutes les autres armées européennes. Il veille de très près à la formation des officiers, dont il partage la vie en campagne. F. connaît l'épreuve la plus lourde de son règne lorsque l'Autriche cherche à prendre sa revanche après dix années de paix et met en danger l'existence de l'État prussien en changeant radicalement son système d'alliances, qui inclut maintenant la France, la Russie et la Suède. Soutenu par la seule Angleterre, le roi cherche à prévenir le projet d'attaque de cette puissante alliance en faisant pénétrer ses troupes en Saxe (1756). Pour la Prusse, cette guerre éprouvante de sept années fut marquée par de brillantes victoires (Rossbach et Leuthen), mais aussi par des défaites (Kolin, Hochkirch, Kunersdorf) pour n'être plus à la fin qu'une guerre purement défensive. Même si F. connaît des moments de désespoir - il a même songé un moment à échapper à une situation apparemment sans issue en se donnant la mort - sa force de caractère, son talent de stratège et son incomparable faculté d'adaptation le font cependant triompher de tous les obstacles ; après la mort de la tsarine Elisabeth qui a pour conséquence le retrait de la Russie de la coalition, il peut reconquérir la Silésie ; la paix d'Hubertsburg (1763) confirme toutes les conquêtes prussiennes, accroissant ainsi de manière inouïe le prestige dont le roi jouit en Europe. Une des conséquences capitales de cette guerre pour l'histoire du monde est que l'Angleterre, alors que la France est retenue sur le continent par la guerre contre la Prusse, peut poursuivre presque sans entraves l'extension de son empire colonial. La seconde partie du règne de F., placée sous le signe de la reconstruction des provinces détruites par la guerre, renoue avec les tentatives d'amélioration des sols et de colonisation intérieure amorcées au cours des années qui ont précédé la guerre de Sept Ans. A l'extérieur subsiste pourtant la rivalité avec l'Autriche, que F. cherche à juguler en concluant une alliance avec la Russie. La rivalité austro-russe dans les Balkans lui offre la possibilité, dont il ne profite d'ailleurs qu'avec beaucoup d'hésitation, d'acquérir sans coup férir lors du premier partage de la Pologne (1772) la Prusse occidentale, qui est aussitôt intégrée dans l'édifice institutionnel et culturel de la monarchie. Le roi fait obstacle en 1778-1779 aux tentatives d'expansion de l'Autriche en Allemagne du Sud par la peu sanglante guerre de Succession de Bavière, et lorsque Joseph II essaie de l'isoler en se rapprochant de la Russie, il constitue contre lui en 1785 la Ligue des princes allemands. Invoquant en dernière instance, pour toutes les décisions qu'il a à prendre, l'intérêt de l'Etat prussien, F. accroît donc considérablement la puissance de la Prusse, et est ainsi à l'origine du dualisme allemand qui persiste jusqu'au coeur du XIXe siècle. F. n'en reste pas moins jusqu'à la fin de ses jours un grand admirateur de la civilisation française. C'est en français qu'il écrit toutes ses oeuvres politiques et historiques : Considérations sur P état présent du corps politique en Europe (1738), Anti-Machiavel (1740), Histoire de mon temps (1746), Mémoires pour servir à l'histoire de la maison de Brandebourg (1751), Testament politique (1752), Essai sur les formes de gouvernement et sur les devoirs des souverains (1781). Une partie des historiens ont vu en lui le destructeur de l'ancien Empire, et surtout l'homme d'une politique des coups de force, qui ne tient aucun compte des normes du droit international. La rigidité de son absolutisme fut de plus en plus dénoncée dès la génération suivante par les réformateurs de la Prusse. L'oeuvre personnelle de F. « le Grand » conserve néanmoins valeur d'exemple. Guidé jusqu'à la fin de son règne en politique intérieure par les aspirations humanitaires de l'époque des Lumières, le roi se conforme toute sa vie à l'idéal qu'il a exposé dans ses écrits politiques, notamment dans l'Anti-Machiavel où il définit le souverain comme le « premier serviteur de l'Etat », tenu de se consacrer exclusivement au bien de la collectivité, et ce au prix d'un don absolu de sa personne ; il fait ainsi apparaître, au-delà du froid rationalisme qu'on lui a attribué, le sens aigu et inflexible du devoir qui constitue l'essence même de sa personnalité.
Bibliographie : P. Gaxotte, Frédéric II, 1938 ; P. Gaxotte, Frédéric II, roi de Prusse (Textes de Frédéric), 1967.
FRÉDÉRIC II LE GRAND (Berlin, 1712-Potsdam, 1786). Roi de Prusse (1740-1786). Despote éclairé, ami de Voltaire, mais aussi roi conquérant, il fut l'un des souverains les plus illustres du XVIIIe siècle. Fils du Roi-Sergent, Frédéric-Guillaume Ier, grand admirateur de la culture française, il accéda au trône en 1740 et tout au long de son règne s'efforça, par d'importantes réformes, de fortifier l'État prussien et d'asseoir son autorité dans l'empire comme en Europe. Soucieux d'accroître le territoire de la Prusse et de combattre l'influence autrichienne dans l'Empire, Frédéric II combattit les Habsbourg d'Autriche. Profitant de la succession contestée de Charles VI, empereur germanique, il envahit la Silésie dont l'annexion lui fut confirmée par le traité de Dresde en 1745 (guerre de Succession d'Autriche, 1740-1748). Engagé dans la guerre de Sept Ans (1756-1763) aux côtés de l'Angleterre, Frédéric II, après de graves échecs militaires infligés par l'Autriche et la Russie, obtint néanmoins l'annexion définitive de la Silésie. Diplomate habile, il négocia à l'amiable le premier partage de la Pologne (1772) avec Catherine II de Russie et Joseph II, le conflit avec l'Autriche se rallumant en 1779 avec la guerre de Succession de Bavière. Ces guerres fréquentes n'avaient pas empêché Frédéric II de s'attacher, durant dix ans de paix (1745-1756), à réformer profondément la Prusse selon les principes du despotisme éclairé, expression dont, ami de Voltaire, il fut l'initiateur et qui s'appuyait sur l'idée que le pouvoir devait être fondé non sur le droit divin mais sur la notion de contrat entre gouvernant et gouvernés. Bien que Frédéric II restât d'abord un souverain absolu laissant à la noblesse, son al liée naturelle, l'essentiel de ses privilèges, il défendit la tolérance religieuse, réforma la justice (codification du droit prussien, abolition de la torture) et favorisa l'instruction. Confronté à des guerres dévastatrices et ruineuses, il s'attacha aussi à la reconstruction de la Prusse et à son développement économique. Conservant à l'économie son caractère mercantiliste, il améliora la fiscalité en établissant des monopoles d'État. Il fonda des institutions de crédit afin d'aider les grands propriétaires fonciers (junkers) et favorisa la colonisation agricole des territoires récemment conquis. A la fin de son règne, la puissance de la Prusse paraissait à son apogée : la population avait presque triplé, le territoire pratiquement doublé, et son armée passait pour la meilleure d'Europe, comptant en 1786 195 000 hommes pour moins de 6 millions d'habitants. Cependant, le règne médiocre de son successeur Frédéric-Guillaume II, mais aussi les faiblesses internes du royaume (autoritarisme et centralisation excessifs) devaient expliquer plus tard l'effondrement prussien face à Napoléon Ier. Voir Marie-Thérèse, Mercantilisme, Saint Empire romain germanique.
Liens utiles
- Frédéric II le Grand par Stephan SkalweitProfesseur à l'Université de Bonn Le 24 janvier 1712, au château de Berlin, l'héritier du trône de PrusseFrédéric-Guillaume eut un fils qui reçut le nom de son grand-père Frédéric.
- Frédéric-Guillaume II1744-1797Le neveu et successeur de Frédéric le Grand fut le seul roi de Prusse à avoir une maîtresse.
- Quelle est donc aujourd'hui la situation de la femme vis-à-vis de l'homme? Celui-ci peut-il encore être pour elle le plus grand et le plus fort, le « roi » ?
- HUGUES CAPET(vers 941-24 octobre 996)Roi de France (987-996)Fils aîné d'Hugues le Grand, Hugues fut surnommé Capet parce que,comme ses ancêtres, il était abbé laïc de Tours, où était conservée larelique du manteau de saint Martin, la capa.
- Louis IV de Bavière1282-1347Duc de Haute-Bavière, il devint roi en 1314, battant les candidats belge et luxembourgeois,ainsi que Frédéric le Beau de Habsbourg, qui venait d'être élu.