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FRANC

Sous l'Ancien Régime, l'unité monétaire en France était la livre tournois mais il ne s'agissait que d'une simple unité de compte qui n'existait pas sous forme de pièce frappée. Le franc fut d'abord une pièce d'or fin, de la valeur d'une livre, frappée en 1360 pour payer la rançon du roi Jean II le Bon (v.). En 1575, sous Henri III, fut frappé un franc d'argent mais, à partir de Louis XIII, le franc ne fut plus à son tour qu'une monnaie de compte.

• Du franc germinal au franc Poincaré • De 1928 à nos jours

Du franc germinal au franc Poincaré

Dès le 1er août 1793, pour symboliser les changements politiques intervenus avec la Révolution, la Convention fit du franc l'unité monétaire légale. Il reçut sa définition par la loi du 7 germinal an XI (28 mars 1803) ; il était identifié à une pièce de monnaie réelle formée de 5 g d'argent au titre de 9/10 (9 volumes de métal pur sur 10). Cette loi instaurait le bimétallisme complet qui allait durer jusqu'en 1864. Le rapport légal entre l'argent et l'or était de 15 1/2 à 1. L'exploitation des nouvelles mines d'or de Californie et d'Australie, dans les années 1850, augmenta considérablement la production de l'or qui devint une « mauvaise monnaie », tandis que la monnaie d'argent tendait à se raréfier. À l'imitation de la Suisse et de l'Italie, la France, par une loi de 1864, abaissa le titre des pièces d'argent inférieures à 5 francs pour faire baisser leur valeur. En 1865, une convention monétaire donna naissance à l'Union monétaire latine entre la France, l'Italie, la Belgique et la Suisse, auxquelles se joignit peu après la Grèce. En s'alignant sur la loi française de 1864, l'Union adopta le bimétallisme incomplet et limita la frappe des monnaies d'argent. Durant tout le XIXe s., le franc montra une stabilité remarquable. Il fut alors le principal instrument des accords financiers internationaux mais sa position ne devait pas survivre à la Première Guerre mondiale. La loi du 5 août 1914 établit le cours forcé des billets de banque (qui, dès lors, n'étaient plus convertibles en métal) : il en résulta une profonde dépréciation du franc. Le dollar, qui était à 5,18 francs durant la guerre, valait 11 francs en juillet 1919 et 47 francs en juillet 1926. Cette crise monétaire avait pour cause les énormes dépenses de guerre, les réparations dans les régions dévastées, le déficit de la balance commerciale et les émissions massives d'emprunts publics. Après avoir réalisé une stabilisation de fait durant l'été 1926, Poincaré procéda à la stabilisation légale du franc par la loi du 25 juin 1928. Cette loi établissait en France l'étalon-or. Avec un poids d'or de 65,5 milligrammes à 9/10, le nouveau franc, le franc Poincaré, n'avait plus que le cinquième du poids d'or du franc germinal de 1803 (322,5 milligrammes à 9/10). Le cours forcé des billets de banque fut supprimé. Cette réforme, qui mettait fin à la crise monétaire de l'après-guerre, entraîna la rupture de l'Union monétaire latine (janv. 1927).

De 1928 à nos jours

La solidité du franc Poincaré créa en France un climat de confiance assez dangereux alors que la livre et le dollar, du fait de la crise ouverte en 1929, subissaient une dévaluation en 1931 (pour la livre) et en 1933 (pour le dollar). La France se refusant à toute dévaluation pour des raisons de fierté nationale et par fidélité aux théories de Poincaré, les prix français devinrent beaucoup plus élevés que les prix mondiaux, pour le plus grand dommage des exportations françaises. Faute d'avoir réalisé à temps une dévaluation, la France allait subir la crise à partir de 1934, au moment où les autres pays commençaient à en sortir. L'expérience déflationniste de Pierre Laval, en 1935, mécontenta l'opinion sans redresser la situation économique et fut une des causes de la victoire du Front populaire en 1936. Vincent Auriol, ministre des Finances de Léon Blum, décida une dévaluation du franc (loi du 1er octobre 1936). Puis le décret-loi du 30 juin 1937 supprima le lien qui, depuis 1803, avait rattaché le franc, par une parité fixe, d'abord à l'argent, puis à l'or, ce qui entraînait pratiquement le rétablissement du cours forcé des billets : ce fut le franc flottant. Le dollar, qui était à 15,13 francs en 1935, valait 43,83 francs en 1939. Le 23 février 1940, le franc subit une nouvelle dévaluation (franc Reynaud) et sa teneur en or fin fut fixée à 21 milligrammes. L'Occupation provoqua une nouvelle dépréciation du franc, qui, toutefois, ne fut pas constatée par la loi. À la Libération, la monnaie française était considérablement surévaluée et les difficultés d'exportation s'en trouvaient aggravées. Au lendemain de la guerre, après la dévaluation du « franc Pleven » le 29 déc. 1945, l'histoire de la IVe République fut jalonnée par une série de dévaluations de 1948 à 1957. Dès son arrivée au pouvoir, le général de Gaulle considéra l'assainissement financier et le redressement du franc comme les conditions essentielles de la politique d'indépendance nationale qu'il entendait mener. Le plan Pinay-Rueff (27/31 décembre 1958) comportait une assez forte dévaluation (17,55 %), mais l'effet psychologique toujours fâcheux d'une telle mesure était atténué par la création, au 1er janvier 1960, d'un franc lourd ou « nouveau franc » (NF) valant 100 francs anciens et, par conséquent, à peu près égal au franc suisse et au mark allemand (1 NF = 180 mg d'or fin, le dollar à 4,93 NF, la livre à 13,82 NF). Conjointement à la dévaluation, les mesures audacieuses du plan Pinay-Rueff (retour à la convertibilité, libération des échanges avec les pays de l'OECE, équilibre budgétaire) et le démarrage du Marché commun favorisèrent les exportations françaises. Le relèvement financier fut rapide dans les premières années de la Ve République. Les réserves en or et en devises passèrent de 377 millions de dollars au 1er janvier 1959 à près de 2 milliards de dollars à la fin de la même année. Pour le général de Gaulle, la solidité retrouvée du franc constituait une arme politique. À partir de 1965, le gouvernement français engagea une lutte ouverte contre l'hégémonie mondiale du dollar, en réclamant le retour à l'étalon-or ; une grande partie des réserves françaises furent converties de dollars en or, ce qui contribua à aggraver la crise de confiance dans le dollar. Mais la crise de mai 1968 devait porter un coup d'arrêt brutal aux ambitions gaulliennes. Pour relancer l'économie après plusieurs semaines de grève et pour affronter les conséquences des accords de Grenelle, le gouvernement dut pratiquer une large politique de crédits qui, souvent, contribua à la fuite des capitaux vers l'étranger, alors que l'attente d'une réévaluation du Deutsche Mark favorisait les mouvements contre le franc. Le général de Gaulle refusa cependant la dévaluation et décida des mesures d'austérité (nov. 1968), mais les réserves de la France continuèrent à diminuer, tombant de 34 milliards de francs lourds (F) au début de mai 1968 à 6 milliards à peine en août 1969. Après la retraite du général de Gaulle, une dévaluation de 12,5 % (8 août 1969) était inévitable ; cette mesure, suivie par la réévaluation du Deutsche Mark et accompagnée de sévères restrictions de crédit, permit un redressement de la monnaie nationale. En mars 1972, la France signa les accords de Bruxelles instituant une solidarité des monnaies européennes en face du dollar (le « serpent monétaire »). Mais, à la suite du flottement de la livre et de la lire, et de la hausse brutale du prix de l'énergie, il fallut, le 19 janvier 1974, décider le flottement du franc ; le franc cessait d'avoir une parité fixe et la Banque de France, en cas de spéculation, n'était plus obligée de recourir à ses réserves pour soutenir le franc.

Avec le gouvernement de Raymond Barre (25 août 1976 au 13 mai 1981), la stabilité du franc fut assurée, mais au détriment des exportations, désavantagées par une monnaie surévaluée. La création du SME (le Système monétaire européen) en 1979 réduisit les possibilités de fluctuation du franc. La banque centrale avait désormais le choix entre un ferme soutien de la monnaie ou de fortes dévaluations. Les gouvernements de la gauche issus des élections de juin 1981 durent lutter contre une érosion monétaire permanente que manifesta un constant recul du franc par rapport au mark. En 1988, la défense du franc, couplée à la lutte contre l'inflation, devint l'axe prioritaire de la politique économique du pays et le taux de change avec le mark ne varia pratiquement pas jusqu'en 1993. De très fortes pressions sur le marché monétaire contraignirent les pays de la Communauté européenne à relâcher les mécanismes du SME mais, malgré un léger décrochage en 1993, le franc resta assez stable par rapport au mark aussi bien en 1994 qu'en 1995. Depuis le 1er janvier 2001, le franc français a disparu définitivement, comme monnaie nationale, au profit de l'euro avec une parité de 6,55957 francs pour un euro. Le Burundi, les Comores, Djibouti, la Guinée-Conakry, le Congo-Kinshasa, Madagascar et le Rwanda émettent également une monnaie appelée franc.


FRANC GERMINAL. Nom donné au nouvel étalon monétaire établi sous Napoléon Bonaparte, le 17 Germinal an XI (7 avril 1803). Le franc germinal était une pièce de monnaie réelle, définie par un poids d'argent de 5 g. La loi de germinal décida en même temps de tailler dans un kilo d'or 155 pièces de 20 francs (le Napoléon) instaurant ainsi un système bimétalliste (jusqu'en 1879). Comme le kilo d'argent valait 200 francs, et le kilo d'or 3 100 francs, le rapport fut de 1 à 15,5. L'or servit aux pièces de 20 et 40 francs (elles restèrent thésaurisées par les particuliers) et l'argent aux pièces de 5, 2, 1 franc, 3/4, 1/2 et 1/4 de franc. Entre 1879 et 1928, après l'abandon de la frappe de l'argent, l'unité monétaire devint le franc-or de 322,5 mg d'or et connut une stabilité remarquable jusqu'en 1914. Voir France (Banque de), Poincaré (Raymond).

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