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EUROPE

comme une péninsule de l'Asie, dont elle n'est séparée que par des limites arbitrairement fixées (celles qui furent officiellement acceptées par le gouvernement soviétique vers 1960 incluent l'Oural dans l'Europe, mais placent le Caucase en Asie). Quoi qu'il en soit, la particularité de l'Europe demeure dans son histoire et sa civilisation, d'autant que l'expansion des Européens dans le monde entier à partir du XVIe s. a fait prédominer les langues et la civilisation européennes dans de nombreuses autres parties du monde, en Amérique du Nord et du Sud, en Sibérie, en Afrique du Sud, ainsi qu'en Australie. • L'Europe préhistorique • Du néolithique aux civilisations du métal • De l'Empire romain à Charlemagne • Ascension de l'Europe médiévale • La crise des XIVe/XVe siècles • La Renaissance, la Réforme • Le XVIIe siècle • Le XVIIIe siècle • L'âge des révolutions (1789/1848) • L'essor du capitalisme industriel et les impérialismes européens • La Première Guerre mondiale et la paix manquée • L'Europe depuis 1945 L'Europe préhistorique Durant le quaternaire, quatre glaciations (v.) au moins se sont succédé en Europe, séparées par des périodes de réchauffement dites « interglaciaires ». Le recul définitif des glaciers européens ne s'est produit qu'à une date relativement récente et ne s'est achevé qu'après - 10000 av. J.-C. Pour l'histoire du peuplement de l'Europe, se reporter aux articles suivants : HOMME (origines de l'), PALÉOLITHIQUE et PRÉHISTOIRE. Du néolithique aux civilisations du métal La révolution du néolithique s'est amorcée à partir du Xe millénaire au Proche-Orient, et c'est de là qu'elle devait gagner progressivement l'ensemble de l'Europe. Sur le néolithique européen, consulter l'article général NÉOLITHIQUE. Au début du IIe millénaire, alors que le reste de l'Europe est encore dans le néolithique, l'âge du bronze (v.) a commencé depuis plus de cinq cents ans dans les îles de la mer Egée et en Crète, et il gagne la Grèce continentale (v. CRÈTE, GRÈCE et HELLADIQUE). La civilisation crétoise dite minoenne atteint alors sa pleine maturité. En Europe centrale et occidentale, l'âge du bronze commence vers - 1800. Les principaux centres du bronze ancien sont la Bohême, l'Allemagne, avec la première culture des tumuli princiers de Saxe-Thuringe et l'Espagne. Le bronze se répand également le long des routes fluviales ou maritimes : dans la vallée du Rhône, en Armorique et en Angleterre avec la civilisation du Wessex (v. GRANDE-BRETAGNE. Préhistoire des îles Britanniques). La Scandinavie n'entre dans l'âge du bronze qu'après - 1500. Le bronze moyen (- 1500/- 1100) est avant tout l'âge de la civilisation des tumulus, qui a son foyer en Allemagne du Sud, cependant qu'en Italie la civilisation des Terramares (v. ITALIE. Des origines à la fin de l'Empire romain) est en plein développement. La fin du bronze moyen, vers - 1300/- 1200, est marquée en Europe centrale par la civilisation des Champs d'urnes (v.), qui se répand à travers l'Allemagne, de la vallée du Danube à l'Italie septentrionale et centrale, et dans la France de l'Est et du Midi. Définie par l'usage de sépultures à incinération, elle est peut-être le témoin de déplacements de populations indo-européennes. 000200000E5000000D24 E4A,Entre - 1800 et - 1500, en Grèce continentale, l'arrivée de populations pratiquant une langue indo-européenne, le grec, a abouti, au contact du monde crétois, à l'établissement de la civilisation mycénienne (v.). Sa disparition après 1100, est contemporaine de la présence d'une population grecque parlant un nouveau dialecte, le dorien, en même temps que se répand la civilisation du fer (v.) en Grèce, en Italie et en Europe centrale - culture de Hallstatt (v.). Dans la première moitié du Ier millénaire avant notre ère, de nouvelles populations celtiques, venues de l'Europe centrale, s'établirent en Allemagne du Sud, en France et dans les îles Britanniques, ainsi qu'en Espagne et en Italie du Nord. La civilisation celtique atteint son apogée dans la période dite de La Tène (v.), à partir de 500 environ av. J.-C. À cette date, la Grèce, première civilisation historique de l'Europe, entre dans son âge classique, tandis que la République vient d'être instituée à Rome. Les Germains (v. GERMANIE), dont le foyer primitif se situe dans le sud de la Scandinavie, au Danemark et au Schleswig, commencent leur expansion en Allemagne, où ils occupent déjà les régions maritimes situées entre l'embouchure de la Weser et celle de l'Oder. Les premiers peuples slaves (v.) apparaissent au N.-E. des Carpates, entre la Vistule et le Dniepr, mais les Slaves ne feront leur entrée dans l'histoire européenne que bien plus tard, après les invasions germaniques, vers 600 de notre ère. Enfin l'Ukraine et la Russie méridionale sont devenues le domaine de redoutables cavaliers indo-européens, les Scythes (v.). De l'Empire romain à Charlemagne Dès la préhistoire, des relations commerciales s'étaient établies entre les régions méditerranéennes et les pays riverains de l'Atlantique, de la mer du Nord et de la Baltique notamment pour le commerce de l'ambre. Mais les Grecs et même les Romains n'eurent toujours qu'une connaissance très imprécise des peuples de l'Europe centrale et septentrionale, qui n'étaient à leurs yeux que des « Barbares » (v.), c'est-à-dire des étrangers inassimilables. L'histoire antique, celle de la Grèce (v.) et de Rome (v.), n'a pas été à proprement parler une histoire « européenne » : centrée sur le bassin de la Méditerranée, elle a laissé à l'écart la plus grande partie du continent tout en établissant avec les peuples barbares des relations économiques essentielles, pour se fournir en bois, métaux, esclaves, etc. En rattachant la Gaule et l'île de « Bretagne » à cette civilisation méditerranéenne, les Romains ont fait de la France et de l'Angleterre, à l'égal de l'Italie ou de l'Espagne, des héritières naturelles de la tradition antique. Dès les IIe/IIIe s. de notre ère, le centre de gravité économique puis politique de l'Empire romain tendit à se déplacer de l'Occident vers l'Orient ; en 330, la capitale impériale fut transférée de Rome à Constantinople. Le partage de l'Empire (395) accéléra ce déclin de l'Occident qui, au Ve s., fut submergé par les invasions germaniques (v.), alors que l'empire d'Orient devait encore subsister pendant un millénaire. Disparu en 476, l'empire d'Occident a fait place à des royaumes barbares (Francs, Wisigoths, Ostrogoths, Burgondes), dirigés par des peuples que rien d'essentiel ne distinguait des autres Germains (Frisons, Saxons, Alamans, Thuringiens, Lombards, etc.) demeurés en dehors des anciennes limites de l'Empire. Alors que l'expansion romaine avait abouti à couper le continent en deux, sur la ligne Rhin-Danube, l'Europe septentrionale, l'Europe atlantique et l'Europe méditerranéenne se trouvaient donc pour la première fois sous une même domination germanique. 000200000C8A00001B6E C84,Les royaumes barbares, pour la plupart, se sont ouverts à la culture romaine ; sur les provinces impériales qu'ils occupaient, ils ont maintenu ou restauré à leur profit les institutions romaines. Sous Théodoric le Grand (493/526), la civilisation antique devait connaître son dernier éclat en Italie. Par ailleurs, l'empereur qui régnait à Byzance continuait à se considérer comme le seul maître légitime de tous les anciens territoires romains. Au VIe s., Justinien entreprit la « reconquête » de l'Occident et les Byzantins réussirent à se maintenir dans le sud de l'Italie pendant quelque cinq cents ans. L'Église romaine entreprit la conversion des Barbares. Alors que la plupart des peuples germaniques avaient été contaminés par l'hérésie arienne, la conversion de Clovis au catholicisme (496 ?) fut un événement capital, qui scellait l'alliance du Saint-Siège et des Francs. Des missionnaires bénédictins évangélisèrent les Anglo-Saxons (st Augustin au VIIe s.) et les Germains (st Boniface au VIIIe s.) ; mais, en se tournant vers les Barbares, l'Église de Rome devenait de plus en plus étrangère aux Églises orientales, et, dès cette époque, se développait le processus qui devait aboutir à la division du monde chrétien. L'unité méditerranéenne, que les invasions germaniques avaient laissée subsister, fut définitivement rompue aux VIIe/VIIIe s. à la suite de deux événements : l'installation des Slaves dans les Balkans (milieu du VIIe s.), et l'extension des conquêtes de l'islam le long des rivages africains de la Méditerranée, jusqu'à l'Espagne, envahie à partir de 711. C'est alors que l'Occident, par la fermeture des vieilles routes terrestres et maritimes, se trouva séparé de l'Orient et coupé de la tradition antique. L'arrêt de l'invasion arabe par Charles Martel à Poitiers (732) empêcha l'islamisation de l'Europe, mais ne changea pas une donnée désormais fondamentale : l'unité de la Méditerranée était rompue. Et pendant un millénaire, jusqu'au début du XVIIe s., la menace de l'islam devait rester une des composantes du destin de l'Europe. Privée de l'aide de Byzance, la papauté fit alliance avec la nouvelle dynastie franque des Carolingiens (751). La fondation de l'empire de Charlemagne (800) marqua l'aube d'une nouvelle civilisation, au point de rencontre de l'Europe atlantique et de l'Europe centrale. Cette Europe carolingienne constituée en rupture avec l'Orient byzantin, ne pouvait perpétuer les traditions politiques romaines. Disputé entre les fils de Louis le Pieux, lui-même héritier de Charlemagne, l'Empire carolingien a été partagé aux traités de Verdun (843) et de Mersen (870), ce dernier établissant la première distinction nette entre la France et l'Allemagne. La faiblesse du pouvoir impérial en face des nouvelles invasions (Normands, Sarrasins, Slaves, Hongrois) a favorisé l'émancipation des pouvoirs locaux. Dès la fin du IXe s., l'évolution générale de l'Occident se caractérise par l'effacement de l'idée de l'État et par l'organisation progressive de la féodalité (v.), un système dont les fondements socio-économiques remontent sans doute au Bas-Empire, mais dont l'esprit s'enracine dans la notion celto-germanique du lien d'homme à homme. 000200000D92000027F2 D8C,Ascension de l'Europe médiévale Tandis que se disloque l'œuvre de Charlemagne, l'Europe du IXe s. est menacée de toutes parts : les Vikings ou Normands (v.), Germains venus de Scandinavie, ravagent l'Angleterre et la France. Entre la Volga et le Dniepr, ils fondent le royaume varègue, embryon de l'État russe, mais celui-ci, slavisé et converti au christianisme byzantin dès le Xe s., reste à l'écart de l'Europe. À l'est, l'invasion des Hongrois parvient en Allemagne du Sud, et aux vallées du Rhin et de la Saône. Au tournant de l'an mille, l'Europe a surmonté l'épreuve. Le mouvement monastique de Cluny (910) a suscité un renouveau spirituel. Les Normands ont été stabilisés dans la région de la basse Seine (911) et se sont convertis au christianisme. En France s'est établie la monarchie capétienne (987), dont l'autorité est encore faible face aux grands féodaux. C'est en Germanie que renaît l'idée impériale : Henri Ier l'Oiseleur, duc de Saxe, refoule les Slaves à l'E. de l'Elbe ; son fils, Othon le Grand, arrête définitivement (bataille du Lechfeld, 955) l'invasion des Hongrois, qui se convertissent sous le règne de st Étienne (997/1038). Au S., les Sarrasins sont chassés des côtes méditerranéennes, et les petits princes chrétiens du N. de la péninsule Ibérique entreprennent la « Reconquête ». L'Europe occidentale trouve un nouvel équilibre avec la fondation, par Othon le Grand, en 962, du Saint Empire romain germanique, qui ne devait disparaître qu'en 1806. À partir du XIe s., l'Europe connaît un vigoureux renouveau. Sa population augmente. D'importantes améliorations techniques (assolement triennal, perfectionnement de l'attelage, diffusion des moulins à eau, découverte de la fonte, etc.) favorisent l'agriculture et l'industrie artisanale. La reprise des échanges commerciaux (foires de Champagne) provoque une renaissance de la civilisation urbaine, et, à côté de la propriété foncière s'édifie une richesse mobilière ; l'économie monétaire réapparaît et les villes, en se constituant en « communes », font reculer la féodalité. La chrétienté européenne se développe à nouveau. La création de l'ordre cistercien (1098) manifeste une volonté de retour à l'idéal monastique originel. Entre 960 et 1100 environ s'accomplit la conversion au catholicisme de la Scandinavie, de la Bohême, de la Moravie, de la Pologne, de la Hongrie, cependant qu'en Europe orientale l'Église byzantine poursuit l'évangélisation des Slaves. Au cours des Xe/XIe s., le monde chrétien a doublé. Le nouvel équilibre matériel et moral s'est manifesté dans la floraison de l'art roman, dans l'effort de l'Église pour limiter les guerres privées (paix de Dieu, trêve de Dieu) et pour spiritualiser la fonction guerrière par l'institution de la chevalerie (v.). Les croisades (v.) (1096/1291) ont été, à l'origine, une entreprise de foi militante dont le bilan est toujours objet de controverse, même si les États latins fondés en Terre sainte se sont maintenus pendant deux siècles. Du XIe au XIIIe s., les deux pouvoirs les plus prestigieux de l'Europe, le Saint Empire et la papauté, se sont disputé la domination universelle au cours de la querelle des Investitures (v.) (1074/1122) et de la lutte du Sacerdoce et de l'Empire (v.) (1157/1250). La puissance impériale s'est heurtée à de grands papes tels que Grégoire VII et Innocent III, mais surtout à la puissance nouvelle des villes italiennes, qui firent reconnaître leur autonomie (paix de Constance, 1183). 000200000FCA0000357E FC4,Victorieuse des empereurs, la papauté a vu cependant son rêve théocratique se briser devant l'essor des monarchies nationales. Alors que les empereurs germaniques se trouvaient contraints, en Allemagne même, de faire des concessions aux grands féodaux et aux villes, l'Angleterre et la France étaient conduites par des royautés puissantes et centralisatrices, résolues à créer aux dépens de la féodalité un État unitaire. En Angleterre, la monarchie anglo-normande, fondée par Guillaume le Conquérant en 1066, dut reculer devant l'opposition des barons et des villes, qui arrachèrent à Jean sans Terre la Grande Charte (v.) de 1215. En France, en revanche, le pouvoir royal, s'appuyant souvent sur les communes contre les féodaux, fit des progrès décisifs sous les règnes de Philippe Auguste (1180/1233), de Saint Louis (1226/70) et de Philippe le Bel (1285/1314). Les Capétiens ont fondé leur pouvoir sur le sacre, qui faisait d'eux les lieutenants de Dieu sur terre, et sur le travail des légistes qui ont trouvé dans le droit romain les justifications juridiques de leur pouvoir. Dans sa lutte, la papauté fut politiquement vaincue et, de 1309 à 1376, elle se transporta de Rome à Avignon. Le XIIIe s. vit l'apogée de la civilisation médiévale européenne avec la floraison de l'art gothique, les grandes synthèses de la pensée scolastique (Thomas d'Aquin, Bonaventure, Duns Scot), l'essor de la littérature profane et notamment de la littérature chevaleresque, et la création des universités. À l'apparition de nouvelles hérésies (le catharisme) et de sectes (les vaudois), l'Église a répondu par la répression (création de l'Inquisition), mais aussi en répondant aux nouveaux besoins intellectuels et spirituels par la création des ordres mendiants (dominicains et franciscains). L'expansion territoriale de la chrétienté d'Occident se poursuivit au XIIIe s. Après la victoire de Las Navas de Tolosa (1212), la « Reconquête » espagnole a fait des progrès rapides, et, dès 1250, l'islam ne conservait plus que le petit royaume méridional de Grenade. Dans l'Est européen, s'est développée depuis le XIIe s., une importante migration allemande dans les territoires entre Elbe et Oder, et même au-delà de l'Oder ; enfin l'ordre Teutonique entreprenait la colonisation de la Prusse et des pays Baltes qu'a limitée en 1242, la victoire d'Alexandre Nevski sur les chevaliers allemands. Les principautés russes, après avoir connu pendant deux cents ans un brillant essor, furent de leur côté submergées, à partir du XIIIe s., par l'invasion mongole de Gengis Khan et de ses successeurs. En Orient, l'Empire byzantin ne se remit jamais de la prise et du pillage de Constantinople par les croisés (1204) ; la création d'un Empire latin d'Orient devait être éphémère. Serbes et Bulgares, et, à plus longue échéance, les Turcs Ottomans devaient tirer profit du déclin de Byzance. La crise des XIVe/XVe siècles À partir de 1300, l'Occident entre dans une longue période de dépression économique dont les causes, à la fois monétaires, démographiques, climatiques et politiques, sont encore mal élucidées. Toutefois, cette dépression n'est pas générale ; elle affecte surtout la France, ravagée par la guerre de Cent Ans (disparition des foires de Champagne), mais l'Europe des XIVe/XVe s. présente plusieurs zones de dynamisme économique et de prospérité : l'Allemagne du Nord, où s'affirme la puissance de la Hanse (v.) ; l'Allemagne du Sud et la Bohême, où se développe l'industrie minière ; l'État bourguignon, qui s'étend du Jura à la mer du Nord, et dont les souverains, vers le milieu du XVe s., méritent pleinement leur titre de « grands-ducs d'Occident » ; enfin l'Italie des villes et des États princiers, qui tient la première place en Europe pour le commerce et la banque et, dans l'épanouissement artistique du Quattrocento, devient le foyer de l'humanisme et de la Renaissance. L'Europe est cependant éprouvée par une terrible épidémie, la peste noire de 1348/49, qui fait disparaître presque un tiers de la population du continent. 000200000E1500004542 E0F,Face au monde musulman, auquel l'hégémonie des Turcs Ottomans donne une vigueur nouvelle, l'Europe se trouve de nouveau sur la défensive. L'Empire byzantin est affaibli par la poussée des Bulgares et des Serbes, tandis que Vénitiens et Génois lui enlèvent ses positions maritimes dans l'Égée et la mer Noire. Les Ottomans prennent pied sur le continent européen, écrasent les Serbes à la bataille de Kosovo (1389), et, à la fin du XIVe s., submergent la Bulgarie, la Thrace, la Macédoine, et réduisent les Serbes en vassalité. Mehmet II s'empare enfin de Constantinople en 1453 : c'est la fin du millénaire empire d'Orient, prolongement de l'Empire romain. L'Europe centrale vit désormais sous la menace de l'invasion turque, qui ne sera définitivement écartée qu'au début du XVIIIe s. Les trois grands pouvoirs autour desquels s'était organisée la civilisation médiévale sont en crise. La société féodale est ébranlée par la puissance croissante des villes, les progrès de la centralisation monarchique et la révolution de l'art militaire : l'infanterie anglaise a vaincu la chevalerie française à Crécy (1346), à Azincourt (1415) et les premiers canons sont apparus. Le Saint Empire, ébranlé par le Grand Interrègne (1256/73), est rongé par le morcellement politique et par l'autonomie croissante des princes ; son caractère électif est confirmé par la Bulle d'or de Charles IV (1356) ; à l'extérieur, il est affaibli par la croissance de l'État polonais, qui s'est uni à la Lituanie en 1386, par l'indépendance de la Confédération suisse (1389), par la sécession des Pays-Bas, qui entrent dans l'Empire bourguignon de Philippe le Bon. Dans les régions baltiques, l'ordre Teutonique, vaincu par les Polonais à Tannenberg (1410) doit céder la Prusse-Occidentale et reconnaître la suzeraineté polonaise. Cependant, le XVe s. voit grandir la puissance de deux maisons princières : celle des Habsbourg d'Autriche, qui vont occuper le trône impérial sans interruption à partir de 1438, et celle des Hohenzollern, souverains du Brandebourg et Électeurs d'Empire à partir de 1415. L'Église romaine a subi une baisse de son prestige après son exil à Avignon (1309/78) et le Grand Schisme d'Occident (v.) (1378/1417). Dans son sein, se développent les théories conciliaires (qui veulent soumettre le pape au concile général) et gallicanes (qui tendent à la création de véritables Églises nationales). L'esprit de l'humanisme et de la Renaissance s'installe à la tête même de l'Église, et la cour romaine devient la plus fastueuse des cours princières italiennes. De la guerre de Cent Ans (1337/1453) a failli naître une vaste entité franco-britannique gouvernée par les Plantagenêts ; mais l'affirmation du sentiment national français (Jeanne d'Arc) a fait échouer cette possibilité, et, de ce long conflit, la monarchie capétienne est sortie finalement renforcée. Avec Louis XI (1461/83), elle a triomphé des derniers grands féodaux et brisé la puissance de la Bourgogne. L'Angleterre, déchirée par la guerre des Deux-Roses, s'est redressée à partir de l'avènement des Tudors (1485). Un troisième État unitaire, l'Espagne, s'est affirmé à la suite du mariage des souverains de Castille et d'Aragon (1479) ; les Rois Catholiques ont achevé la Reconquête en s'emparant du royaume de Grenade (1492). En 1480, la principauté de Moscou, après une longue lutte contre les Mongols, s'est émancipée définitivement de la suzeraineté de la Horde d'Or et, sous Ivan III (1462/1505), a commencé le « rassemblement des terres russes » tandis que l'Église russe affirmait sa prétention à devenir la « troisième Rome ». 000200000F9000005351 F8A,La Renaissance, la Réforme La reprise économique de l'Europe, très vigoureuse dès la seconde moitié du XVe s., ne fut pas une conséquence mais, au contraire, l'une des causes des grandes découvertes. Le but premier des voyages maritimes de la fin du XVe et du début du XVIe s. a été d'ouvrir vers les « Indes » une nouvelle route océane capable de remplacer les routes traditionnelles des steppes asiatiques et de la mer Rouge, désormais bloquées par les Turcs. En 1492, Christophe Colomb découvrit l'Amérique. En 1498, Vasco de Gama parvint en Inde après avoir doublé le cap de Bonne-Espérance. Entre 1520 et 1535, une poignée de conquistadores espagnols détruisit les grands Empires aztèque et inca de l'Amérique précolombienne. Cette expansion foudroyante fut rendue possible par le perfectionnement des techniques de navigation et par la supériorité des armes à feu européennes. En Asie, au contraire, les Européens se sont contentés d'établir des comptoirs commerciaux, et il leur a fallu encore plus de deux siècles pour fonder une véritable domination coloniale et reconnaître la résistance des civilisations asiatiques à la pénétration du christianisme. L'Espagne et le Portugal, les deux premières puissances coloniales de l'histoire, se sont partagé le monde par le traité de Tordesillas (1494), et le commerce international s'est déplacé de la Méditerranée vers l'Atlantique. La mise en valeur des colonies a entraîné l'exploitation du travail des Indiens puis la traite des Noirs. Grâce aux mines d'or et d'argent des Amériques, l'économie européenne s'est trouvée vivifiée par l'afflux de métaux précieux, qui a déclenché une hausse des prix régulière et entraîné les pays d'Europe dans une politique mercantiliste. Parti d'Italie, l'épanouissement de la Renaissance s'est étendu peu à peu à toute l'Europe occidentale. À la civilisation latine universelle du Moyen Âge succédèrent des cultures nationales s'exprimant dans des langues vulgaires et dans des styles artistiques différenciés. L'humanisme, d'abord littéraire, religieux et philosophique, a éveillé l'esprit scientifique (Copernic, Galilée, etc.). Le monde occidental s'est tourné vers la connaissance et l'épanouissement de l'individu par la culture et la liberté de ses choix. L'Europe allait prendre une avance décisive sur les autres civilisations, restées plus étroitement dépendantes d'impératifs et d'interdits de caractère religieux. Préparée par l'humanisme, la Réforme fut, dans son principe, une protestation de la foi chrétienne contre l'incapacité de l'Église à proposer une voie nouvelle vers le Salut. Face à la papauté de la Renaissance, Luther et Calvin ont proclamé l'absolue transcendance de Dieu, la prédestination au salut et la primauté de la foi sur les œuvres. Le protestantisme a favorisé l'individualisme en fondant la religion sur les rapports directs entre Dieu et le croyant ; il a été aussi un facteur d'ordre en acceptant que les Églises nationales fussent sous l'autorité des princes temporels. L'Europe s'est trouvée coupée en deux blocs par la Réforme. Une grande partie de l'Allemagne et de la Hongrie, les pays scandinaves, les Pays-Bas, l'Angleterre et l'Écosse ont échappé désormais à l'autorité romaine. La division religieuse de l'Allemagne fut consacrée par la paix d'Augsbourg (1555). En France, après de cruelles guerres de Religion (1562/98), le catholicisme finit par l'emporter et le protestantisme ne fut que toléré (édit de Nantes, 1598). Beaucoup de princes rompirent avec Rome pour des raisons politiques et économiques (sécularisation des biens ecclésiastiques) ; ce fut le cas d'Henri VIII d'Angleterre, qui, hostile au protestantisme, fonda une religion nationale, l'anglicanisme (1534). La Réforme, en Bohême et aux Pays-Bas, fut étroitement associée à des revendications d'indépendance nationale ; le calvinisme, en suscitant un nouvel ascétisme laïque, fondé sur l'esprit de travail et d'économie, a contribué à la genèse de l'esprit capitaliste. 00020000113C000062DB 1135,Une inévitable Contre-Réforme ou Réforme catholique s'est développée, marquée par la naissance de nouveaux ordres voués à l'apostolat (les jésuites, 1537), par la réorganisation du gouvernement central de l'Église romaine et l'œuvre dogmatique du concile de Trente (1545/63). Des grands conflits internationaux du XVIe s., le plus important et le plus long opposa, de 1521 à 1559, deux puissances catholiques, la France des Valois (François Ier, Henri II) et la maison de Habsbourg (Charles Quint, Philippe II). Pour résister aux Habsbourg, les rois de France n'hésitèrent pas à s'allier avec les princes protestants allemands et même avec les Turcs. La lutte se termina par l'établissement d'un nouvel équilibre européen : la France abandonnait ses rêves de domination sur l'Italie, mais les Habsbourg renonçaient à un empire universel : leurs possessions d'Espagne (avec son immense empire colonial) et d'Europe centrale restaient définitivement séparées. Champion de la Contre-Réforme et de la prépondérance espagnole, Philippe II connut deux graves échecs : contre l'Angleterre d'Élisabeth Ire, il subit le désastre de l'Invincible Armada, (1588) ; contre la révolte des protestants des Pays-Bas, il ne put empêcher l'indépendance des Provinces-Unies (1579/1609). À la fin du XVIe s., l'Espagne n'en restait pas moins la première puissance de l'Europe ; dans les lettres et les arts, elle entrait dans son « Siècle d'or » ; mais l'absolutisme politico-religieux de Philippe II endormait ses forces vives, et l'afflux des richesses d'Amérique ne fut pas utilisé pour développer son économie. En Angleterre, malgré les prérogatives désormais bien établies du Parlement, le pouvoir monarchique s'était considérablement renforcé sous Henri VIII et sa fille, Élisabeth Ire ; l'essor maritime britannique était amorcé et la première colonie anglaise d'Amérique, la Virginie, était fondée en 1584. En France, le pouvoir monarchique avait fait de grands progrès sous François Ier. À partir du règne d'Henri IV, il s'orienta résolument vers l'absolutisme. L'Italie, affaiblie économiquement au profit des pays atlantiques, morcelée politiquement et soumise en partie à la domination de l'Espagne, était devenue un champ de bataille pour les grandes puissances européennes. En Allemagne, le pouvoir impérial était fortement amoindri par les divisions religieuses. La victoire navale de Lépante (1571) laissait intacte la puissance continentale des Turcs qui s'avancèrent jusque sous les murs de Vienne. L'Autriche des Habsbourg, alliée à Venise et à la Pologne, assumait la défense de l'Europe contre la menace ottomane, alors que la France amorçait son extension vers le Rhin, dans de vieilles terres impériales. À l'E. de l'Europe, le royaume de Pologne-Lituanie s'affaiblissait à cause du système de la monarchie élective. La puissance russe grandissait, au contraire, sous le règne d'Ivan IV le Terrible (1533/84), dont les conquêtes atteignirent la Caspienne et l'Oural, et entamaient déjà la Sibérie. Le XVIIe siècle La guerre de Trente Ans (1618/48) fut, dans ses origines, une suite des guerres de Religion du XVIe s. : les Tchèques et les princes protestants allemands s'opposaient à la politique de Contre-Réforme catholique menée par les Habsbourg. Les succès impériaux dans la première partie de la guerre provoquèrent l'intervention de puissances protestantes, le Danemark (1625), puis, en 1630, la Suède, qui s'affirma sous Gustave-Adolphe comme une grande puissance militaire. Après sa mort (1632), la France dut entrer directement dans le conflit, d'abord contre l'Espagne (1635), puis contre l'empereur Ferdinand III (1638). La victoire de Condé à Rocroi (1643) mit fin à la réputation d'invincibilité de l'infanterie espagnole. Les traités de Westphalie (1648) et des Pyrénées (1659) changèrent profondément le rapport des forces en Europe. La Suède et le Brandebourg (uni à la Prusse dès 1618) étaient reconnus comme des puissances. L'Empire était définitivement affaibli. L'Allemagne, dévastée et dépeuplée par la guerre, émiettée politiquement, partagée en trois confessions officielles (catholicisme, luthéranisme, calvinisme), se trouvait réduite à l'impuissance. La France, pour la première fois, portait sa frontière sur le Rhin, et prenait à l'Espagne l'Artois et le Roussillon. C'était la fin de la prépondérance espagnole et le début d'une tentative d'hégémonie française en Europe. 00020000100100007410 FFB,La France devait sa puissance à l'abondance de ses ressources naturelles, à son poids démographique (1 Européen sur 4 était français) et à l'efficacité de son système monarchique. Mais c'étaient des pays protestants - Angleterre et Provinces-Unies - qui se trouvaient à l'avant-garde du dynamisme économique, et qui, dès 1600, avaient arraché aux Espagnols et aux Portugais le monopole du grand commerce maritime. Vers 1650, la Hollande était devenue la plus grande puissance marchande et financière. Mais elle subissait déjà la rivalité redoutable de l'Angleterre. L'Acte de navigation (v.) de 1651 et la guerre anglo-hollandaise de 1652/54 portèrent un coup d'arrêt définitif à l'expansion des Provinces-Unies et ouvrirent l'ère de la prépondérance britannique sur les océans. Les Provinces-Unies mises à part, la tendance à l'absolutisme s'affirmait dans toutes les grandes monarchies. Il triompha en France, où Louis XIV porta la royauté à son plus haut degré de puissance en domestiquant la noblesse et en s'appuyant sur la classe bourgeoise montante. En Angleterre, la résistance du Parlement et des « dissidents » religieux mit en échec l'absolutisme des Stuarts : la première révolution anglaise (1642/60) fut marquée par un événement sans précédent, l'exécution d'un souverain de droit divin (Charles Ier, 1649), et par l'instauration de la première dictature des Temps modernes, celle de Cromwell ; la seconde révolution anglaise (1688) fit triompher la religion protestante et institua une monarchie parlementaire. Le XVIIe s. a été une époque de malaise économique, marquée par la raréfaction du numéraire, l'instabilité des prix, l'accroissement de la pression fiscale, à un moment où les aléas climatiques ont multiplié les disettes, voire les famines. Obéissant aux principes du mercantilisme, les grands États ont suivi des politiques rigidement protectionnistes, imposant à leurs colonies les contraintes de l'« exclusif » et se livrant de véritables « guerres d'argent » (conflit anglo-hollandais de 1652/54 ; conflit franco-hollandais de 1672/78). La politique hégémonique de Louis XIV permit de nouvelles annexions, la Flandre, Strasbourg et la Franche-Comté, mais elle dressa contre la France de vastes coalitions qui groupaient l'Europe presque tout entière. La dévastation du Palatinat (1689) fit perdre à Louis XIV ses alliés allemands. L'Angleterre, gouvernée par Guillaume III d'Orange (1688/1702), se fit le champion de l'équilibre européen, menacé par les prétentions françaises. Au terme de la guerre de la Succession d'Espagne (traité d'Utrecht, 1713), la France parvint à conserver les acquisitions du règne, et la dynastie des Bourbons resta établie sur le trône espagnol. Mais la tentative d'hégémonie française était brisée, la prépondérance navale et commerciale de l'Angleterre confirmée avec éclat. La Pologne, où le pouvoir royal était paralysé par les prérogatives exorbitantes de la diète aristocratique, continuait de s'affaiblir. Un moment maî

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