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ÉTATS-UNIS D'AMÉRIQUE, United States of America, USA

État fédéral de l'Amérique du Nord ; capitale Washington. • L'époque coloniale (jusqu'en 1776) • La naissance d'une nation (1776/89) • Crises et progrès au XIXe s. (1789/1865) • De la « Reconstruction » à l'expansion (1865/1921) • De l'isolationnisme aux responsabilités mondiales (1921/45) • De l'après-guerre à la guerre du Viêt-nam • L'ère du doute • L'ère libérale • La présidence Clinton • La présidence de George W. Bush L'époque coloniale (jusqu'en 1776) Au début du XVIIe s., trois nations européennes, l'Espagne, la France et l'Angleterre, entreprirent la colonisation de l'Amérique du Nord. Ce furent les Espagnols qui, à Saint Augustine (Floride), en 1565, fondèrent le premier établissement permanent des Blancs sur le territoire actuel des États-Unis. L'autorité espagnole s'étendit sur la Floride, le Texas, la Californie et une grande partie de l'Ouest américain. Les Français s'installèrent au Canada (fondation de Québec par Champlain, 1608) et, au cours des XVIIe/XVIIIe s., progressèrent vers la région des Grands Lacs, puis descendirent la vallée du Mississippi (voyages de Cavelier de La Salle, 1669/82) et fondèrent la colonie de la Louisiane (début du XVIIIe s.). Cependant, les régions de la côte atlantique, futur noyau politique et culturel des États-Unis, n'attiraient guère les premiers voyageurs européens : le climat y était âpre, les côtes généralement peu hospitalières et ces pays étaient dépourvus des deux richesses qui fascinaient les explorateurs de l'époque, les métaux précieux et les épices. La colonisation anglaise, qui commença par la fondation de Jamestown, en Virginie, en 1607, ne fut pas inspirée par des motifs mercantiles. Ce fut une colonisation de peuplement, menée par des minorités politiques et religieuses britanniques qui, à la suite des troubles que connut l'histoire anglaise au XVIIe s., préféraient s'expatrier plutôt que de renoncer à leur foi (tels les dissidents et les puritains) ou, comme les jacobites (v.), de se soumettre à des souverains qu'ils considéraient comme des usurpateurs. Les Pères Pèlerins arrivèrent en 1620 sur le Mayflower dans la baie de Plymouth et fondèrent la colonie du Massachusetts. L'émigration puritaine se poursuivit régulièrement jusqu'en 1642 (environ 20 000 personnes) et constitua les autres colonies du groupe septentrional de la Nouvelle-Angleterre : le New Hampshire (1629), Rhode Island (1644) et le Connecticut (1662). Ces colonies consacrèrent longtemps le caractère religieux, souvent théocratique et intolérant (procès des sorcières de Salem, Massachusetts, 1692), que leur avaient imprimé leurs fondateurs. La vie spirituelle y était austère, la vie culturelle développée (fondation de l'université Harvard, 1636), mais s'accommodait fort bien d'une intense activité économique où commençait à poindre l'esprit capitaliste (v. PURITAINS). Chez ces non-conformistes religieux, unis par une même foi, s'instituèrent très tôt des pratiques démocratiques. L'Angleterre accorda à ses colonies un statut de large autonomie ; elles avaient leur propre gouvernement, leurs assemblées et leur budget. La première Constitution avait été rédigée en Virginie dès 1609. 000200000F2400000C5B F1E,Pourtant, les colonies méridionales, Virginie (1607), Maryland (1632), les deux Carolines (1663) et Géorgie (1732), offraient un profil spirituel, politique et social tout autre que les colonies du Nord. Essentiellement agricole, le Sud était fondé sur la grande plantation, qui réclamait une main-d'œuvre importante. Dès 1620, les premières importations d'esclaves d'Afrique commencèrent à Jamestown et elles se poursuivirent durant tout le XVIIe s., à une cadence d'environ 1 500 arrivées par an. Sur la base de l'esclavagisme se constitua une société aristocratique de propriétaires terriens qui menaient une vie très proche de celle des gentilshommes campagnards de la vieille Europe. Entre ces deux groupes complètement étrangers l'un à l'autre se formèrent les colonies du centre. Après la fondation de la Compagnie hollandaise des Indes occidentales (1621), des Hollandais s'étaient établis au débouché de l'Hudson, dans l'île de Manhattan, et Peter Minuit fonda en 1625 La Nouvelle-Amsterdam (New York) ; en 1655, les Hollandais s'emparèrent de la petite colonie suédoise du Delaware. Mais, en 1664, toutes les possessions hollandaises d'Amérique du Nord furent conquises par l'Angleterre. Aux colonies de New York, du New Jersey, du Delaware (1664) s'ajouta en 1681 la Pennsylvanie, fondée par des quakers sous la direction de William Penn (v.). Entre toutes ces colonies américaines n'existait guère que le lien d'une commune dépendance à l'égard de la couronne britannique. La lutte contre les ennemis communs, l'Indien et le Français, contribua à faire naître chez les colons le sentiment d'une unité de destin. Il fallut un siècle avant que ce sentiment ne parvînt à triompher des disparités économiques, sociales et religieuses. En 1754, les treize colonies avaient rejeté un projet de confédération présenté par Benjamin Franklin. Mais après la disparition de l'empire colonial français d'Amérique du Nord (1763), les colonies aspirèrent à une plus grande indépendance vis-à-vis de la métropole, au moment où celle-ci leur imposait une contribution à l'amortissement des dettes de la guerre de Sept Ans. Les colons américains refusaient d'accepter les votes du Parlement de Londres, où ils n'avaient pas de représentants. Leur opposition se cristallisa d'abord sur le principe : « Pas d'impôts sans représentation. » Londres dut retirer la « loi du Timbre » de 1765, qui frappait les actes publics et les journaux, mais ne voulut pas renoncer à la politique de l'exclusif colonial (v. PACTE COLONIAL) et chercha à imposer les lois Townshend (mai 1767), qui taxaient lourdement les importations, en particulier le thé. Cette obstination de la métropole provoqua des réactions violentes. Après le « massacre de Boston » (5 mars 1770), les habitants du grand port de la Nouvelle-Angleterre détruisirent les cargaisons de thé des navires de la Compagnie des Indes (Boston Tea Party, 16 déc. 1773). Le gouvernement anglais répliqua par des lois répressives qui ruinaient le commerce de Boston et effaçaient les libertés du Massachusetts (1774). Mais la répression ne réussit qu'à renforcer l'unité des colonies américaines : en automne 1774, à l'instigation de Franklin, elles se réunirent à Philadelphie en un premier Congrès continental. La fusillade de Lexington (avr. 1775) précipita l'ouverture des hostilités : le 17 juin 1775, à Bunker Hill, près de Boston, une première bataille rangée opposait Anglais et Américains. La guerre d'Indépendance commençait. Le deuxième Congrès continental confia à George Washington le commandement de l'armée, et les treize colonies insurgées (Massachusetts, New Hampshire, Connecticut, Rhode Island, New York, New Jersey, Pennsylvanie, Delaware, Maryland, Virginie, Caroline du Sud, Caroline du Nord et Géorgie) adoptèrent la Déclaration d'indépendance (4 juill. 1776) et les Articles de confédération (15 nov. 1777). 000200000DEF00001B79 DE9,La naissance d'une nation (1776/89) Malgré l'atmosphère d'enthousiasme qui entoura ces événements, l'unanimité était loin de régner parmi les colons : des « loyalistes », parmi lesquels le propre fils de Benjamin Franklin, restèrent fidèles à la couronne britannique et combattirent aux côtés des Anglais, puis se réfugièrent au Canada ; beaucoup d'Américains choisirent la neutralité. Dans le domaine militaire, l'armée de volontaires hâtivement formée sous les ordres de Washington était très inférieure aux mercenaires, surtout allemands, dont disposaient les Anglais. Washington dut abandonner New York (1776) et Philadelphie (sept. 1777) ; la victoire américaine de Saratoga (17 oct. 1777) ne suffit pas à redresser la situation. Mais l'insurrection des colons américains avait fait naître des espoirs de revanche chez tous les adversaires européens de l'Angleterre. La France, qui désirait effacer les désastres de la guerre de Sept Ans, décida en janv. 1778 d'intervenir et réussit à entraîner à sa suite l'Espagne (1779) et les Pays-Bas (1780). Déjà deux officiers européens, le Français La Fayette et le Prussien von Steuben, avaient entrepris la réorganisation de l'armée des colons. La Fayette prit la tête de l'armée française envoyée en Amérique. La capitulation de Cornwallis à Yorktown (19 oct. 1781) décida de la victoire américaine et le traité de Versailles (3 sept. 1783) reconnut l'indépendance des États-Unis en leur conférant la souveraineté sur les territoires compris entre l'Atlantique et le Mississippi, et entre les Grands Lacs au N. et les possessions espagnoles au S. La nouvelle nation se trouvait dans une situation critique : le gouvernement confédéral institué par les Articles de 1777 n'avait aucun moyen d'exercer une véritable autorité ; la monnaie se dépréciait ; des mutineries éclataient dans l'armée. La nécessité d'établir un gouvernement central provoqua la réunion à Philadelphie, le 25 mai 1787, d'une Convention constitutionnelle, présidée par Washington, qui élabora la nouvelle Constitution des États-Unis (17 sept. 1787). Ce document assez bref, résultat d'une série de compromis, se révéla un cadre admirablement souple. Complétée peu à peu par vingt-cinq amendements mais non modifiée dans son essence, la Constitution de 1787 n'a pas cessé, jusqu'à nos jours, de régler le fonctionnement des institutions américaines. Elle conciliait la nécessité d'un renforcement du pouvoir central et le souci d'indépendance des treize États en créant, au-dessus des États, un pouvoir fédéral, souverain dans les domaines de la politique extérieure, de la défense, du commerce extérieur et des relations entre les États. Tout ce qui n'était pas expressément délégué au gouvernement fédéral restait de la compétence exclusive des États ; pour empêcher toute domination des grands États sur les petits États, le principe fut adopté d'une représentation égale au Sénat (avec deux sièges pour chaque État, quelle que fût sa population) et d'une représentation proportionnelle à la Chambre des représentants ; les pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire furent séparés de manière qu'ils pussent se contrôler les uns les autres. La Constitution fut ardemment défendue devant l'opinion par Alexander Hamilton, John Jay et James Madison dans les Federalist Papers. En 1788, elle avait été ratifiée par onze États, mais la Caroline du Nord n'y adhéra qu'en nov. 1789 et le Rhode Island qu'en mai 1790. Cependant, elle était entrée en application dès 1788, et George Washington fut élu premier président des États-Unis (1789/97). 000200000F4200002962 F3C,Crises et progrès au XIXe s. (1789/1865) Dès l'époque de la présidence de Washington apparurent deux partis politiques : les fédéralistes, qui avaient pour chef Alexander Hamilton, voulaient appliquer la Constitution dans le sens d'un renforcement du pouvoir central ; ils représentaient les industriels et les grands commerçants du Nord ; maîtres du pouvoir sous la présidence de John Adams (1797/1801), ils introduisirent une législation répressive (Alien and Sedition Acts de 1798) et furent sur le point de lancer les États-Unis dans une guerre contre la France révolutionnaire. L'autre parti, celui des disciples de Jefferson, fut bientôt connu sous le nom de parti républicain démocrate (puis, en 1828, avec l'élection de Jackson à la présidence, de parti démocrate) ; il se recruta d'abord parmi des petits propriétaires aisés, idéalistes, adeptes des doctrines de Rousseau, qui redoutaient toute ingérence excessive du pouvoir central et qui exigeaient l'application stricte de la Constitution et le respect du droit des États. Arrivés au pouvoir avec Jefferson (1801/09), les démocrates durent compter avec la Cour suprême, bastion fédéraliste, qui imposa le principe de l'autorité fédérale dans les conflits entre États. La présidence de Jefferson fut comme une seconde fondation de la démocratie américaine, inaugurant une longue période de paix intérieure (l'« Ère des bons sentiments ») qui se poursuivit pendant les présidences de Madison (1809/17) et de Monroe (v., 1817/25), qui énonça la doctrine fondamentale de la politique extérieure des États-Unis, qui excluait toute intervention européenne sur le continent américain. Pendant que les nouvelles institutions s'enracinaient, la jeune nation, réduite en 1783 à la bande côtière atlantique, étendait rapidement son territoire. La colonisation de l'Ouest débuta avec la création de nouveaux États : Vermont (1791), Kentucky (1792), Tennessee (1796), Ohio (1803). En 1803, la France, qui était à la veille d'une nouvelle guerre avec l'Angleterre, vendit à Jefferson, pour 15 millions de dollars, l'immense Louisiane, dont le territoire fit doubler d'un seul coup celui de l'Union. Malgré Jefferson, auteur de l'Embargo Act de 1807, les États-Unis se trouvèrent entraînés dans la lutte entre Napoléon et l'Angleterre. Madison, voulant faire respecter les droits commerciaux des neutres, provoqua la guerre anglo-américaine de 1812/14, qui se termina sans résultats par le traité de Gand (1814). L'accord de 1818 fixa la frontière des États-Unis et du Canada sur le 49e parallèle. Ayant échoué dans leur tentative d'annexer le Canada méridional, les Américains, qui s'étaient fait céder la Floride par l'Espagne (1819), se tournèrent avec une ardeur nouvelle vers la conquête de l'Ouest, encadrée depuis 1787 par l'ordonnance du Nord-Ouest, qui considérait comme propriété fédérale tous les territoires situés à l'Ouest du Mississippi. En 1804, Jefferson avait envoyé une expédition, dirigée par Meriwether Lewis et William Clark, qui remonta les affluents occidentaux du Mississippi, atteignit la Columbia dans l'Oregon et ouvrit une voie vers la côte du Pacifique. Après une longue contestation avec l'Angleterre, les États-Unis se firent confirmer la possession de l'Oregon par le traité du 15 juin 1846 : l'Union s'étendait désormais de l'Atlantique au Pacifique. La progression se poursuivait simultanément dans le Sud-Ouest. Fondée en 1835/36, la république du Texas fut annexée en 1845 par le président James K. Polk, ce qui entraîna une guerre avec le Mexique (1846/48), qui se termina par le traité de Guadalupe Hidalgo (2 févr. 1848) : amputé des deux cinquièmes de son territoire, le Mexique cédait aux États-Unis le Texas, la Californie et les vastes étendues qui devaient former l'Utah, le Nevada, l'Arizona, le Nouveau-Mexique. En 1853, la convention de Gadsden fixa de façon définitive la frontière américano-mexicaine. 000200000DED0000389E DE7,En un peu plus d'un demi-siècle, les États-Unis avaient plus que triplé leur superficie et le nombre des États était passé de 13 en 1789 à 31 en 1848 ; la population ne cessait de s'accroître par l'immigration européenne. En 1860, on comptait aux États-Unis plus de 4 millions de personnes d'origine étrangère, les plus nombreux étant les Irlandais (38 %), les Allemands (31 %), les Anglais (10 %) et les Français (2,66 %). Dans cette période, la conquête de l'Ouest s'accompagna d'un refoulement général des Indiens à l'ouest du Mississippi (1826). Ce n'est qu'après la guerre de Sécession que se produisirent la destruction des populations indigènes et la concentration des survivants dans des réserves. L'administration cadastra et découpa les terres en parcelles de forme régulière et de superficie égale qui furent vendues au prix de 1,25 dollar l'acre (environ 40 ares), conformément à la loi agraire de 1820. L'acquisition des terres bénéficia de grandes facilités de crédit. L'Ouest devint pour les Américains un mirage fascinant (v. FAR WEST), une terre originale, très différente du modèle européen des anciennes colonies. L'Ouest avait déjà fait son apparition dans la vie politique américaine, provoquant la poussée démocratique qui s'était manifestée en 1828 par l'émergence d'une nouvelle génération de démocrates, beaucoup plus radicaux que les jeffersoniens. Jackson inaugura le spoils system, le « système des dépouilles », en vertu duquel le parti majoritaire s'appropriait tous les postes administratifs. La victoire de Jackson donna une nouvelle audace au Sud, bastion traditionnel du parti démocrate et particulièrement attaché aux droits des États. John C. Calhoun, le chef des démocrates du Sud, se fit le théoricien de la « nullification », c'est-à-dire le droit de chaque État de tenir pour nulles les dispositions fédérales qui compromettraient son existence. La rupture avec le pouvoir fédéral fut évitée grâce à un compromis proposé par Henry Clay. Mais cet épisode manifestait la tension croissante entre le Sud et le reste de l'Union. Depuis l'invention, par Eli Whitney, de la machine à égrener (1793) le coton avait supplanté toutes les autres cultures dans le Sud, renforçant l'économie esclavagiste (v. NOIRS AMÉRICAINS). L'abolitionnisme était devenu dans le Nord un important mouvement d'opinion, qui contribua en 1854, à la formation du nouveau parti républicain. L'affaire Dred Scott (1857), dans laquelle la Cour suprême parut donner raison aux esclavagistes, exaspéra le Nord. Le parti démocrate, qui s'appuyait traditionnellement sur le Sud, se scinda en deux, ce qui assura, en 1860, l'élection à la présidence du candidat républicain Abraham Lincoln. Dès lors, le Sud ne vit plus d'issue que dans la sécession. Réunis en févr. 1861 à Montgomery, capitale de l'Alabama, les délégués de sept États du Sud (Caroline du Sud, Géorgie, Floride, Alabama, Mississippi, Louisiane, Texas) décidèrent la formation d'une nouvelle Confédération et élurent comme président Jefferson Davis (v.). Au mois d'avr. suivant, quatre autres États (Virginie, Tennessee, Arkansas et Caroline du Nord) se joignirent à la sécession. Le Kentucky, le Maryland et le Missouri, bien qu'États esclavagistes, restèrent dans l'Union. Le 12 avr. 1861, la guerre de Sécession (v. SÉCESSION, guerre de) commençait. Elle dura quatre ans et se termina par la victoire des nordistes. Lincoln, qui avait proclamé l'abolition de l'esclavage dès le 22 sept. 1862, fut assassiné quelques jours après la victoire finale des forces de l'Union, le 14 avr. 1865. 000200000C8100004685 C7B,De la « Reconstruction » à l'expansion (1865/1921) Le successeur de Lincoln, Andrew Johnson (1865/69) fut accusé par son propre parti de faiblesse à l'égard du Sud. Les républicains avaient en effet décidé de mettre le Sud, vaincu et ravagé par la guerre, en coupe réglée : c'est ce qu'on appela paradoxalement la « Reconstruction ». Une loi ayant permis l'épuration de toutes les élites politiques du Sud, des aventuriers nordistes, les carpet-baggers, et des sudistes ralliés aux vainqueurs, les scalawags, firent assaut de démagogie auprès des Noirs illettrés qui venaient d'obtenir le droit de vote et s'emparèrent des gouvernements. Le pillage et la corruption atteignirent leur comble sous la présidence de Grant (1869/77), le général victorieux de la guerre de Sécession, qui se révéla un homme politique des plus médiocres. Mais ces excès provoquèrent une réaction et, aux élections de 1874, les républicains perdirent la majorité au Congrès. Les sévices des carpet-baggers laissèrent de profondes amertumes dans le Sud, resté hostile au parti républicain jusqu'aux années 1970. Des sociétés secrètes sudistes, telles que le Ku Klux Klan (v.), se formèrent ; après le départ des troupes d'occupation, quand les sudistes reprirent le contrôle de leurs propres États, ils s'employèrent à tourner les lois sur l'égalité raciale et établirent une ségrégation des Noirs (v.) qui resta, jusqu'aux années 1960, l'un des problèmes les plus difficiles des États-Unis. Alors que le Sud voyait son économie ruinée pour longtemps par l'abolition du travail servile, dans le Nord, au contraire, la guerre de Sécession avait donné une impulsion extraordinaire à l'industrie. L'un des faits dominants de la période qui suivit la guerre civile fut l'importance de la poussée démographique. Cet accroissement de la population résulta en grande partie, jusqu'à la Première Guerre mondiale, de l'afflux des immigrants, dont le nombre atteignit plus de 1 million dans la seule année 1905. Au cours de cette période, la proportion des immigrants italiens et slaves ne cessa d'augmenter, ajoutant à la diversité de la société américaine. L'achèvement du premier chemin de fer transcontinental (1869) ouvrit la dernière étape de la conquête de l'Ouest ; en 1889, le dernier des anciens territoires indiens, en Oklahoma, fut ouvert à la colonisation. Malgré quelques crises économiques rapidement surmontées, les États-Unis, à l'abri de la barrière douanière établie en 1890 par le tarif McKinley devinrent, en vingt ans, la première puissance industrielle du monde. La brève crise économique de 1893/94 s'accompagna d'une grève sanglante des ouvriers des chemins de fer de Chicago (1894). Cependant, l'agitation la plus grave vint des agriculteurs. Mécontents des barrières protectionnistes qui permettaient aux industriels de maintenir des prix très élevés, endettés et se sentant menacés par le capitalisme bancaire, les farmers de l'Ouest exprimèrent violemment leur révolte contre l'Est industriel dans le mouvement Granger, qui se répandit rapidement après la crise de 1873, puis dans le parti populiste qui, de 1891 à 1896, sans parvenir à un résultat décisif, vint bousculer le système des deux partis. 000200000F2600005300 F20,Les républicains, liés aux industriels et aux banquiers de l'Est, furent presque constamment au pouvoir jusqu'en 1913, à l'exception des deux présidences de Cleveland (1885/89 et 1893/97). Pendant longtemps, les États-Unis restèrent volontairement étrangers à la politique internationale, ne se manifestant - par exemple en 1867, lors de la guerre du Mexique - que pour empêcher toute intrusion européenne dans les affaires du continent américain. En 1867, les États-Unis achetèrent l'Alaska à la Russie, pour 7 millions de dollars, s'assurant ainsi une position stratégique qui se révéla capitale par la suite, lors de la guerre contre le Japon et pendant la « guerre froide ». C'est sous la présidence de McKinley (1897/1901) que les États-Unis firent brusquement leur entrée dans le rang des grandes puissances mondiales en remportant à la surprise de beaucoup d'observateurs européens, une rapide victoire sur l'Espagne dans la guerre de 1898. Ils annexèrent les débris de l'Empire colonial espagnol, Porto Rico et les Philippines, et établirent leur protectorat sur Cuba. Le passage à l'impérialisme se précisa encore sous la présidence de Theodore Roosevelt (1901/09). Ce dernier soutint la révolution de Panamá contre la Colombie (1901) et adopta dans la mer des Caraïbes la politique du « gros bâton » (intervention à Saint-Domingue, 1905). Les États-Unis se proposèrent comme puissance médiatrice dans la guerre russo-japonaise (1905), participèrent à la conférence d'Algésiras sur le Maroc (1906) et à la conférence de la paix qui se tint à La Haye en 1907. À l'intérieur, la présidence de Roosevelt marqua également un réveil politique. Rompant avec le conservatisme passif de ses prédécesseurs, et étendant l'action du pouvoir fédéral pour remédier aux excès du libéralisme, Roosevelt s'appuya sur le Sherman Anti-Trust Act de 1890, engagea la lutte contre les trusts (Morgan) et prépara par son action le Clayton Act de 1914. Cette politique suscita un vaste mouvement de réforme dans toute la nation américaine, mais elle divisa le parti républicain : l'opposition entre Taft et Roosevelt aux élections de 1912 permit la victoire du démocrate Wilson (1913/21). Wilson poursuivit l'action antitrust de Roosevelt, abaissa les barrières protectionnistes, établit un impôt fédéral sur le revenu, limita à huit heures la journée de travail des ouvriers, combattit la spéculation financière par le Federal Reserve Act ; politiquement, il introduisit l'élection des sénateurs au suffrage universel (1913) et le vote des femmes (19e amendement, 1920). Dès le début de la Première Guerre mondiale, Wilson, en accord avec l'immense majorité des Américains, tint son pays en dehors du conflit. En nov. 1916, il fut réélu sur un programme de paix. Mais la menace que le déclenchement de la guerre sous-marine à outrance par les Allemands faisait peser sur le commerce, puis la révélation des intrigues allemandes en Amérique centrale entraînèrent un revirement de l'opinion. Le 6 avr. 1917, les États-Unis déclarèrent la guerre à l'Allemagne, apportant aux Alliés épuisés un renfort psychologique et matériel considérable. Les troupes américaines, sous le commandement de Pershing, jouèrent un rôle parfois décisif dans les combats de 1918. Wilson se fit le héraut de la « guerre du droit », et, dans sa déclaration en quatorze points (8 janv. 1918), il posa les bases d'une paix généreuse, fondée sur la libre détermination des peuples et sur la limitation des armements. Malgré la participation de Wilson à la conférence de la paix, le traité de Versailles ne s'inspira guère de cet idéalisme, et les États-Unis, déçus, refusèrent de ratifier le traité (nov. 1919) et d'entrer à la Société des Nations. Ce retour à l'isolationnisme, qui marquait l'échec de la politique de Wilson en politique internationale, devait peser d'un poids très lourd sur le destin du monde. 000200000D2000006220 D1A,De l'isolationnisme aux responsabilités mondiales (1921/45) Avec Harding (1920/23), Coolidge (1923/28) et Hoover (1928/32), les républicains gouvernèrent à nouveau les États-Unis dans les années d'après-guerre, qui furent celles d'un extraordinaire essor économique, suivi d'une crise brutale et dramatique dont les conséquences se firent cruellement sentir dans le monde entier. Les États-Unis, qui étaient déjà, avant la guerre, la première puissance industrielle du monde, devinrent alors également la première puissance commerciale et financière. Encore débiteurs de l'Europe en 1913 les États-Unis étaient devenus après la guerre le premier créancier du monde. Paradoxalement, cette puissance, sous les administrations républicaines successives, s'accompagnait d'un raidissement, d'un repli sur soi, qui se manifestait aussi bien dans le renforcement du protectionnisme douanier, dans la xénophobie (limitation de l'immigration, 1924 ; activités du Ku Klux Klan ; exécution de Sacco et Vanzetti, 1927...) que dans la prohibition. C'est dans un climat d'optimisme incroyable que la crise économique survint brusquement sous la forme du « jeudi noir » de Wall Street (24 oct. 1929). L'administration Hoover, s'obstinant à être celle de la prospérité, fut incapable de faire face à ce désastre qui paralysa l'économie du pays et créa en deux ans 7 millions de chômeurs (v. CRISE DE 1929). Les élections de 1932 virent la victoire écrasante du démocrate Franklin D. Roosevelt, appelé à rester à la tête de son pays pendant plus de dix ans (1933/45). Le New Deal (v.) surmonta la crise par de nombreuses interventions du pouvoir fédéral, qui transformèrent profondément la société américaine, jusqu'alors opposée à tout interventionnisme économique. Des fonds fédéraux furent distribués aux autorités locales à des fins d'assistance et de travaux publics pour faire baisser le chômage. La dévaluation du dollar permit une légère inflation, qui réduisit la dette du pays. Si une nouvelle crise fut évitée en 1937/38, le pays ne retrouva la prospérité qu'avec la Seconde Guerre mondiale. Jusqu'en 1938, les tâches intérieures du redressement économique et la persistance d'un puissant courant isolationniste dans l'opinion réduisirent considérablement la marge de manœuvre de Roosevelt en politique étrangère. Bien qu'il eût dénoncé la menace que représentaient les régimes totalitaires (discours de Chicago, 5 oct. 1937), le président ne put obtenir qu'en oct. 1939 le vote par le Sénat de la loi cash and carry, qui permettait de fournir des armes américaines aux deux puissances démocratiques, la France et la Grande-Bretagne. Lors de l'effondrement français de juin 1940, il ne put répondre à l'appel de Paul Reynaud ; mais il fit adopter par le Congrès un programme de réarmement et la conscription de tous les hommes entre vingt et un et trente-cinq ans. Élu pour la troisième fois en nov. 1940, Roosevelt obtint la loi prêt-bail (11 mars 1941), qui fit de l'Amérique l'arsenal de tous les ennemis de l'Axe. Après avoir établi avec Churchill la Charte de l'Atlantique (août 1941), il fit bénéficier l'URSS de la loi prêt-bail, mais il fallut l'agression japonaise contre Pearl Harbor (7 déc. 1941) pour jeter le peuple américain dans la guerre contre le Japon (8 déc.), et répondre à la déclaration de guerre de l'Allemagne et de l'Italie (11 déc.). 0002000010BC00006F3A 10B5,Avec une extraordinaire rapidité, l'industrie américaine, sous la direction du War Production Board institué en janv. 1942, opéra sa conversion vers les fabrications de guerre. Grâce à cet effort, les États-Unis compensèrent leur impréparation initiale et arrêtèrent l'extension des Japonais dans le Pacifique à partir de la mi-1942. (v. GUERRE MONDIALE 1939/45. Débuts du redressement allié, 1942/44). Aux conférences de Téhéran (nov./déc. 1943) et de Yalta (févr. 1945), Roosevelt, contre l'avis de Churchill, accorda à l'URSS un large champ d'expansion en Europe orientale. Son successeur, Truman (1945/53), prit la décision capitale de mettre fin à la guerre contre le Japon en lançant la bombe atomique sur Hiroshima (6 août 1945) et sur Nagasaki (9 août). De l'après-guerre à la guerre du Viêt-nam Pour des raisons en partie électorales (victoire républicaine lors du renouvellement du Congrès en nov. 1946), l'administration Truman (vice-président de Roosevelt, il lui avait succédé automatiquement à sa mort, le 12 avril 1945) démobilisa et rapatria en quelques mois près de 9 millions d'hommes. Cependant, la rapide dégradation des rapports avec l'URSS amena les États-Unis à réviser rapidement leur attitude. Leur participation active à l'ONU montrait leur volonté d'assumer leurs responsabilités mondiales. À l'égard de l'Allemagne, forts des leçons de 1918, ils abandonnèrent le plan Morgenthau, qui prétendait anéantir l'industrie allemande et, dès juin 1947, le général Marshall, secrétaire d'État, offrit aux nations européennes, victorieuses et vaincues, un plan d'aide économique (le plan Marshall) (v.) financé par les États-Unis. La guerre froide (v.) ne permit pas aux États-Unis de se contenter d'un effort économique. Après le coup de force communiste de Prague (févr. 1948), ils accélérèrent leur politique allemande et s'orientèrent, avec la Grande-Bretagne et la France, vers la reconstitution d'un État allemand à l'Ouest. Les Soviétiques ripostèrent en organisant le blocus de Berlin-Ouest (juin 1948), opération que les Américains mirent en échec en établissant un pont aérien (v. BERLIN). Les États-Unis, qui semblaient encore, en 1945/46, donner la primauté à l'Extrême-Orient, abandonnèrent Tchang Kaï-chek à partir de l'été 1947 et consacrèrent leurs principaux efforts à l'Europe. Assumant désormais pleinement la responsabilité suprême de la défense de l'Occident, ils prirent l'initiative de la création du pacte de l'Atlantique Nord (4 avr. 1949), fondement de l'OTAN (v. ORGANISATION DU TRAITÉ DE L'ATLANTIQUE NORD), dont le général Eisenhower fut le premier commandant en chef. L'invasion de la Corée du Sud par la Corée du Nord communiste (25 juin 1950) entraîna une riposte immédiate des États-Unis, qui, sous mandat onusien, réussirent, non sans difficultés, à imposer en Corée le retour au statu quo territorial (v. CORÉE, guerre de). Dès cette époque, en dépit d'une propagande qui reprenait le thème, déjà utilisé contre Hitler, de « croisade de la liberté », les États-Unis ne remettaient pas en question le principe d'un partage du monde avec les Soviétiques. Mais la seule politique du containment devait entraîner les Américains à étendre sans cesse leur engagement militaire dans le monde entier, à créer des bases aéronavales sur tous les continents, à entretenir des flottes en Méditerranée et dans le Pacifique, à maintenir des troupes importantes en Europe occidentale et au Japon, à assigner à leurs bombardiers atomiques une mission de garde permanente dans les airs, à faire face aux obligations multiples du rôle de « gendarmes de la liberté ». Leurs adversaires de la Seconde Guerre mondiale, le Japon (avec qui le traité de paix de San Francisco fut signé en sept. 1951), l'Allemagne (qui entra dans l'OTAN en 1954), devinrent leurs meilleurs alliés. Ils inspirèrent, en plus de l'OTAN, un pacte analogue en Asie, l'OTASE (v. ORGANISATION DU TRAITÉ POUR LA DÉFENSE DE L'ASIE DU SUD-EST) et se lièrent à l'Australie et à la Nouvelle-Zélande par le traité de l'ANZUS (v.). Hanté par la menace soviétique, le gouvernement de Was

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