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ESTIENNE Henri II. Humaniste et imprimeur français

ESTIENNE Henri II. Humaniste et imprimeur français. Né à Paris en 1531 à l'imprimerie de son père, Robert Estienne, mort fou à l'hôpital de Lyon en 1598. Henri II, petit-fils, fils, neveu d'imprimeurs érudits, fit ses études sous la directions de Toussain et de Turnèbe et aux côtés de son père qui, très tôt, l'employa comme son second. A quinze ans, le jeune garçon collationnait déjà les manuscrits de Denys d'Halicarnasse; à seize, il commençait à parcourir l'Italie, se rendant à Rome, Naples, Florence, Venise afin d'y acquérir des manuscrits rares. En 1549, il travaille quelque temps chez les Manuce à Venise, puis reprend sa quête en 1550, cette fois en Angleterre, en Flandre et dans le Brabant. En 1551, il rentre à Paris rejoindre son père. Celui-ci, qui venait de publier une traduction de la Bible qu'on accusait d'infidélité, jugea plus prudent de transporter ses affaires a Genève où il s'installa en 1552, faisant aussitôt profession de calvinisme. La première édition donnée par Henri II Estienne fut celle des Odes d'Anacréon (1554), avec traduction en vers latins; cette oeuvre n'avait jamais encore été imprimée. En 1554, il découvre à Rome dix livres inédits de Diodore de Sicile et publie chez son oncle, Charles Estienne, une partie de l'oeuvre de Denys d'Halicarnasse. Deux ans plus tard, il fonde sa propre imprimerie à Genève et son père se décharge sûr lui de la publication des oeuvres de l'Antiquité. A la mort de ce dernier, Henri II réunira les deux imprimeries (1559). Inlassable, il donne en 1560 une édition de Pindare; en 1562 une traduction latine de Sextus Empiricus; en 1568 les Psaumes de David, en latin; en 1572 les oeuvres complètes de Plutarque; en 1578 trois volumes in-folio contenant l'oeuvre de Platon; en 1590 des éditions d'Hérodote, d'Appien, de Dion Cassius, encore ne citons-nous ici que les principaux ouvrages qu'il ait ainsi mis à la disposition des humanistes. Henri II Estienne, a côté de ce vaste labeur philologique, accumulait les travaux érudits qui témoignent d'une longue familiarité avec ces chefs-d'oeuvre ainsi que d'une science fort remarquable; tels le Trésor de la langue grecque conçu sur le modèle du Trésor de la langue latine de son père, les Maximes des Grecs et Latins sur la vertu mises en vers (1573), De latinitate falso suspecta (1576), le Pseudo Cicero (1577), le Nizoliodidascalus (1578), les Paralipomènes (1581) qui sont des suppléments à la grammaire grecque, les Hypomnèses (1582), les Noctes aliquot Parisianae (1583), commentaires sur les Nuits attiques d'Aulu-Gelle, le De latinitate Lipsii palaestra prima (1595), oeuvre critique sur Juste-Lipse. Enfin et surtout, parallèlement, Henri II entreprenait pour la justification, la correction et le perfectionnement de la langue française, une oeuvre de longue haleine dont les étapes sont marquées par le Traité de la conformité de langage français avec le grec (1565) — v. Conformité —, les Deux dialogues du langage français italianizé et autrement desguizé (1578) et le Projet du livre de la précellence du langage français (1591). Henri Estienne a aussi touché à la satire, plus ou moins dissimulée avec l'Apologie pour Hérodote (1566), son chef-d'oeuvre, ouverte avec le Discours merveilleux de la vie, actions et déportements de Catherine de Médicis (1574 ou 1575). C'est d'ailleurs pour le premier de ces deux écrits qu'il encourut les foudres du pouvoir. Le secrétaire du conseil de Genève l'accusa d'avoir parlé « trop évidemment des princes en mal » ; en réalité, l'Apologie s'attaquait à tous et le scandale, malgré les corrections apportées par l'auteur a son oeuvre, devint assez public pour qu'on procédât à l'arrestation d'Henri II qui fut semoncé. Réfugié à Paris, ce n'est que sur les insistances expresses de l'ambassadeur du roi Henri III qu'Estienne put regagner Genève. Eh 1587, la peste décima sa famille, son imprimerie périclitait, il se vit acculé aux pires expédients financiers, dut de nouveau quitter Genève et errer de ville en ville poursuivi par ses créanciers. Cette instabilité ne l'empêcha pas de poursuivre ses travaux et de publier encore. Comme plusieurs membres de sa dynastie, c'est ruiné, las, épuisé qu'il mourut, dément, à l'hôpital.
? « Henri Estienne est de la bonne école en fait de style, de l'école de Rabelais et de Marot. Il faudra toujours remonter là quand on voudra bien parler et bien écrire... Je ne connais pas de style plus net, plus vif, plus gai que celui de H. Estienne... Il est le vrai bourgeois savant et moqueur du XVIe siècle. » De Sacy. ? « Huguenot, helléniste, gaulois et bourgeois, ami des bons contes, et passionné pour la langue française, entre ses continuels voyages et ses travaux philologiques, il trouva le temps d'écrire de mordants et spirituels traités, avec une verve et une verdeur de style fort remarquables. » G. Lanson.


ESTIENNE, Henri (Paris, 1528-Lyon, 1598). Issu de la célèbre dynastie d'imprimeurs et d'érudits du XVIe siècle, fondée par son grand-père Henri Ier Estienne, Henri II poursuivit l'oeuvre de sa famille. Il parcourut l'Europe à la recherche de manuscrits grecs et fit paraître la première édition des Odes d'Anacréon. Son Trésor de la langue grecque (1572), réédité au XIXe siècle, marqua le couronnement d'un vaste travail de philosophe et de grammairien. Passionné par la langue française, il écrivit notamment De la précellence du langage français (1579). En 1566, parut son Apologie pour Hérodote, satire spirituelle des moeurs catholiques entrecoupée de contes gaulois. La génération suivante des Estienne, moins brillante, s'éteignit au cours du XVIIe siècle.