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Espagne

Espagne (en gr., Iberia, d'après le nom du fleuve Iberus, Ebro ; lat. : His-pania). Depuis les temps les plus anciens, les races d'Espagne ont été mélangées; à l'époque néolithique, des peuples sont arrivés d'Afrique (pour exploiter les richesses minérales) et se sont répandus dans le centre et dans l'ouest alors que des Celtes l'envahissaient par le nord à la fin de l'âge du bronze et au début de l'âge du fer. Selon la tradition, des Phéniciens de Tyr découvrirent Tartes-sos et colonisèrent Gadès vers 1100 av. J.-C. Aux viie et VIe siècles av. J.-C. des Phocéens pénétrèrent à l'ouest jusqu'à Tartessos et leur colonie de Massilia fonda d'autres colonies sur la côte orientale de l'Espagne. Au IIIe siècle, lorsque des Phéniciens venus de Carthage s'emparèrent de l'Espagne, les Phocéens en furent chassés. Après la première guerre punique de Rome (264-241 av. J.-C.), les Carthaginois sous Hamilcar, Hasdrubal et Hannibal étendirent considérablement leurs possessions espagnoles, atteignirent l'Ebre et fondèrent Carthago Nova (Carthagène), leur centre principal sur la côte méditerranéenne. Ils exploitèrent les richesses minérales et le potentiel humain de leur nouveau territoire, et grâce à ceux-ci reprirent la lutte contre Rome. En 219, le siège, et la capture par Hannibal, de Sagonte, alliée de Rome, précipita la seconde guerre punique (218-202). Rome dépêcha une force afin d'essayer d'immobiliser Hannibal en Espagne, mais elle échoua, et les opérations s'y terminèrent en désastre, avec la mort des deux Scipion en 211. Elles eurent néanmoins une utilité en retenant en Espagne des troupes carthaginoises qui, dans le cas contraire, auraient été envoyées en Italie. Une nouvelle armée romaine envoyée en Espagne en 210 sous les ordres du jeune P. Scipio (qui reçut ultérieurement le surnom d'Africain) rétablit là situation en faveur des Romains, prit Carthago Nova et, en 206, finit par expulser les Carthaginois. En 197, les Romains découpèrent l'Espagne en deux provinces. Au début, elles n'englobèrent qu'une relativement faible partie de la péninsule, et furent connues sous le nom de Hispa-nia Citerior, l'Espagne Citérieure, la côte maritime orientale, et Hispania Ulterior, l'Espagne Ultérieure, en gros, l'Andalousie moderne. A Rome, afin de fournir des gouverneurs, le nombre des préteurs fut porté de quatre à six. Mais la population indigène n'avait pas été efficacement soumise, et l'agitation se poursuivit pendant de nombreuses années. Tiberius Sempronius Gracchus (père des Gracques) la pacifia d'une manière efficace aux environs de 179 et sa personnalité lui attira la confiance des Espagnols. Mais en 154, des soulèvements indigènes reprirent, et Numance résista aux Romains pendant neuf ans. Sa prise par Scipion Émilien, en 133, amena la fin des guerres d'Espagne. Les Romains occupaient alors environ les deux tiers de la péninsule. Ils n'échouèrent que dans l'occupation de la région montagneuse du nord et du nord-ouest. Sous la République on ne tenta aucune nouvelle conquête, et à ce stade on ne tenta pas non plus de se livrer à une colonisation systématique, mais il se peut que deux colonies aient existé avant l'arrivée de Jules César, de même que de nombreuses municipalités romaines et latines qui servirent de centres de civilisation romaine dans le sud et dans l'est. Initialement, les précieuses mines furent propriété publique, mais quand, par la suite, elles furent privatisées, elles attirèrent dans le sud et dans l'est de nombreux hommes d'affaires romains et italiens. Ces régions étaient également des zones fertiles. Des vétérans s'y installèrent de même que furent créées des municipalités indigènes. Pendant les guerres civiles du Ier siècle av. J.-C., l'Espagne fut occupée par Sertorius, qui était en faveur de Marius, contre le parti de Sylla et ensuite contre Pompée, jusqu'à l'assassinat de Sertorius en 72. C'est alors qu'il était propréteur en Espagne en 61, que se révéla pour la première fois le talent militaire de Jules César. Par la suite il mena la guerre dans ce pays en 49, contre les généraux Afranius et Petreius, qui étaient en faveur de Pompée, et en 45 contre les fils de Pompée, finissant par se rendre maître de l'Empire romain grâce à sa victoire de Munda. Parmi les colonies qu'il fonda, on remarque Hispalis (Séville) et Tarraco (Tarragone). C'est l'empereur Auguste qui acheva la pacification finale de l'ensemble de la péninsule, le nord et le nord-est compris. En littérature, les colonies espagnoles fournirent les deux Sénéque et Lucien; Columelle, Quintilien et Martial en étaient natifs également. L'empereur Trajan naquit en Espagne, et Hadrien et Marc Aurèle appartenaient à des familles espagnoles. Les invasions franques du début du IIIe siècle apr. J.-C. disloquèrent dangereusement l'Espagne du Nord, mais au IVe siècle une forte Église chrétienne fit surface, inspirant les œuvres de Prudence et d'Orose ; elle survécut aux invasions barbares du ve siècle et convertit les rois wisigoths au christianisme. Isidore, évêque de Séville, au viie siècle, constitua un lien important assurant la continuité entre la culture classique et le Moyen Âge. Parmi les vestiges romains que compte l'Espagne, les plus frappants sont peut-être les grands ponts d'Alcantara et de Merida, ce dernier toponyme commémorant son origine romaine (d'Augusta Emerita) tout comme Sara-gosse (Caesaraugusta).

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