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ESCLAVAGE

Des civilisations rurales de Mésopotamie au XIXe s., voire à nos jours, l'esclavage a constitué une des principales formes d'organisation du travail et a induit de fortes migrations, en particulier dans le bassin méditerranéen, durant l'Antiquité et au Moyen Âge, et dans l'Atlantique et l'océan Indien, à partir de l'Afrique noire, après les grandes découvertes et l'instauration de l'économie de plantation en Amérique. • L'esclavage antique et médiéval • L'esclavage colonial et la traite des Noirs • Les étapes de l'abolition • L'esclavage depuis l'abolition L'esclavage antique et médiéval L'esclavage antique a connu diverses formes : au Proche-Orient, en Anatolie et dans le monde créto-mycénien (XVIIe/XIIe s. av. J.-C.), l'esclavage pouvait concerner tout individu, sans distinction d'origine, comme ce fut aussi le cas à Athènes, jusqu'à la réforme de Solon (v.) (vers 594 av. J.-C.) et à Rome, jusqu'à la Lex Poetilia (326 av. J.-C.), où tout citoyen pouvait se retrouver esclave pour dettes. Puis les besoins en main-d'œuvre furent remplis par les conquêtes militaires et la piraterie, instaurant ce que Moses Finley appelle l'« esclave-cheptel », étranger prisonnier de guerre, victime de la piraterie, propriété absolue de son maître. L'esclavage athénien a trouvé sa justification dans les institutions démocratiques de la cité, qui exigeaient la présence des citoyens aux assemblées. En réalité, les citoyens modestes devaient consacrer la plus grande partie de leur temps au travail, et il était souvent difficile de distinguer les non-libres de certains citoyens, d'autant que la condition servile elle-même était très hétérogène : esclaves domestiques, bagnards des mines et des chantiers publics, esclaves-artisans, qui versaient une rente à leur maître. Seuls les droits politiques distinguaient certains esclaves des citoyens les plus modestes. À Rome et en Italie, la condition servile fut globalement la même qu'à Athènes à partir du IIIe s. av. J.-C., si l'on excepte la condition de l'affranchi, instituée au IVe s. En Grèce, celui-ci était assimilé à un étranger domicilié, à Rome il devenait un citoyen de plein droit à partir de la seconde génération. Au IIe s., les conquêtes entraînèrent une augmentation considérable de la masse servile en Italie, qui atteignit son maximum entre le Ier s. av. et le Ier s. apr. J.-C. Cette masse était absorbée par les latifundiae, ces immenses domaines de cultures spéculatives (céréales, vignes, oliviers…) qui employaient des centaines voire des milliers d'esclaves. Ces esclaves ruraux furent, avec les gladiateurs, à l'origine des grandes révoltes serviles, comme celle de Spartacus en 73 av. J.-C. La condition servile présentait des statuts et des modes de vie très divers, en fonction du statut du maître, sénateur ou artisan, empereur ou simple citoyen. À cette diversité s'ajoutait la complexité du monde des affranchis, dont certains remplirent des fonctions politiques de premier ordre (Narcisse et Pallas sous Néron, Cléandre sous Commode). Au Moyen Âge, l'esclavage se prolongea : jusqu'aux environs de l'an mille, les chrétiens approvisionnèrent les musulmans en esclaves « slaves », par l'intermédiaire de négociants juifs, arméniens et vénitiens. Puis la conversion au christianisme des peuples d'Europe centrale et orientale mit un terme à ce commerce. Dans le monde musulman, le commerce d'esclaves s'organisa entre les régions subsahariennes d'Afrique et le centre du pouvoir à Bagdad, via les ports d'Afrique du Nord (Ceuta) et sur les côtes orientales de l'Afrique, en direction de l'Arabie et de la mer Rouge. 000200000FD300000E0F FCD,L'esclavage colonial et la traite des Noirs Avec les grandes découvertes, les Européens organisèrent la traite des Noirs, déportation massive de travailleurs africains vers les plantations d'Amérique. En prenant la défense des Indiens, Bartolomé de Las Casas favorisa paradoxalement ce commerce en demandant que les colons espagnols fussent autorisés à employer des esclaves noirs (1517). Charles Quint autorisa la création du système de l'asiento, contrat passé entre la Couronne espagnole et un particulier ou une compagnie, par lequel l'État concédait certains privilèges économiques, notamment le monopole de la traite. Ce marché fut tenu par les Portugais au XVIe s., par les Hollandais au XVIIe s., malgré la concurrence française (fondation en 1664 de la Compagnie des Indes occidentales par Colbert), puis par les Anglais au XVIIIe s. Dans les colonies anglaises, les premiers esclaves noirs arrivèrent en Virginie dans les années 1610. À la fin du XVIIIe s., on transportait vers le continent américain et les Antilles 70 000 à 80 000 Noirs chaque année. La condition des esclaves noirs en Amérique et aux Antilles différait peu de celle des esclaves de l'Antiquité. Le Code noir français (1685) considérait l'esclave comme un « meuble », et ne faisait qu'entériner des pratiques cruelles, comme les mutilations et la mort en cas de fuite répétée. Ce texte constitua cependant la première protection légale des esclaves, accordant une existence à la famille de l'esclave, dont les membres ne pouvaient être vendus séparément. Les étapes de l'abolition Une réaction abolitionniste se développa au XVIIIe s. (1788, fondation à Paris de la Société des amis des Noirs). Malgré la Déclaration des droits de l'homme (1789), l'esclavage fut maintenu dans les colonies françaises. L'insurrection de Saint-Domingue (1791) entraîna en 1793 l'abolition de l'esclavage par la Convention dans cette colonie, puis en 1794 dans toutes les colonies françaises. Mais, en 1802, Bonaparte rétablit l'esclavage. En 1807, sous la pression des quakers menés par William Wilberforce (v.), l'Angleterre interdit la traite, puis abolit l'esclavage en 1833. En France, Victor Schoelcher (v.) obtint l'abolition de l'esclavage, un des premiers actes de la IIe République (mars 1848). La décision fut ensuite prise aux Pays-Bas (1863), au Portugal (1878) et dans toutes les nations coloniales. En Amérique latine, l'émancipation des esclaves remonte aux lendemains des indépendances (Argentine 1813, Colombie 1821, Mexique 1829), plus tardivement au Brésil (1888). Les conditions de l'abolition aux États-Unis furent particulières, à cause de la guerre de Sécession (1861/65) (v.), qui opposa l'Union du Nord, abolitionniste, aux onze États de la Confédération du Sud, pour lesquels l'esclavage était la base de la production des plantations pour le tabac et surtout le coton. En avril 1865, quatre millions d'esclaves furent affranchis, sans empêcher la ségrégation raciale, jusqu'aux années 1960. L'esclavage depuis l'abolition Après l'abolition, le travail forcé prolongea une forme d'esclavage dans les colonies d'Afrique, en particulier portugaises, françaises et belges. Depuis la fin du XIXe s., la lutte contre l'esclavage s'est menée sur la scène internationale, lors des conférences de Berlin (1885), Bruxelles (1890), par les conventions de Saint-Germain-en-Laye (1919) et de Genève (1926), enfin par la Déclaration universelle des droits de l'homme (1948). Mais ce n'est qu'en 1976 que l'esclavage pour dettes en Inde fut interdit, et la Mauritanie n'abolit l'esclavage des Harratins qu'en 1980. Un différend oppose depuis 1990 les pays africains et les anciennes métropoles sur le montant d'éventuelles réparations financières. Le nombre de Noirs déportés vers l'Amérique a peut-être atteint 10 à 12 millions de personnes. Des nombres équivalents peuvent être admis pour les déportations vers le monde musulman, par les pistes sahariennes et l'océan Indien. En septembre 2001, la conférence de Durban a qualifié l'esclavage de crime contre l'humanité.


ABOLITION DE L'ESCLAVAGE • 27 avril 1848 « Un attentat à la dignité humaine », « une violation du dogme républicain ». C’est en ces termes que le Gouvernement provisoire de la IIe République qualifie l’esclavage lorsqu’il crée, le 4 mars 1848, une commission chargée de préparer le décret qui l’abolira définitivement. Son président, le sous-secrétaire d’État à la Marine, Victor Schœlcher, a consacré sa vie à le combattre. C’est le 27 avril qu’il signe enfin le décret qui le supprime dans tous les territoires administrés par la France. Déjà, une telle mesure avait été prise par la Convention, le 4 février 1794 : «[...] tous les hommes, sans distinction de couleur, domiciliés dans les colonies, sont citoyens français et jouiront de tous les droits assurés parla Constitution » ; Napoléon Bonaparte avait rétabli l’esclavage par décret le 20 mai 1802.


SCHoeLCHER, Victor (Paris, 1804-Houilles, 1893). Homme politique français. Républicain convaincu, son nom reste attaché à l'abolition de l'esclavage dans les colonies françaises, décidée après la révolution de 1848 par le gouvernement provisoire dont il était membre. Député de la Guadeloupe et de la Martinique (1848-1851), Schoelcher s'exila en Angleterre sous le Second Empire. Rentré en France en 1870, il fut réélu député de la Martinique puis devint sénateur. Il est inhumé au Panthéon.

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