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Erhard, Ludwig (Fürth 1897-Bonn 1977) ; chancelier allemand [1963-1966].

Erhard, Ludwig (Fürth 1897-Bonn 1977) ; chancelier allemand [1963-1966].

Issu d'une famille protestante franconienne, E. fait des études de sciences économiques pour entrer en 1928 à l'institut de recherches sur l'industrie de Nuremberg dont il finit par devenir le directeur. Sans manifester une opposition active au nazisme, il se signale par son attachement aux thèses socio-libérales de l'École de Fribourg. En 1942 il perd son poste de directeur, ce qui facilite son réemploi sous l'occupation américaine. E., dès 1945, est nommé ministre de l'Économie dans le gouvernement bavarois, et en 1947 professeur à l'université de Munich. La création d'une administration allemande pour la « bi-zone » américano-britannique lui permet d'occuper le poste de directeur de l'Économie en 1948-1949. Il est ainsi le responsable allemand le plus élevé en grade et en responsabilité lors de la réforme monétaire de juin 1948 qui pose le fondement du futur essor économique de l'Allemagne de l'Ouest. Mais il faut du courage en cette période de pénurie pour mettre fin à l'inflation en ne dotant chacune des personnes physiques présentes dans les trois zones occidentales (à l'exception des occupants), que d'un capital de départ de 40 DM ! Cela signifiait que toutes les économies en numéraire et tous les dépôts en banque perdaient toute valeur, mais que les salaires et les retraites étaient revalorisés progressivement et que les entreprises, bien sûr, pouvaient obtenir des crédits. Plus tard les « anciens avoirs » seront eux aussi partiellement revalorisés. Pour ceux qui peuvent travailler, la réforme monétaire est un formidable moteur. Ce que l'on gagne après la réforme, c'est de l'argent fiable, et dans les magasins les marchandises font leur réapparition. Les noms des experts américains et allemands qui ont préparé la réforme ne sont pas entrés dans l'histoire, mais E. passe pour le vrai responsable, et il l'est en effet politiquement, car c'est lui seul qui osa rétablir rapidement la liberté des prix et mettre fin au rationnement. Le chancelier Adenauer, élu en automne 1949, ne s'intéresse guère aux théories économiques mais la réputation d'E. est incontournable. Il est nommé ministre fédéral de l'Économie, poste qu'il occupera pendant quatorze ans, de plus en plus populaire et considéré comme « père du miracle économique ». Dans un pays dévasté par la guerre, avec douze millions de réfugiés, sur lequel pèsent toutes sortes d'interdictions ou limitations de production, le produit social réel se démultiplie par trois, avec une croissance annuelle de 6 à 6,5 % entre 1950 et 1969. Après un chômage important au lendemain de la réforme monétaire le nombre des salariés augmente rapidement de plus de 50 %, créant un besoin de main-d'oeuvre auquel l'on ne peut faire face qu'en « important » plusieurs millions de travailleurs étrangers. La République fédérale, en peu d'années, devient le deuxième pays exportateur du monde et la quatrième puissance industrielle. Pendant la première décennie de la RFA, la croissance annuelle de la production est de 8 %. Cela est dû au climat de confiance créé par la politique économique et sociale du gouvernement Adenauer-Erhard, l'économie sociale de marché. Enfin la politique extérieure, atlantique et européenne, contribue au rétablissement de la confiance intérieure. Cependant le chancelier comprend vite que l'économiste manque de sens politique, bien qu'il ait fini par adhérer au CDU/CSU. Quand Adenauer se pose en 1959 la question de sa succession (il a 83 ans), l'idée de voir E. occuper sa place le pousse à ne pas quitter la direction du gouvernement, mais ayant perdu des voix aux élections de 1961, il doit promettre aux libéraux, appoint indispensable à toute majorité, qu'il quittera la Chancellerie à l'automne 1963. E. lui succède et, malgré son succès électoral en 1965, justifie rapidement les doutes et les alarmes de son prédécesseur. Les libéraux, n'acceptant pas les mesures de rigueur qu'E. veut imposer, le contraignent à démissionner en novembre 1966 pour céder la place à un gouvernement de « grande coalition » CDU/CSU/sociaux-démocrates. En 1967 il cède aussi la présidence du parti, arrachée à Adenauer en mars 1966, et se retire de la vie politique.

ERHARD, Ludwig (Fürth, 1887-Bonn, 1977). Homme politique allemand. Champion du libéralisme économique, il fut considéré comme le principal artisan du « miracle allemand ». Professeur d'économie politique, adversaire de l'hitlérisme, il fut élu député chrétien-démocrate en 1949. Choisi par Adenauer comme ministre des Affaires économiques (1949-1963), il redressa rapidement, avec l'aide américaine (plan Marshall), l'économie allemande puis succéda à Adenauer au poste de chancelier en octobre 1963, et poursuivit sa politique d'intégration européenne. Il démissionna en novembre 1966 après le retrait des ministres libéraux. Il fut remplacé par Kiesinger. Voir CDU-CSU.

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