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épopée

épopée (gr. epê, «hexamètres»; voir mètre 1, 3). En littérature, l'épopée est un très long poème narratif écrit dans un style majestueux. Le narrateur y décrit les exploits et aventures d'un héros surhumain qui est engagé dans une quête et se distingue de tous les autres hommes par sa force et son courage, seul le sens de l'honneur pouvant l'arrêter. Le sujet de l'épopée englobe la mythologie, les légendes, l'histoire et le folklore. L'action se déroule habi tuellement dans une période héroïque du passé, elle incarne l'histoire primitive d'un pays et exprime ses valeurs. Les batailles et les voyages périlleux y jouent un grand rôle, de même que les dieux, le surnaturel et le merveilleux ; certaines scènes se situent dans les Enfers ou dans les cieux. Un certain nombre de traits formels sont manifestes : le narrateur répond de la véracité de son histoire; on y trouve des invocations et des salutations sophistiquées, de longs discours, des comparaisons détaillées ainsi que la fréquente résurgence d'éléments «typiques », par exemple des expressions consacrées ou formules, des scènes stéréotypées comme celle du héros prenant les armes pour combattre. L'épopée manifeste une attirance pour le monde physique, se traduisant dans la description soignée des armes, vêtements ou navires. 1. L'épopée grecque et le cycle épique. L'Iliade et L'Odyssée d'Homère sont les plus anciennes formes de littérature grecque connues; les origines de ces deux poèmes épiques sont perdues, mais elles remontent sans doute à l'époque mycénienne. L'anecdote d'Ulysse, demandant au barde Démodocos de déclamer un chant sur la ruse du Cheval de Troie (L'Odyssée, VIII), permet d'établir clairement qu'il existait un ensemble de sagas desquelles les aèdes pouvaient s'inspirer. Ce que le barde récitait (ou plutôt chantait en s'accompagnant d'une lyre) était une histoire tirée d'un corpus donné de mythes, dont le texte n'était pas établi puisque, avant l'introduction de l'alphabet, il n'y avait aucun texte écrit; c'était en quelque sorte une improvisation effectuée, lors d'une occasion précise, à l'aide d'éléments stylisés ou de formules mémorisées, ces dernières ayant été développées par de longues générations d'aèdes. La relation entre la forme primitive du récit épique et les poèmes homériques tels que nous les connaissons ne laisse pas d'intriguer, mais on admet généralement que, avec l'introduction de l'écriture alphabétique dans la deuxième moitié du viiie siècle av. J.-C., ces poèmes furent consignés par écrit dans une forme proche de celle que nous connaissons, peut-être par un aède nommé Homère. Il est en tout cas bien clair qu'ils englobent le patrimoine traditionnel d'une époque nettement plus ancienne. On appelle Cycle épique une série d'épopées (excluant L'Iliade et L'Odyssée), dont il ne reste que 120 lignes, qui furent écrites par différents poètes aux viie et VIe siècles av. J.-C. et furent peut-être structurées de façon à former un récit chronologique s'étendant du commencement du monde à la fin de l'âge héroïque. Certains de ces poèmes sont parfois attribués à Homère. Ils semblent avoir été bien connus aux Ve et ive siècles av. J.-C., mais peu lus par la suite. Un auteur du vie siècle apr. J.-C. déclare qu'ils sont devenus introuvables et la connaissance que nous en avons provient en partie des résumés qu'en fit Proclus dans l'Antiquité. Un cycle troyen complétait l'histoire de la guerre de Troie. Les épopées composant ce cycle sont : les Chants cypriens (sur les préliminaires de la guerre de Troie), Les Ethiopiques, La Petite Iliade, l'Iliou-persis, les Nostoi (les «retours au pays» des héros) et la Télégonie (sur Télégonos). Il existait aussi un cycle thébain qui regroupait les récits des légendes de Thèbes et comprenait la Thébaïde. Tous ces poèmes constituaient le fonds dans lequel les poètes lyriques et dramatiques puisaient bon nombre de leurs sujets. Le dernier grand poète épique de la Grèce archaïque semble avoir été Pa- nyasis, un parent d'Hérodote qui connut le succès au début du Ve siècle av. J.-C. et écrivit une épopée sur Héraclès. Vers la fin du Ve siècle av. J.-C., le style de l'épopée grecque avait perdu de sa spontanéité et était devenu allusif, voire pédant, ainsi que le montrent clairement les fragments épars d'Antimachos de Colophon et de Choerilos de Samos (le dernier auteur notable à avoir écrit une épopée, les Persiques, sur un sujet historique, les guerres médiques). Il nous reste quelques épopées plus récentes : au IIIe siècle av. J.-C., le poète hellénistique Apollonios de Rhodes écrivit les Argonautiques en quatre livres; au IVe siècle apr. J.-C., Quintus de Smyr-ne écrivit La Suite d'Homère, en quatorze livres, afin de combler l'intervalle entre les événements de L 'Iliade et de L'Odyssée ; enfin, au Ve siècle apr. J.-C., Nonnos écrivit les quarante-huit livres des Dionysiaques. 2. L'épopée romaine. Elle fut introduite à Rome au IIIe siècle av. J.-C. par l'intermédiaire d'une version latine de L'Odyssée d'Homère, en mètres saturniens, due à Livius Andronicus. D'après les fragments qui ont été conservés, il semble qu'il s'agisse plus d'une adaptation que d'une traduction d'Homère, mais cette œuvre fut connue et eut de l'influence. À la fin du IIe siècle av. J.-C., Naevius entreprit une œuvre totalement originale en composant en mètres saturniens une épopée sur les guerres puniques. Elle fut à juste titre considérée comme son œuvre maîtresse. C'est dans les Annales d'Ennius, épopée en dix-huit livres sur l'histoire de Rome, que l'on rencontre pour la première fois l'hexamètre dactylique dans une épopée romaine. L'Enéide de Virgile fut la plus célèbre épopée romaine. Outre l'influence des épopées homériques grecques, on y retrouve celle d'Ennius et d'autres compositeurs d'hexamètres latins. À l'époque impériale, l'épopée prit un caractère rhétorique et semble avoir été écrite pour être déclamée. La meilleure épopée de cette époque est la Pharsale de Lu-cain. Silius Italicus, Valerius Flac-cus, Stace et Claudien sont autant de poètes de l'Empire dont les œuvres ont partiellement survécu. Parmi ceux dont l'œuvre a totalement disparu, il faut noter Cornélius Sévérus, qu'Ovide et Quintillien louèrent, et Pédo Albi-novanus, auteur d'une Théséide et d'un poème sur les campagnes de Ger-manicus.

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