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Épicure

Épicure (Epikouros, 341-271 av. J.-C.). Philosophe grec de l'époque hellénistique et fondateur de l'école épicurienne, Épicure naquit à Samos d'un père qui était maître d'école et possédait la citoyenneté athénienne. Il fut influencé dans sa jeunesse par la philosophie atomiste de Démocrite et créa ses propres cercles de philosophie à Mytilène et à Lampsaque. Il s'installa à Athènes en 307 où il acheta une maison avec un jardin (kêpoi) qui donna son nom à l'école de philosophie qu'il y installa (l'école du Jardin). À sa mort, il légua cette propriété à son disciple Hermarque. Comme Socrate, il inspirait affection et respect à ses amis, qui recherchaient sa compagnie. Son école — le terme de communauté serait peut-être plus approprié — ne comprenait que des personnes de même opinion qui vivaient avec lui dans un austère retrait du monde, femmes et esclaves y compris. Sa vie communautaire et son hédonisme philosophique, dont les aspects graves étaient ignorés, lui valurent des railleries et des accusations de débauche. Bien qu'Épicure ait été un auteur prolifique, il ne reste presque rien de son œuvre. Diogène Laërce nous a conservé trois lettres importantes qui résument son enseignement, ainsi qu'un recueil de quarante sentences, les ku-riai doxai («doctrines principales»); on a retrouvé, depuis, quatre-vingts autres sentences dans un manuscrit ainsi que des fragments assez substantiels d'une grande œuvre en trente-sept volumes, De la nature, grâce à des rouleaux de papyrus carbonisés, découverts lors de l'excavation d'une villa à Herculanum — l'étude de ces rouleaux se révélant fructueuse. Notre connaissance d'Épicure provient éga lement, pour une grande part, du poème de Lucrèce, De natura rerum (De la Nature), qui expose sa théorie physique et, dans une certaine mesure, sa philosophie morale. L'objectif d'Épicure était de conduire les hommes sur la voie de la sagesse, qui devait pouvoir être atteinte en se fondant sur l'évidence des sens, en éliminant la superstition et la croyance en une intervention surnaturelle. Il accepta la thèse de Démocrite selon laquelle le monde était composé d'atomes (inaltérables et indestructibles) et de vide. Il donne une explication strictement mécanique de tout phénomène : l'Univers a été formé par une combinaison heureuse d'atomes et finira par périr en raison de leur dispersion. Les dieux existent, mais ne jouent aucun rôle dans le déroulement ordinaire de la nature ; ils n'ont aucune pensée pour l'humanité qui n'est jamais qu'une combinaison éphémère d'atomes. Quant à l'âme humaine, elle est également constituée d'atomes et périt en même temps que le corps. Épicure se sert encore de l'atomisme pour sa morale : le bonheur consiste à atteindre la tranquillité de l'âme, un état obtenu grâce à une bonne compréhension de la nature. Sa théorie morale est résumée par une phrase d'une de ses lettres : «nous disons que le plaisir est le commencement et la fin du bonheur». Pour lui, le plaisir s'identifie donc au bien, car il est dans la nature de l'homme de rechercher le plaisir. La douleur, qui est un dérangement de l'état naturel, est provoquée par un désir insatisfait, or l'on ressent du plaisir lorsque l'état naturel est recouvré. Cependant certains plaisirs entraînent des douleurs dans leur sillage. C'est pourquoi on doit satisfaire les désirs naturels et nécessaires, mais accepter l'assaut de la douleur comme limite du plaisir, d'où ce fait que le plaisir puisse se trouver dans la limitation du désir (il est possible que sous le terme de « plaisir » Épicure unisse à la fois la jouissance positive et l'absence de douleur). Le plaisir intellectuel est bien plus fort que le plaisir physique (et la douleur intellectuelle bien plus forte que la douleur physique) et il se trouve dans l'ataraxia, «absence de trouble». On peut y parvenir de trois façons : en apprenant à connaître la nature de l'Univers et de la mort, ce qui ôte la crainte du surnaturel (la pire des douleurs de l'âme); en s'éloignant du tumulte de la vie publique ; en évitant les charges émotionnelles. Le sens donné à l'époque moderne au terme «épicurien» est plutôt l'expression de l'opposition à la philosophie d'Épicure et de l'incompréhension qu'elle suscita (il est vrai qu'il ne fut pas aidé par l'autoportrait d'Horace dans son Epître, I, iv, 16, où il se dépeint comme « un cochon de la porcherie d'Épicure»). Les stoïciens furent leurs principaux contradicteurs, mais l'épicurisme réussit tout de même à s'étendre à Antioche et Alexandrie, puis en Italie où, à la fin de la République, il emporta pour un temps l'adhésion d'hommes tels que Calpumius Piso, Cassius et Atticus, l'ami de Cicéron. Les premiers chrétiens ont évidemment considéré l'épicurisme avec horreur puisqu'il établissait qu'il n'y avait pas de Dieu providentiel et pas de vie après la mort, que l'Univers avait été créé par accident et que le but de la vie était le plaisir. On pouvait trouver un remarquable témoignage de la permanence et de la vitalité de cette philosophie sur une grande inscription publique, dont il reste des fragments, à Oenanda dans la Turquie moderne. Cette inscription fut érigée en 200 apr. J.-C. par un certain Diogène et elle contenait des passages de la doctrine épicurienne ainsi qu'un résumé concis des leçons d'Épicure : il n'y a rien à craindre de Dieu, rien à ressentir dans la mort ; le bien est atteignable, le mal est supportable. Épicure n'a guère suscité d'intérêt avant les xvie et xviie siècles.

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