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ENNUI

Du bas latin inodiare, « être objet de haine » (de odium, « haine »). Sentiment de vide né du désœuvrement ou d’une occupation dénuée d’intérêt. • Pour Pascal, il n'y a rien de plus insupportable que l'ennui. L'homme « sent alors son néant, son abandon, son insuffisance, sa dépendance, son impuissance, son vide ».  

ENNUI. n.m. ♦ 1° Sens objectif. Difficultés, tracas, contrariétés. Tout événement ou situation désagréable qui survient. En ce sens, s'emploie souvent au pluriel («avoir des ennuis»). ♦ 2° Sens subjectif. Etat psychologique caractérisé par l'absence de but et d'intérêts, d'objectifs pour l'activité, de centres d'attention. «Les ennuis empêchent l'ennui. L'ennui n'est donc pas la conscience préoccupée, mais au contraire la tête inoccupée» (W. Jankélévitch, l'Alternative). En ce sens, l'ennui est un mal métaphysique. Il est pénible et, à la limite, insupportable. Les hommes ne savent que faire pour y échapper. Pascal a parlé avec profondeur du «divertissement» par lequel nous évitons de rester face à face avec nous-mêmes. Pour Schopenhauer, la vie de l'homme est une oscillation entre deux formes de souffrance : la situation dans laquelle il manque du nécessaire, et celle dans laquelle il ne sait que faire, oscillation entre le besoin et l'ennui. La demande des Romains décadents, panem et circenses, du pain et des jeux, est le cri de l'homme qui cherche à échapper à sa double misère (le Monde comme volonté et comme représentation).

ENNUI

Sentiment désagréable de vide et de lassitude contre lequel la personne qui en est victime ne semble pouvoir rien faire. De plus, l’ennui est lié à une vacance du désir par le fait d’un état d’indifférence où le sujet n’éprouve ni intérêt, ni plaisir.

♦ Révélateur de la « misère de l’homme sans Dieu », l’ennui, selon Pascal, exprime la condition humaine, à savoir la finitude et la contradiction de l’existence. L’homme « s’ennuierait même sans aucune cause d’ennui par l’état propre de sa complexion ». Mais, la moindre chose, comme « une balle qu’il pousse », suffit à le divertir.

♦ Pour Schopenhauer, le monde oscillant entre souffrance et ennui, celui-ci est l’expression d’une « volonté inoccupée ». « Insignifiante, vide de sens », telle est « l’existence que coulent la plupart des hommes ».

♦ Après Alain qui affirme que l’ennui est une « passion triste », Finkielkraut observe que ce sentiment peut être lié à la paresse radicale, comme c’est le cas d’Oblomov, personnage russe de Ivan Gontcharov (son roman paraît en 1858) pour lequel, selon le mot de Levinas, « exister est une pesanteur et non une grâce ».

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