Dollfuss, Engelbert (Texing 1892-Vienne 1934) ; chancelier autrichien.
Dollfuss, Engelbert (Texing 1892-Vienne 1934) ; chancelier autrichien.
Le lieutenant de chasseurs D., marqué politiquement par son activité au sein de l'organisation des universitaires catholiques d'obédience fasciste (Cartell-Verband) et du « mouvement des étudiants allemands », accède à des responsabilités politiques en tant que permanent du syndicat paysan de Basse-Autriche, avant d'être nommé provisoirement président des chemins de fer fédéraux par l'ancien chancelier Vaugoin. Soutenu par l'union des paysans chrétienne-sociale, ainsi que par Starhemberg et Fey, dirigeants de la milice armée Heimwehr, dont il essaiera de se débarrasser par la suite, il entre en 1931 dans le cabinet Buresch pour prendre les fonctions de chancelier fédéral le 20 mai 1932, après avoir écarté tous ses rivaux avec une grande habileté. Son gouvernement, qui comprend les chrétiens-sociaux, le Landbund et le Hei-matblock (les organisations de la milice réunie derrière Starhemberg), n'a qu'une voix de majorité sur les socialistes et l'opposition soutenant l'idée de la Grande Allemagne, mais il réussit, non sans peine, à faire adopter par le Parlement le protocole de Lausanne (sur les négociations internationales concernant les dettes) qui constitue un obstacle à l'Anschluss. Le Parlement se dissout lui-même le 4 mars 1933, donnant à D. la possibilité d'un régime présidentiel autoritaire sans contrôle parlementaire. Le recours à la loi des pleins pouvoirs de 1917, la création du « front patriotique » sur la base d'une idéologie autrichienne chrétienne et corporatiste comme contrepoids au national-socialisme et à la Heimwehr - en partie interdite par la suite -, ainsi que la référence à l'encyclique Quadragesimo anno du pape Pie XI, servent à préparer la Constitution de type autoritaire et corporatif que D. met en vigueur de son propre chef le 1er mai 1934, sans même qu'elle ait été approuvée, comme elle le prévoit pourtant, par les corporations - qui y sont réduites à un stade embryonnaire. D. agit là sous la pression de Mussolini, qui, dans les accords de Riccione d'août 1933, reconnaît certes l'indépendance de l'Autriche, mais à condition qu'elle élimine la social-démocratie et qu'elle se dote d'une Constitution inspirée du modèle fasciste. Parallèlement, le chancelier prend des contacts avec Berlin pour tenter, par l'éventuelle nomination de ministres nationaux-socialistes, de réconcilier le camp national, passé entièrement aux nationaux-socialistes face à la suppression du tribunal constitutionnel et au caractère dictatorial du gouvernement. Sous la pression de la Heimwehr et de la « légion autrichienne », constituée en Allemagne et qui menace d'entrer en Autriche, D. se plie aux exigences de Mussolini. Lorsqu'il attaque la social-démocratie et la Ligue de défense républicaine, elles appellent le 12 février 1934 à la grève générale et au soulèvement armé ; celui-ci est écrasé dans le sang par les troupes gouvernementales et la Heimwehr. Mais D., qui a refusé toute entente avec les socialistes, ne peut faire face au terrorisme national-socialiste. La garantie de l'indépendance de l'Autriche par l'Italie et les puissances occidentales le 17 février 1934 n'apporte pas de solution mais facilite plutôt les projets de renversement mis au point par les nationaux-socialistes qui tentent un coup de force et assassinent D. le 25 juillet 1934. On ne saura donc jamais si les relations reprises par D. après le mois de février avec le camp national et l'aile droite de la social-démocratie éliminée auraient pu entraîner une détente à l'intérieur et à l'extérieur.
DOLLFUSS, Engelbert (Texing, 1892-Vienne, 1934). Homme politique autrichien, il lutta contre le rattachement de l'Autriche à l'Allemagne. Issu d'un milieu paysan, Dollfuss fit des études de droit et d'économie politique puis resta longtemps fonctionnaire de la Chambre d'agriculture de Basse-Autriche. Fervent catholique, militant du Parti social-chrétien de Mgr Seipel, il fut ministre de l'Agriculture (1931) puis devint chancelier fédéral (1932-1934). Considéré comme l'héritier spirituel de Mgr Seipel, il souhaita faire de l'Autriche un État chrétien et autoritaire. Dès 1933, il suspendit le régime parlementaire et créa le Front patriotique (d'extrême droite), lui donnant pour objectif de remplacer progressivement les partis politiques. S'appuyant à l'extérieur sur Mussolini (entrevue de Riccione, 1933), et à l'intérieur sur les sympathisants fascistes antimarxistes (les Heimwehren), Dollfuss interdit (juin 1933) le Parti national-socialiste qui réclamait l'annexion de l'Autriche par l'Allemagne et écrasa à Vienne les milices ouvrières du Parti social-démocrate (1934). Le 1er mai 1934, il établit une nouvelle Constitution faisant de l'Autriche un État autoritaire, chrétien et corporatiste, forme plutôt modérée des régimes forts qui s'établissaient à cette époque en Europe. Le 25 juillet 1934, des SS autrichiens tentèrent un coup d'État nazi, pénétrèrent dans la chancellerie et assassinèrent Dollfuss. Schuschnigg lui succéda. L'indé pendance autrichienne était sauvée pour quatre ans. Voir Anschluss.
Liens utiles
- Engelbert Dollfuss (1892-1934)
- Otto Neurath1882-1945Philosophe et sociologue autrichien, Neurath fut l'un des membres les plus éminents duCercle de Vienne, dont il exprima les thèses fondamentales dans Einheitswissenschaft undPsychologie (1933).
- Friedrich Waissmann1896-1959Mathématicien et philosophe autrichien, il fut membre du Cercle de Vienne avant d'être uncollaborateur de Wittgenstein.
- DM Histoire: congrès de vienne
- Charles-Ferdinand RAMUZ. (Derborence, 1934)