DÉCOUVERTES (GRANDES)
DÉCOUVERTES (GRANDES). Nom sous lequel on désigne généralement les grands voyages de découvertes des xve et xvie siècles, auxquels participèrent Portugais, Espagnols, Français, Anglais et Hollandais, bien qu'ils aient été précédés et suivis de l'existence de grands voyageurs dès l'Antiquité, et de grands explorateurs aux xviie, xviiie et xixe siècles. Il est vrai cependant qu'à partir de la fin du xve siècle et en une trentaine d'années, le monde connu par les Européens s'était considérablement élargi par les découvertes successives de l'Amérique, de la route des Indes et de l'océan Pacifique. Plusieurs facteurs peuvent expliquer cette rapide accélération dans la découverte du monde. Sur le plan économique, après la crise du xive siècle, dans un contexte européen de reprise économique accompagnée d'une croissance démographique, la bourgeoisie riche, déjà rompue au commerce international (Venise, Gênes, Lyon, Augsbourg, Munich, Bruges), chercha à élargir ses débouchés pour ses capitaux et ses marchandises, ayant à vaincre le manque de numéraire et la baisse des prix. Elle chercha aussi à vendre des produits rares, précieux et de gros rapport (épices, soies, pierres précieuses), dont le commerce était monopolisé par Venise et Gênes, mais dont la route par le Moyen-Orient n'était pas coupée, contrairement à une idée largement répandue, par la prise de Constantinople par les Turcs (1453). Sur le plan religieux, l'idée d'une croisade défensive contre les musulmans menaçants (légende du Prêtre Jean) était encore vive, comme le désir missionnaire de l'Église qui ne désespérait pas d'évangéliser des populations lointaines, connues ou soupçonnées. La fin de la guerre de Cent Ans pour la France, l'achèvement de la Recon-quista pour l'Espagne et le Portugal, la prise de conscience de son destin maritime pour l'Angleterre après son éviction du continent, comme la menace réelle que faisaient peser les Turcs et les Arabes en Méditerranée et en Europe centrale et orientale constituèrent autant de facteurs favorables aux aventures maritimes. La révolution technique et scientifique du XVe siècle, avec la redécouverte de la rotondité de la terre (Galilée), l'usage de la boussole, de l'astrolabe, des tables de déclinaison et le progrès des constructions navales (caravelle, puis galion) préparèrent aussi les Grandes Découvertes. Outre la formation des empires coloniaux du Portugal et de l'Espagne, les découvertes maritimes eurent de multiples conséquences. Elles bouleversèrent les routes commerciales au profit des ports de l'Atlantique (Séville, Lisbonne) et au détriment des ports de la Méditerranée comme Gênes et Venise. L'afflux d'or et d'argent, avec la hausse des prix européens (sensible jusqu'en 1620) qui en découla, bouleversa les structures sociales (développement de la classe des grands négociants et armateurs, moindre importance de la richesse foncière) et économiques (création de nouvelles formes de paiement, naissance de nouvelles industries et du capitalisme commercial). Les Grandes Découvertes enfin élargirent non seulement l'horizon, mais tout le savoir humain, ce qui stimula la curiosité scientifique mais relativisa certaines théories et croyances. Voir Hérodote, Indes occidentales (Compagnie française des), Indes orientales (Compagnie anglaise des), Indes orientales (Compagnie hollandaise des), Marco Polo, Recon-quista, Strabon.