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CRIMÉE (guerre de)

Ce conflit opposa de 1853 à 1856 la Russie d'une part, la Turquie, la France, l'Angleterre et le royaume de Piémont, d'autre part. Il prenait place dans le cadre général de la question d'Orient posée aux grands États européens à partir du XVIIIe s. par le déclin de l'Empire ottoman. La Russie voulait atteindre les Détroits et procéder sans tarder au démembrement de la Turquie ; l'Angleterre était résolue à barrer aux Russes la route de la Méditerranée ; Napoléon III voulait défendre les intérêts catholiques et français en Orient et, par une alliance avec l'Angleterre, briser la situation européenne défavorable à la France depuis le Congrès de Vienne de 1815. La crise commença en 1851 par une rivalité franco-russe à propos des Lieux saints, où l'expansion catholique, depuis 1840, affaiblissait la position des orthodoxes. Ceux-ci étaient soutenus par la Russie, alors que Louis Napoléon se posait en champion des religieux latins, pour lesquels il obtint des concessions importantes du sultan, en févr. et déc. 1852. Le tsar Nicolas Ier, mécontent de cet échec, proposa alors officieusement à l'Angleterre un plan de démembrement de l'Empire ottoman (janv. 1853). Devant la réserve de Londres, qui voyait dans le maintien de l'intégrité de la Turquie une sauvegarde contre l'expansion russe, le tsar envoya à Istanbul Menchikov, avec mission officielle de régler la question des Lieux saints au mieux des intérêts orthodoxes, en fait, pour obtenir du sultan un véritable protectorat russe sur les chrétiens orthodoxes de l'Empire ottoman (févr./mars 1853). Sur les conseils de l'ambassadeur britannique Stratford de Redcliffe, la Porte rejeta les demandes du tsar, lequel ordonna alors aux troupes russes d'occuper les principautés moldo-valaques (juill. 1853). Malgré l'attitude hésitante des grandes puissances, la Turquie déclara la guerre à la Russie (4 oct. 1853). Après la destruction à Sinope de la flotte turque de la mer Noire (30 nov.), qui causa une vive émotion à Londres et à Paris, les flottes française et britannique reçurent l'ordre d'entrer dans la mer Noire (3 janv. 1854) et, le 28 mars, la France et l'Angleterre à leur tour déclaraient la guerre à la Russie. L'Autriche resta neutre, sous la pression des États allemands, mais obligea les Russes à évacuer les principautés moldo-valaques (août 1854). En janv. 1855, le royaume de Piémont se joignit aux Franco-Britanniques. La guerre eut pour théâtre principal la presqu'île de Crimée. Débarqués à Eupatoria (14 sept. 1854), les Français, commandés par Saint-Arnaud, et les Anglais, sous les ordres de Lord Raglan, avaient pour objectif la puissante forteresse de Sébastopol. Après la victoire de l'Alma (20 sept. 1854), un siège meurtrier commença car Sébastopol était défendue par un brillant officier du génie, Todleben, et le choléra ravagea les deux camps. Deux tentatives russes pour briser l'encerclement furent repoussées à Balaklava (25 oct. 1854, charge de la Brigade légère) et à Inkerman (5 nov.), mais ce fut seulement après de longs mois d'une guerre de tranchées et des assauts infructueux que la prise de la tour Malakov par Mac-Mahon (8 sept. 1855) obligea les Russes à évacuer Sébastopol, après avoir sabordé les navires et fait sauter tous les bastions (11 sept. 1855). Le tsar Alexandre II, qui avait succédé à Nicolas Ier accepta de traiter, d'autant que l'Autriche et la Suède menaçaient de se joindre aux Alliés (janv. 1856). Le traité de Paris (30 mars 1856) prévoyait : la neutralisation de la mer Noire, désormais interdite à toute navire de guerre ; la liberté de navigation sur le Danube ; l'autonomie des principautés de Moldavie, de Valachie et de Serbie. L'indépendance et l'intégrité territoriale de l'Empire ottoman étaient réaffirmées et placées sous la garantie des puissances signataires. La France en tirait un profit diplomatique considérable et rétablissait moralement sa position de grande puissance.

CRIMÉE (Guerre de). Conflit qui opposa de 1854 à 1856 la Russie à une coalition formée par l'Empire ottoman, la Grande-Bretagne, la France et le Piémont. La guerre se termina par la défaite des Russes. Les ambitions rivales anglo-russes en Orient - l'Angleterre souhaitait maintenir l'intégrité de l'Etat turc menacé par la Russie afin qu'aucune puissance européenne ne puisse contrôler les détroits et entraver la route des Indes - et la querelle entre Napoléon III et le tsar Nicolas Ier à propos des Lieux saints où les progrès catholiques menaçaient les moines orthodoxes, furent à l'origine du conflit. Les hostilités russo-turques commencèrent en octobre 1853, le sultan ayant refusé le protectorat russe sur les chrétiens orthodoxes de l'Empire ottoman. Après l'occupation russe des principautés de la Moldavie et de la Valachie et la destruction d'une flotte turque en mer Noire, l'Angleterre et la France déclarèrent la guerre à la Russie (mars 1854). Le conflit dura deux ans et se résuma dans le long siège de Sébastopol en Crimée, évacuée après la prise de la tour Malakoff par Mac-Mahon (septembre 1855). Le traité de Paris (1856) sanctionna l'indépendance et l'intégrité de l'Empire ottoman et la neutralisation de la mer Noire. Voir Alma, Bosquet (Pierre), Inkerman (Bataille d'), Menchikov (Aleksandr), Orient (Question d'), Raglan (lord James), Saint-Arnaud (Arnaud), Totleben.

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