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CRÈTE

Île grecque de la Méditerranée orientale, au S. de la mer Égée. Peuplée dès les VIIe/VIe millénaires, sans doute par des immigrants venus d'Asie Mineure, elle accéda rapidement à la civilisation néolithique. Vers le milieu du IIIe millénaire commença à s'affirmer une civilisation crétoise originale, dite minoenne du nom du légendaire roi Minos, dont on ne sait s'il a désigné un homme, une dynastie ou une fonction. Le passé crétois ne commença à se dévoiler qu'à partir des fouilles faites à Cnossos par l'Anglais Arthur Evans vers 1900. Cependant, la civilisation minoenne reste encore très mystérieuse. Des trois systèmes d'écriture qu'elle utilisa depuis le début du IIe millénaire - « hiéroglyphique », linéaire A, linéaire B -, ce dernier seulement, en usage à partir du XVe s. av. J.-C. au plus tôt, a été déchiffré en 1952/53. Les textes en linéaire B étaient du grec archaïque, la langue des fonctionnaires mycéniens (ou mycénisés) qui ont administré la Crète du XVe au XIIIe s., mais le linéaire A et le « hiéroglyphique » gardent encore leur secret car nous ignorons la (ou les) langue(s) égéenne(s) qu'ils servaient à noter. Les hypothèses sur la civilisation minoenne reposent donc encore sur l'archéologie. Depuis Evans, on divise le minoen en trois grandes périodes : minoen ancien (vers 3300/2100 av. J.-C.) ; minoen moyen (vers 2300 et 2100/vers 1600) ; minoen récent (vers 1600/1050). Les trois grandes périodes Le minoen ancien, représenté surtout dans la partie orientale de l'île, a vu un premier épanouissement des villages et des ports (Mochlos, Vasiliki, Myrtos), mais ignorait encore les grands palais (d'où son nom d'époque « prépalatiale »). Le cuivre était couramment employé, le bronze n'apparaissant que vers la fin de la période ; les Crétois connaissaient déjà la double hache, arme et symbole religieux. La Crète entretenait surtout des relations avec les Cyclades et la Grèce continentale. Le minoen moyen a vu l'édification des premiers palais (phase « protopalatiale ») à Cnossos, à Phaistos et à Mallia. L'île était sans doute encore divisée en principautés qui se consacraient à l'expansion agricole, maritime et commerciale en direction des Cyclades, de Rhodes, de Chypre, de l'Orient et de l'Égypte où les Crétois étaient connus sous le nom de Keftiou ; la métallurgie (cuivre et bronze) a continué à se développer ; la céramique, l'orfèvrerie, la glyptique ont atteint une finesse inégalée jusqu'alors. Vers 1700, les « premiers palais » ont été incendiés, mais la Crète semble s'être relevée rapidement. Au minoen récent, la construction des « nouveaux palais » (phase « néopalatiale ») a manifesté les progrès considérables de l'architecture. Cnossos a étendu peut-être son hégémonie sur toute l'île et s'est trouvée à la tête d'un empire maritime, une thalassocratie qui a dominé les Cyclades ; c'est alors que s'intensifièrent les contacts avec la Grèce continentale, sans que l'on sache si les rapports commerciaux se sont accompagnés d'une forme quelconque de tutelle politique, comme pourrait le suggérer la légende de Thésée et du Minotaure. Les Crétois importaient du cuivre, de l'étain, des métaux précieux, exportaient peut-être les produits de leur agriculture - avant tout, l'huile et le vin -, ainsi que des armes, des bijoux, des poteries. 0002000009FC00000CE2 9F6,Vers 1450 avant notre ère, la Crète connut une nouvelle catastrophe. On a invoqué les conséquences de l'éruption du volcan de Théra ; ou bien l'on explique la destruction simultanée de tous les palais et des villes par des actions guerrières, du fait d'une invasion de guerriers mycéniens. Seul le palais de Cnossos fut restauré et réoccupé, dominant la majeure partie de l'île, avant d'être lui-même définitivement détruit (vers 1375 ou 1200 av. J.-C.). Les Mycéniens ont alors succédé aux Crétois sur les routes commerciales qui reliaient l'Égée à l'Orient et à l'Italie et à la Sicile. À l'époque classique, la Crète ne joua plus qu'un rôle effacé dans l'histoire grecque. Elle ne prit part ni aux guerres médiques ni à la guerre du Péloponnèse. Elle était divisée en une quinzaine de cités-États dont les deux plus importantes, Cnossos et Gortyne, se livraient des guerres continuelles. Devenue un repaire de pirates, elle fut soumise par Metellus Creticus (68/67) et, en 27 av. J.-C., forma une province avec la Cyrénaïque. Les Arabes l'occupèrent de 823 à 961 et lui donnèrent le nom de Candie (de kandah, retranchement), d'après la ville du même nom. Reprise en 961 par Nicéphore Phocas, elle passa, après la prise de Constantinople par les croisés (1204), à Boniface de Montferrat, puis aux Génois et, en 1210, aux Vénitiens, qui en furent chassés par les Turcs, après une guerre de vingt-cinq ans, en 1669. La Crète se souleva lors de la guerre d'indépendance grecque, mais elle fut soumise par un corps égyptien (1824) et le sultan dut la céder au pacha d'Égypte qui la restitua aux Turcs en 1841. Le soulèvement de 1866 fut durement réprimé par les Turcs ; cependant, deux ans plus tard, le sultan accorda une relative autonomie à l'île. Une nouvelle insurrection crétoise, en 1896/97, déclencha la guerre entre la Turquie et la Grèce ; malgré la défaite des Grecs, les Turcs furent contraints par les grandes puissances d'évacuer l'île (1898) qui devint indépendante. Son rattachement à la Grèce, proclamé en 1908, devint effectif en 1913. En 1935 eut lieu en Crète un soulèvement antimonarchiste des partisans de Vénizélos, mais il fut réprimé après quelques combats. Durant la Seconde Guerre mondiale, les troupes britanniques, chassées de Grèce par la Wehrmacht, essayèrent de conserver la Crète (avr. 1941) ; mais l'île fut prise par une audacieuse opération aéroportée allemande (19/31 mai 1941). Les Allemands se maintinrent en Crète jusqu'en 1944, mais durent constamment lutter contre une active résistance des habitants de l'île.

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