CÔTE-D'IVOIRE
État de l'Afrique occidentale, sur le golfe de Guinée ; capitale Yamoussoukro. Les premiers royaumes connus datent du XIVe s. ; le plus puissant d'entre eux fut le Bouna. Vers 1600, les Malinkés fondèrent la cité du Boron. Au XVIIIe s. se formèrent plusieurs royaumes akans, Baoulés au centre et Agai au sud, tandis qu'au nord les Dioulas créaient l'empire Kong. Au cours du XIXe s., le commerce de l'huile de palme remplaça progressivement la traite comme principale ressource de ces États. La Côte-d'Ivoire fut abordée par les Portugais au XVIe s. ; des comptoirs commerciaux français s'y établirent au siècle suivant ; en 1842 furent fondés les établissements d'Assinie et de Grand-Bassam, mais c'est seulement à partir de 1884 que la pénétration militaire et administrative française se développa à l'intérieur du pays qui avait été exploré par Binger (1887/89 et 1892). La colonie de la Côte-d'Ivoire, constituée en 1893, fut pacifiée après la capture de Samory (1898) (v.), et englobée dans le gouvernement général de l'Afrique-Occidentale française en 1899. Elle connut un développement économique rapide. La Haute-Volta en fut détachée en 1932 et constitua une colonie séparée. L'essor économique s'accéléra après la Seconde Guerre mondiale avec l'aménagement du port d'Abidjan et le prolongement de la voie ferrée Abidjan-Niger jusqu'à Ouagadougou (1955). La Côte-d'Ivoire était le plus prospère des territoires de l'A-OF mais sa richesse dépendait essentiellement, comme aujourd'hui encore, de l'agriculture et de la forêt. Territoire de l'Union française (1946), elle vit se développer, à partir de 1946, le Rassemblement démocratique africain, dirigé par Houphouët-Boigny (v.). Ce dernier conduisit la Côte-d'Ivoire à l'autonomie au sein de la Communauté française (déc. 1958), puis à l'indépendance (7 août 1960). Mais il préserva une étroite coopération économique avec la France et avec le Marché commun. République présidentielle avec un parti unique, le parti démocratique de la Côte-d'Ivoire (PDCI), le pays témoigna d'une stabilité politique rare. Grâce à un afflux d'investissements privés, la Côte-d'Ivoire connut un « miracle économique » exemplaire pour l'Afrique francophone. De 1960 à 1972, le produit intérieur fit plus que tripler et le produit par tête était le plus élevé de tous les pays africains, à l'exception de celui de la République sud-africaine. La production de cacao et de café, dont la Côte-d'Ivoire devint le premier et le troisième producteur mondial, y contribua beaucoup. De 1976 à 1978, on put croire à une production pétrolière très importante, ce qui provoqua un endettement considérable. La chute brutale des cours mondiaux frappant les produits d'exportation en 1980 priva l'État d'une partie de ses ressources. La Caisse de stabilisation, organisme public qui, chargée des transactions sur le café et le cacao, avait longtemps garanti la paix sociale en assurant aux paysans des prix minimaux, aggrava la situation en encourageant la hausse de la production jusqu'en 1987. Puis, de juill. 1987 à janv. 1989, la Côte-d'Ivoire, refusa de vendre sa production, pour empêcher la chute des cours de sa principale source de devises. Le pire fut évité par les prêts du gouvernement français. 000200000D9800000CA5 D92,En 1990, le Premier ministre d'Alassane Ouattara, haut fonctionnaire international partisan de réformes libérales, permit d'espérer un retour de la croissance, mais les difficultés persistèrent (la dette extérieure atteignit 19 milliards de dollars), malgré une légère reprise liée à la dévaluation du franc CFA en 1994. De 1986 à 1992, des manifestations organisées par le Front populaire ivoirien, premier parti d'opposition, aboutirent à la reconnaissance du multipartisme en 1990. La mort du président Houphouët-Boigny, le 7 déc. 1993, attisa la lutte engagée pour sa succession. Conformément à la Constitution, Henri Konan Bédié, président de l'Assemblée nationale, acheva le mandat présidentiel en cours, dans l'attente de l'élection d'oct. 1995. Celle-ci, boycottée par les principaux partis d'opposition, fut remportée avec 96 % des suffrages par Henri Konan Bédié. La Côte-d'Ivoire demeurait un pays relativement riche dont l'économie restait marquée par les effets de la dévaluation du franc CFA en 1994, qui dopait les exportations. Une révision de la Constitution, en juin 1996, accrut les pouvoirs du président. Les tensions de l'année 1999 - climat de répression et conjoncture économique difficile, aggravée par une nouvelle chute des cours du café et du cacao - aboutirent à la destitution et à la fuite en France du président Henri Konan Bédié renversé par le général Robert Gueï, le 24 déc. La junte militaire mit en place un Comité national de salut public (CNSP) qui forma, en janv. 2000, un gouvernement de transition. Celui-ci comporta d'abord des membres des partis les plus importants mais, à l'occasion d'un remaniement en avr. 2000, les ministres du Rassemblement des républicains (RDR), dirigé par Alassane Ouattara, principal opposant au général Gueï, en furent exclus. La nouvelle Constitution, élaborée et approuvée par référendum en juill. 2000, fondait l'éligibilité sur le critère incertain d'« ivoiritude », ce qui permit d'écarter A. Ouattara à cause de ses origines burkinabaises. Les élections prévues originellement pour sept. 2000 furent reportées à oct., ce qui laissa le temps au général Gueï d'évincer tous ses autres concurrents, excepté le socialiste d'origine chrétienne Laurent Gbagbo, qui l'emporta. Le général Gueï refusa de céder le pouvoir mais il dut fuir le pays, tandis que A. Ouattara réclamait en vain de nouvelles élections. Le 27 oct. 2000, le président Gbagbo nomma un gouvernement d'ouverture, mais de violents affrontements entre ses partisans et ceux de A. Ouattara causèrent plusieurs dizaines de morts. Les élections législatives tenues en déc. 2000 furent boycottées par les partisans de A. Ouattara, toujours inéligible, et, dans le nord du pays, essentiellement musulman, ils bloquèrent le processus électoral et rendirent nécessaire un nouveau vote. Les violences politiques, avec leur arrière-plan ethnique et religieux, n'empêchèrent pas le Parlement, sans élu RDR, de se rassembler pour la première fois fin janv. 2000, consacrant la faille qui séparait le nord du sud du pays. En sept. 2002, la France a déclenché l'opération « Licorne » pour séparer les rebelles (qui progressaient du nord vers le sud) des régions tenues par L. Gbagbo. En janv. 2003, à Marcoussis (Essonne), elle a tenté de réconcilier les parties en présence ; l'ONU s'est engagée à envoyer un contingent d'intervention. Mais les accords de Marcoussis n'ont pas été respectés et de violentes manifestations antifrançaises ont éclaté.