CONSERVATEUR (parti), British Conservative Party
Parti politique britannique qui a pris la suite du torysme (v. WHIG et TORY) du XVIIIe s. et du début du XIXe s. Le parti conservateur naquit de la nécessité d'adapter le vieux torysme à la situation nouvelle créée par la réforme électorale de 1832, qui avait élargi le corps électoral britannique. Les principes du nouveau parti furent proclamés par Peel dans le manifeste de Tamworth (1834) : les conservateurs prenaient acte de la réforme et se proposaient de travailler au progrès économique et social. Le parti conservateur anglais, qui voulait gagner à lui les classes moyennes, fut, dès ses origines, beaucoup moins réactionnaire que les « conservateurs » du continent. La question du libre-échange divisa très vite le parti : tandis que Peel, au pouvoir depuis 1841, évoluait vers le libéralisme économique et se montrait partisan de la suppression des droits sur les blés, la majorité du parti, qui s'appuyait sur les gentilshommes campagnards, ne pouvait qu'être favorable au maintien des tarifs protectionnistes. L'abolition des cornlaws (1846) provoqua ainsi une scission chez les conservateurs, qui restèrent pratiquement exclus du pouvoir jusqu'en 1874. Disraeli, qui avait mené l'opposition contre Peel, réorganisa le parti sur un programme progressiste qui comportait le maintien des institutions traditionnelles et la défense de l'Empire, mais aussi « l'amélioration de la condition populaire ». Disraeli voulait travailler à l'avènement d'une « démocratie tory » ; il soutint la réforme électorale de 1867 et son ministère (1874/80) fut marqué par l'adoption de nombreuses mesures sociales. Battus aux élections de 1880, les conservateurs bénéficièrent de la scission provoquée chez les libéraux par le problème du Home Rule irlandais (1886). Alliés aux libéraux « unionistes », partisans du maintien de tous les liens de l'Irlande avec l'Angleterre, les conservateurs, sous la direction de Salisbury, puis de Balfour, furent au pouvoir de 1886 à 1892 et de 1895 à 1905. Durant cette période, le parti conservateur s'identifia avec la politique étrangère impérialiste de la fin de l'ère victorienne (guerre des Boers). Mais ses exigences en matière de politique sociale lui coûtèrent une longue éclipse (1906/22). Revenus au pouvoir aux élections de 1922, les conservateurs gouvernèrent l'Angleterre jusqu'en 1945 (sauf deux brefs intermèdes travaillistes en 1923/24 et 1929/31). Les leaders du parti furent successivement Bonar Law (1922/23), Stanley Baldwin (1923/37), Neville Chamberlain (1937/40) et Winston Churchill (1940/45). Le primat donné par Churchill à la politique impériale allait provoquer en 1945, en dépit de la victoire sur l'Allemagne, une grave défaite électorale. Dans l'opposition (1945/51), le parti, tout en luttant contre la politique d'étatisation travailliste, mit l'accent sur un programme social (chartes de l'industrie, 1947, de l'agriculture, 1948) et reprit la direction du gouvernement (1951/64) avec W. Churchill (1951/55), A. Eden (1955/57), H. Macmillan (1957/63) et A. Douglas Home (1963/64). Les travaillistes l'emportèrent aux élections d'oct. 1964 puis les conservateurs revinrent au pouvoir avec Edward Heath (juin 1970/mars 1974). De nouveau dans l'opposition, le parti passa en févr. 1975 sous la direction d'une femme énergique, Margaret Thatcher, qui remporta les élections de mai 1979 et devint Premier ministre. Sous sa direction, le parti conservateur, victorieux successivement aux élections législatives de juin 1983 - où il fit son meilleur score depuis 1945 - et à celles d'avr. 1987, conforta son assise électorale. Cependant, de plus en plus isolée au sein du parti, Margaret Thatcher dut démissionner en nov. 1990. Son successeur, le chancelier de l'Échiquier John Major, se présenta comme un homme de compromis. Il remporta une victoire inespérée aux élections d'avr. 1992, mais ne put empêcher la défaite aux élections suivantes. Divisé en son sein par la montée du courant « euro-sceptique », le parti conservateur vit, au début des années 1990, son image ternie par une série de scandales touchant des personnalités de haut rang. En juin 1997, John Major cédait la direction du parti à William Hague à qui succéda Iain Duncan Smith en sept. 2001.
Au Canada, le parti conservateur se constitua en 1854 par l'union des conservateurs modérés et des réformateurs modérés, qui désiraient le maintien des liens étroits avec la couronne britannique. Son premier grand chef fut John A. Macdonald. Le parti conservateur, enraciné dans les régions anglophones, resta prédominant dans la politique fédérale jusqu'au lendemain de la Première Guerre mondiale. En 1942, il absorba le parti progressiste et prit le nom de « parti conservateur progressiste ». En sept. 1984, avec 211 députés élus sur 282, il mit fin à vingt ans de suprématie libérale et demeura au pouvoir durant neuf années avec Brian Mulroney (sept. 1984/juin 1993) et Kim Campbell (juin à oct. 1993). Il perdit les élections législatives d'oct. 1993, cédant le pouvoir au parti libéral. Aux élections de juin 1997 et de nov. 2000, les conservateurs connurent de nouvelles défaites. En Allemagne, le terme de « conservateur » (konservativ) désigne une tendance que l'on qualifierait en France de traditionaliste. Dans l'Allemagne impériale, le parti conservateur allemand (Deutschkonservative Partei), fondé en 1876, exprimait les positions des grands propriétaires nobles des régions de l'Est, qui, tout en sachant gré à Bismarck d'avoir établi la suprématie de la Prusse en Allemagne, lui reprochaient l'institution du suffrage universel et craignaient que la Prusse ne perdît son identité dans le nouvel Empire. Ce parti prédomina à partir de 1879 à la Chambre des représentants de Prusse. Après sa rupture avec les nationaux-libéraux, Bismarck dut rechercher, en 1881, l'appui des conservateurs, favorables à des mesures protectionnistes. Jusqu'à la Première Guerre mondiale, le gouvernement de Guillaume II reposa sur la coalition des conservateurs et du parti du Centre contre les socialistes. Le parti conservateur disparut en 1918, et, sous la république de Weimar, les forces conservatrices furent représentées par le parti national allemand et par le parti démocratique allemand (parti allemand d'État à partir de 1930). Un brillant renouveau intellectuel du conservatisme se manifesta, au cours des années 1920, dans les uvres de Moeller van den Bruck, de Carl Schmitt et d'Ernst Jünger. La « révolution conservative » ne réussit pas à soulever les masses et fut débordée par l'hitlérisme, mais son idéologie contribua à inspirer la résistance militaire à Hitler. Après une longue éclipse, la pensée conservatrice allemande connaît depuis 1970 un certain renouveau. En Norvège, le parti Höyre (droite) a été fondé en 1884. En alternance avec le parti travailliste, il a participé à des gouvernements de coalition conservatrice ou « bourgeoise » avec des partis minoritaires de droite, dirigés par les Premiers ministres conservateurs Kaare Willoch (1981/86) et Jan Peder Syse (1989/90). Les conservateurs norvégiens furent mis en échec par le parti travailliste lors des élections législatives de 1993. Ils firent ensuite partie de la coalition gouvernementale de Kjell Magne Bondevik (parti chrétien populaire), Premier ministre de 1997 à 2000. En Suède, le Rassemblement des modérés, MS, a été créé en 1902, à partir de l'Organisation nationale de la droite. Constamment minoritaires de 1932 à 1976, les conservateurs et leurs alliés du parti du centre, les libéraux et les chrétiens-démocrates, ont pu former, à partir de 1976, des gouvernements dirigés par les Premiers ministres conservateurs Thorbjörn Fälldin (1976/78 et 1979/82) et Carl Bildt (1991/94), en alternance avec les travaillistes. Médiateur de l'Union européenne pour l'ex-Yougoslavie de 1995 à 1997, Carl Bildt a retrouvé la direction du Rassemblement des modérés à l'issue de cette mission, puis Bo Lundgren lui a succédé.
En Finlande, le parti de coalition nationale, KOK, a été fondé en 1918. Obtenant en moyenne 20 % des suffrages, les conservateurs ont participé au pouvoir, dans le cadre de coalitions assez instables, tant avec les sociaux-démocrates (gouvernement du conservateur Harri Holkeri de 1987 à 1991) qu'avec le centre et les libéraux (1991/95). Depuis 1995, le parti conservateur finlandais participe à une coalition dirigée par le parti social-démocrate.
CONSERVATEUR (Parti, en angl. British Conservative Party). Nom de l'un des grands partis politiques britanniques, le terme de « conservateur » ayant remplacé celui de « tory » après la réforme électorale de 1832. Depuis cette date, le Parti conservateur a alterné au pouvoir soit avec le Parti libéral jusqu'en 1923, soit avec le Parti travailliste. Traditionnellement aristocratique, son recrutement a progressivement atteint une fraction de la grande bourgeoisie industrielle, les classes moyennes et aujourd'hui près d'un tiers de l'électorat ouvrier. Si les conservateurs se rallient à quelques références idéologiques (respect de l'ordre établi, libéralisme, défense de la grandeur britannique), un certain nombre de questions les ont divisés (protectionnisme, intégration européenne). Ses principaux leaders ont été : R. Peel, B. Disraeli, W. Churchill, A. Eden, H. Macmillan, E. Heath et M. Thatcher, qui, en novembre 1990, dut céder la direction du parti et du gouvernement à John Major.
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