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COMPTON-BURNETT Ivy

COMPTON-BURNETT Ivy. Romancière anglaise. Née à Pinner (Middlesex), le 5 juin 1892, morte à Londres le 27 août 1969. Fille d'un médecin, elle fréquenta un collège de l'université de Londres. L'écrivain fut anoblie à quelques mois de son décès. Elle menait une existence discrète, sinon tout à fait recluse. Elle voyagea « sur le continent » et collectionna les fleurs alpestres, apprend-on dans une notice d'A.C. Ward. Des années après sa mort, seuls quelques intimes pourraient en dire davantage. Or une autre énigme fut d'emblée proposée à ses lecteurs car elle signait ses livres I. Compton-Burnett. L'initiale du prénom désignait-elle un homme ou une femme ? Beaucoup de critiques se posaient cette pertinente question car ses livres montrent qu'il ne s'agit pas vraiment d'une littérature féminine. I. Compton-Bumett fut un romancier, au sens neutre du mot. Avec raison, un romancier plus jeune, P.H. Newby, écrira en 1951 d'I. Compton-Burnett : « L'un des romanciers de langue anglaise les plus intéressants de notre époque. » L'un de ceux aussi qui n'ont abordé aucun autre genre. 1. Compton-Bumett est l'auteur de quinze romans : Dolorès (1911), Pasteurs et maîtres (1925), Frères et soeurs (1929), Des hommes et des femmes (1931), Plus de femmes que d'hommes (1933), Une famille et son chef (1935), Les Ponsonby (1937), Une famille et une fortune (1939), Parents et Enfants (1941), Les Vertueux Aînés (1944), Le Valet et la femme de chambre (1947), Deux mondes et leurs façons (1949), Jour et ténèbres (1951), Mère et fils [ 1955], Un père et son destin (1957), Grandeur et décadence (1961). Comme on le voit par ces titres, le thème de la famille a été abondamment traité par la romancière. Mais dans ces familles d'Ivy Compton-Bumett le « vernis » ou le « déco-rum » apparent craquent, c'est toujours la vérité qui émerge et cette vérité est toujours scandaleuse. Si l'on isole le premier roman (désavoué par l'auteur), on se trouve tout de suite projeté dans des conversations, ces récits étant faits en grande partie de répliques, parfois toutes prêtes pour la scène : mais on n'y parle pas pour ne rien dire. Des monstres nous sont révélés tout au long d'un canevas souvent mélodramatique. Leur activité pernicieuse semble — entre autres vilenies — consister à acculer un parent au suicide, ou à empoisonner un rival ou à falsifier un testament. L'environnement social que nous décrit la romancière est celui de l'Angleterre d'avant 1914, plus ou moins figé et que Freud ne pénètre pas, ni l'amour d'ailleurs. Un regard froid l'explore, lucide et cynique. On dirait l'élaboration de l'envers d'un décor. Comment expliquer une telle inspiration ? Peut-être Dolorès, le roman des débuts, le roman désavoué, rend-il compte d'une grave déception personnelle (une jeune intellectuelle disgracieuse y est rejetée par la société), expliquant par là l'oeuvre à venir, si féroce envers l'« ordre établi ». Aucune critique sociale n'est plus acide. De même, il n'y a pas non plus de remords chez les vainqueurs de ces batailles sordides, ni de rédemption possible pour leurs victimes : « Il n'y a pas d'écrivain plus amoral » (Pamela Hansford Johnson).

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