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COMMUNE DE PARIS

Gouvernement insurrectionnel qui exerça l'autorité à Paris pendant soixante-douze jours, du 18 mars au 28 mai 1871. • Les origines de la Commune • Naissance, constitution et oeuvre • L'écrasement de la Commune Les origines de la Commune Dernière révolution du XIXe s. et, pour les marxistes, première tentative d'une dictature du prolétariat, la Commune a eu des causes lointaines et des causes immédiates. Elle fut l'aboutissement d'une tradition révolutionnaire : le développement économique qui marqua le second Empire s'accompagna de la croissance numérique de la classe ouvrière. Les grèves se multiplièrent dans les dernières années du règne de Napoléon III, et les nouveaux chefs socialistes, Varlin, Malon, utilisèrent la loi de 1868 sur la liberté de réunion pour mener dans toutes les grandes villes, et surtout dans la capitale, une active propagande. À côté de ces socialistes internationalistes, les blanquistes attendaient le moment favorable à une insurrection et à la prise du pouvoir par une minorité agissante qui entraînerait ensuite le peuple dans la révolution. Les origines immédiates de la Commune doivent être cherchées dans les épreuves et les déceptions que connurent les Parisiens au cours du terrible hiver 1870/71. Investie par les Prussiens dès le 18 sept. 1870, la capitale avait répondu avec héroïsme aux déclarations intransigeantes du gouvernement de la Défense nationale, résolu à ne céder « ni un pouce de notre territoire ni une pierre de nos forteresses ». Dès lors, avec les souffrances du siège, le manque de ravitaillement et de combustible, l'arrêt du travail (la plupart des hommes n'avaient pour vivre que leur solde de gardes nationaux, 1,50 F par jour), avec le bombardement de la ville par les Prussiens (à partir de janv. 1871) et l'échec des différentes sorties, une véritable psychose de trahison se répandit dans la population, qui réclamait des actions militaires vigoureuses et, dès oct. 1870, l'élection d'une Commune. Le 31 oct., à la nouvelle de la capitulation de Metz et de la perte du fort du Bourget, certains bataillons de gardes nationaux avaient déjà tenté de renverser le gouvernement provisoire. Après la signature de l'armistice (28 janv.), l'élection (8 févr.) d'une Assemblée nationale fortement conservatrice et favorable à la paix acheva d'isoler les Parisiens du reste de la France. L'exaspération de la capitale atteignit son comble lorsque, le 1er mars, les Prussiens défilèrent symboliquement dans les quartiers Ouest de Paris. Naissance, constitution et oeuvre Dès le premiers jours de mars 1871, l'opposition fut manifeste entre l'Assemblée nationale, qui siégeait encore à Bordeaux, et les Parisiens, armés au sein de la garde nationale, dont les effectifs atteignaient près de 200 000 hommes. Tandis que la garde se mobilisait, passait sous le contrôle d'un Comité central élu (3 mars), puis, le 15 mars, se constituait en Fédération républicaine, la majorité royaliste et « rurale » de l'Assemblée multipliait les mesures vexatoires à l'égard de la population de la capitale (3/10 mars) : suppression de la solde de la garde nationale ; suspension du moratoire des effets de commerce et des loyers ; transfert de l'Assemblée, non à Paris, mais à Versailles. Le 18 mars, Thiers, chef du gouvernement provisoire, décida de désarmer la garde nationale, qui disposait, à Montmartre et à Belleville, de plus de 200 canons mis à l'abri avant l'entrée des Prussiens dans la capitale. Mais les soldats chargés de cette opération furent entourés par les gardes nationaux et par la foule, avec laquelle la troupe commença à fraterniser ; en quelques heures, l'insurrection se propagea dans tout le centre et l'est de Paris ; les généraux Lecomte et Clément Thomas furent tués. Refusant toute négociation, Thiers décida d'évacuer la capitale, abandonnée dès lors aux insurgés. Resté maître de Paris, le Comité central de la garde nationale prépara l'élection d'un Conseil communal. Celle-ci eut lieu le 26 mars, avec 229 167 votants sur un total de 485 569 électeurs, soit plus de 50 % d'abstention (mais on peut estimer qu'une centaine de milliers de Parisiens avaient déjà fui la capitale depuis la journée du 18). Ce Conseil fut mis en place à l'Hôtel de Ville, le 28 mars, sous le nom de Commune de Paris, et le Comité central lui transmit aussitôt ses pouvoirs. Assemblée municipale, la Commune se considérait de plus comme le gouvernement du pays, et elle constitua aussitôt neuf commissions (Finances, Armée, Justice, etc.), dont la liaison était assurée par une Commission exécutive. Le Conseil de la Commune devait, théoriquement, réunir 90 membres, mais cet effectif ne fut jamais atteint. Les quelque 70 membres restants étaient très divers par leurs origines sociales comme par leurs tendances politiques. Ils comprenaient 25 ouvriers, soit plus d'un tiers du Conseil. Du fait de ces multiples tendances, la Commune n'eut jamais de doctrine politique précise. La plupart de ses membres restaient attachés à une conception romantique de la révolution. Obsédés par les souvenirs de 1793, certains d'entre eux pensaient que la Commune devait exercer sur la France entière une dictature révolutionnaire ; d'autres, fidèles aux idées de Proudhon, appelaient les communes provinciales à s'associer à Paris en une libre fédération. La Commune de Paris s'appuyait sur une minorité révolutionnaire qui mobilisait tout au plus 60 000 personnes, où l'élément ouvrier et artisan prédominait à 80 % ; la garde nationale fédérée, qui formait l'armée de la Commune, ne comporta jamais plus de 30 000 combattants, bien qu'elle comptât officiellement quelque 200 000 hommes. L'immense majorité de la population parisienne resta donc en dehors de la Commune, et cela en dépit de l'intense activité de propagande déployée par une multitude de clubs et de journaux. Absorbée dès le début du mois d'avril par les opérations militaires contre les versaillais, la Commune n'accomplit que des réformes limitées. Certaines mesures furent symboliques, telles l'adoption du drapeau rouge (28 mars) et du calendrier révolutionnaire, la démolition de la colonne Vendôme (16 mai) et de la maison de Thiers. Politiquement, elle décida la séparation de l'Église et de l'État, la laïcisation des écoles religieuses, l'école gratuite et obligatoire, la gratuité de la justice, l'élection des juges et des hauts fonctionnaires, la suppression de l'armée permanente (remplacée par le peuple en armes), la suppression de toute distinction entre enfants légitimes et enfants naturels, comme entre femmes mariées et concubines. Parmi les mesures économiques et sociales, citons : la prorogation des échéances, la remise des loyers, la réquisition des ateliers abandonnés, la réorganisation du Mont-de-Piété, la création de boucheries municipales, la suppression du système des amendes patronales, la suppression du travail de nuit dans les boulangeries, l'interdiction de tout cumul de traitements. Les femmes jouèrent un grand rôle dans cette période révolutionnaire (Louise Michel, Andrée Léo, Nathalie Lemel, Paule Minck, Élisabeth Dmitrieff, Anna Jaclard...). Mais, en beaucoup d'autres domaines, la Commune montra d'étranges timidités ; elle maintint inchangée la durée de la journée de travail, et ne prit même pas le contrôle de la Banque de France. L'écrasement de la Commune La Commune resta incomprise de la grande majorité des Français. Pour les provinciaux, elle évoquait surtout les mauvais souvenirs de la dictature parisienne de 1793/94. Sans doute, en mars/avr. 1871, des mouvements communalistes éclatèrent-ils, mais ils furent rapidement écrasés. La plus puissante de ces insurrections de province fut celle de Marseille (23 mars/4 avr.). Le 19 avr. 1871, la Commune lança une Déclaration au peuple français qui s'inspirait des idées fédéralistes de la minorité et demandait « l'autonomie absolue de la Commune étendue à toutes les localités de la France dont l'association doit assurer l'unité française ». Mais cette proclamation ne rencontra guère d'écho, pas plus que l'Appel aux travailleurs des campagnes du 28 avril. Le gouvernement de Thiers dénonçait l'insurrection parisienne comme celle de la plus vile canaille et rassemblait son armée. L'arrestation des otages (5 avr.), parmi lesquels se trouvait Mgr Darboy, archevêque de Paris, suscita une indignation générale. Tous les grands écrivains français de l'époque se montrèrent hostiles à la Commune, y compris ceux mêmes qui montraient le plus de sympathie pour les idées républicaines et sociales, tels Victor Hugo, George Sand, Émile Zola ou Anatole France. Les combats contre les troupes régulières de Versailles commencèrent le 2 avr., à Courbevoie. Alors que la Commune ne réussit à mobiliser que de 20 à 30 000 combattants, Thiers, qui avait obtenu de Bismarck la libération anticipée de 60 000 prisonniers, disposa d'une armée de 130 000 hommes, commandés par Mac-Mahon. Le 3 avr., la Commune tenta une marche sur Versailles en trois colonnes, par Rueil, Meudon et Châtillon : ce fut un échec complet. Tandis que la direction militaire passait successivement à Cluseret (4 avr.), à Rossel (1er mai), enfin, le 10 mai, à Delescluze, tandis que la création d'un Comité de salut public (1er mai) creusait le fossé entre majorité et minorité au Conseil de la Commune, les versaillais resserraient leur pression au S.-O. de la capitale, s'emparaient des forts de Vanves (9 mai) et d'Issy (14 mai) et, le dimanche 21 mai, pénétraient dans Paris par les portes du Point-du-Jour et de Saint-Cloud. Pendant toute une semaine (21/28 mai), la « semaine sanglante », l'armée refoula les forces de la Commune vers l'est de la capitale. Le 24, elle s'emparait de l'Hôtel de Ville et du Panthéon. Le 25, elle était maître de toute la rive gauche, et Delescluze trouvait la mort sur la barricade de la place du Châ-teau-d'Eau. Le 26, le quartier de la Bastille était occupé par l'armée, et l'ultime résistance des communards se concentrait dans une partie du XXe arrondissement (Belleville) et dans un quadrilatère du XIe. La lutte fut menée avec un acharnement extrême et s'accompagna de part et d'autre d'atrocités. Aux fusillades des versaillais, les communards répondirent par les massacres des otages et l'incendie volontaire de plusieurs monuments tels que le palais des Tuileries et l'Hôtel-de-ville, ainsi que de plusieurs quartiers du centre. Les ultimes combats eurent lieu le 28 mai, au Père-Lachaise ; la dernière barricade, rue Ramponneau, tomba vers 14 heures. La répression fut impitoyable. Au cours des combats, les versaillais avaient multiplié les exécutions sommaires, et l'on estime généralement à 20 000 le nombre des communards qui trouvèrent la mort au cours de la « semaine sanglante ». Le gouvernement procéda à plus de 38 000 arrestations. Les lois d'amnistie de 1879 et 1880 permirent aux survivants, déportés ou exilés, de rentrer en France, et tous les prisonniers furent libérés. Mais la répression avait décapité pour longtemps le mouvement révolutionnaire français. COMMUNE DE PARIS (proclamation de la) • 28 mars 1871 L’hiver 1870-1871, alors que les Prussiens sont sous ses murs, est très dur pour la capitale. Après avoir dépeuplé la ménagerie, les Parisiens mangent les chats, les souris, les rats, tandis que pleuvent les obus. Mais le 28 janvier 1871, un armistice est signé, Bismarck, qui veut négocier avec un Gouvernement « légitime », laissant le temps d’organiser des élections. Ces dernières voient la victoire de la droite, et Adolphe Thiers accède aux pleins pouvoirs le 17 février. Le 1er mars, les Allemands entrent dans Paris. Le malaise entre la capitale et le Gouvernement installé à Versailles va croissant. Le 18 mars, Thiers emploie la force pour essayer d’ôter leurs canons aux Parisiens, qui répliquent en fusillant deux généraux. Le soir même, un comité central occupe l’Hôtel de Ville. Le 26, Paris vote et donne aux révolutionnaires une large majorité. Véritable contre-pouvoir populaire opposé à celui de Versailles, la Commune de Paris (un souvenir de 1793) est proclamée solennellement le 28 mars 1871. Elle instaurera entre autres la séparation de 1 ’Église et de l’Etat, la gratuité de l’école, l’émancipation des femmes. Elle tiendra jusqu’au 28 mai.

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