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COMMUNE

Au Moyen Âge, une commune était une ville à qui avait été reconnue une personnalité juridique ce qui lui conférait une autonomie plus ou moins grande. Avec la fin du monde romain, les villes avaient été intégrées dans le système féodal et leurs habitants étaient soumis à des seigneurs laïcs ou ecclésiastiques. Le mouvement communal fut une conséquence du réveil économique des villes apparu au Xe s. La commune naquit du désir de défendre les intérêts communs des habitants qui exerçaient un métier ou une activité marchande, associés en une communio qui était aussi une conjuratio car ils étaient liés par un serment. Ceux qui en faisaient partie ont constitué une première bourgeoisie qui en excluait les nobles, les clercs, les officiers seigneuriaux et parfois les non-propriétaires, c'est-à-dire les plus pauvres. Fortes de leur unité et de la prospérité apportée par leur travail, les communiones obtinrent de leurs seigneurs des privilèges plus ou moins étendus et un statut particulier, octroyés souvent au prix fort. Des révoltes ou émeutes ont pu être nécessaires pour obtenir des libertés communales, surtout lorsque le seigneur était un ecclésiastique : ce fut le cas à Cambrai en 1076 ou à Laon en 1111. Mais d'autres comprirent l'intérêt de favoriser sur leur domaine l'éclosion d'une commune, gage de prospérité. Une charte communale écrite, de simple franchise ou de commune jurée, précisait la nature des libertés conquises. Généralement, la constitution d'une commune s'est traduite par une réelle autonomie politique et administrative ; les symboles en ont été le beffroi (équivalent au donjon du château seigneurial), la milice bourgeoise en armes, la frappe d'une monnaie, l'existence de tribunaux... Le gouvernement communal était assuré par un maire, assisté d'un collège d'échevins, élus en principe par l'assemblée communale, mais, dans les faits, le plus souvent cooptés. En France, le mouvement communal connut une croissance puis déclina à partir du XVIe s. du fait des troubles intérieurs suscités par le petit peuple contre l'oligarchie bourgeoise et la pression du pouvoir royal. En un premier temps, la monarchie capétienne avait plutôt encouragé le mouvement communal contre l'autorité des seigneurs ; désormais les rois de France allaient se consacrer à l'instauration d'un pouvoir monarchique unificateur. Les deux autres principaux pays où l'institution communale s'est imposée, furent la Flandre et l'Italie. Prospères par leur travail et le commerce, les villes flamandes demandèrent à leurs comtes des libertés et des franchises qu'ils leur accordèrent contre de l'argent. Elles purent choisir leurs échevins, et exercer des pouvoirs retirés aux baillis seigneuriaux. Comme en France, les libertés étaient consignées dans des chartes. Les principales communes flamandes furent Bruges, Gand, Douai, Lille, Ypres, qui devinrent des puissances indépendantes. Mais une classe de patriciens apparut qui s'enrichit, confisqua les pouvoirs et s'opposa aux artisans qui n'eurent d'autre choix que de faire appel au comte. Ainsi éclata en 1302 la révolte de Bruges ; pour conserver leur pouvoir, les patriciens firent appel au roi de France Philippe le Bel qui fut battu à Courtrai le 11 juill. 1302. Avec l'avènement de la maison de Bourgogne les communes déclinèrent et leur dernier sursaut fut la révolte de Gand contre Charles Quint en 1539. 000200000D0C00000D32 D06,Les communes italiennes durent leur essor incomparable à l'activité du commerce méditerranéen et, pendant les croisades, au rôle des ports italiens dont beaucoup établirent des comptoirs sur les côtes du Levant. Florence, Pise, Milan, Côme tirèrent parti de ces activités pour développer leurs productions artisanales. Les longues années de lutte contre le pape et l'empereur, la volonté de la noblesse de s'affranchir de la tutelle des évêques, furent autant d'occasions pour assurer l'essor communal. Les luttes entre le pape et l'empereur furent aussi une des causes de l'essor des communes ; d'autre part, les nobles ne répugnèrent pas à s'allier avec les commerçants et les artisans contre les évêques. En 1084, des consuls étaient en place à Pise, en 1097 à Milan, en 1098 à Arezzo, en 1123 à Bologne, en 1125 à Sienne, à Florence en 1138. Ils étaient assistés d'une assemblée restreinte de sénateurs ou de sages, représentant les nobles, les propriétaires terriens, les riches marchands, et d'une autre assemblée comprenant tous les citoyens, l'arengo. Très vite ces républiques urbaines connurent les luttes sociales et les revendications des ciompi (travailleurs pauvres). Pour faire respecter la paix civile, les communes nommèrent un personnage au-dessus des factions, le podesta, personnage qui allait représenter la ville et dominer la vie communale pendant la première moitié du XIIIe s. Outre les luttes internes, le drame des communes italiennes fut leur rivalité permanente : Venise et Gênes ont lutté âprement pour l'hégémonie maritime, Florence et Milan pour le commerce avec l'Europe centrale. Aucune alliance durable, aucune unité ne put s'installer entre les communes italiennes. En Allemagne, le mouvement communal se développa à partir de la fin du XIe s., contre les princes ecclésiastiques. Il en fut ainsi à Worms (1073), Mayence (1077), Spire (1101, 1111), Cologne (1074, 1106, 1112), qui se soulevèrent contre leurs évêques. Le mouvement reçut l'aide de seigneurs laïques et l'expansion économique se trouva confortée par la création de communes. Mais les souverains allemands ne surent pas contenir le mouvement communal qui, après la mort de Frédéric II de Hohenstaufen, en 1250, aggrava le démembrement de l'Empire. L'empereur étant faible politiquement, les communes qui se plaçaient sous son autorité ne désiraient en réalité aucun maître. Elles étaient de véritables républiques souveraines dont les magistrats portaient le nom de consuls. Pour leur sécurité elles ont constitué des ligues comme la Ligue rhénane qui, en 1254, groupa plus de 70 villes, ou encore celle de la Hanse qui devint une véritable puissance européenne. Au XIVe s., leur déclin politique s'amorça, face au pouvoir des princes qui les vainquirent en deux batailles et la plupart furent absorbées dans les territoires princiers. Les communes anglaises qui prirent le nom de boroughs n'apparurent qu'au XIIIe s. Elles acquirent une autonomie comparable aux communes du continent, en profitant de la crise monarchique qui marqua le règne de Jean sans Terre. Dès 1265, elles envoyèrent des députés au Parlement. Au XVIe s., les boroughs perdirent leurs privilèges mais devinrent des circonscriptions électorales et, à la fin du XVIIe, les quatre cinquièmes de la Chambre des communes étaient élus par quelque deux cents boroughs. 0002000001E000001A38 1DA,À l'époque de la Reconquête, les communautés rurales qui, en Espagne, s'installèrent sur les territoires repris aux musulmans obtinrent facilement du pouvoir royal des privilèges ou fueros. Il fut impossible ensuite aux féodaux de revenir en arrière. Dans le royaume d'Aragon, Barcelone, Tarragone, Valence se constituèrent en républiques maritimes qui rivalisèrent avec celles d'Italie. Dès les XIIe/XIIIe s., toutes les communes espagnoles étaient représentées aux Cortés.



COMMUNE. Au début du mouvement communal en France (XIIe siècle), nom donné à l'association d'habitants d'une même ville unis, souvent par un serment, pour se libérer de la domination d'un seigneur qui pouvait lui reconnaître des franchises importantes. Celles-ci ont aussi pu être accordées avec le soutien des rois capétiens (Philippe II Auguste, en particulier) qui voyaient dans cette alliance un soutien contre leurs vassaux. Toutes les villes d'Europe n'ont pas connu le même degré de franchise ou d'autonomie. Les plus libres ont été les communes italiennes (institution du consulat), les plus dépendantes, les villes anglaises. Pour la plupart, elles ont été le lieu de rivalités sociales, politiques ou familiales. Voir Guelfes et Gibelins, Marcel (Étienne). COMMUNE DE PARIS (1789-1795). Nom donné lors de la Révolution française au gouvernement révolutionnaire de Paris établi après la prise de la Bastille (14 juillet 1789). Son premier maire fut Bailly et il tint ses séances à F Hôtel de Ville. Devenu Commune insurrectionnelle après le 10 août 1792, porte-parole des éléments révolutionnaires du mouvement parisien, elle s'illustra dans les moments les plus dramatiques de la Révolution. Par la loi du 21 mai 1790, le gouvernement révolutionnaire devint un organisme régulier, le Comité général de la Commune, dont les membres étaient élus par les citoyens actifs des 48 sections de la ville de Paris. Après le remplacement de Bailly par Pétion (novembre 1791), la Commune eut pour maires successifs Chambon, Pache et Fleuriot-Lescot qui garda sa fonction jusqu'au 9 Thermidor. Dans la nuit du 9 au 10 août 1792, sous la menace du danger extérieur jointe à la crainte d'une trahison du roi, une Commune insurrectionnelle dirigée par Pétion, Manuel et son substitut Danton, prit la place de la Commune légale. Formée par 52 commissaires désignés avec la participation des citoyens passifs, elle défendit les idées des sans-culottes parisiens et devint un des organes principaux du gouvernement imposant son pouvoir en province. La Commune insurrectionnelle contribua à la création d'un Tribunal révolutionnaire (août 1792), destiné à juger les suspects, resta passive face aux massacres de Septembre (1792), imposa la proscription des girondins (juin 1793), la loi du maximum général (septembre 1793), l'institution de la Terreur et participa au mouvement de déchristianisation. Dominée à la fin de 1793 par le Comité de Salut public dirigé par Robespierre, Couthon et Saint-Just, la Commune perdit son influence après l'élimination des hébertis-tes. Après la chute de Robespierre, la Convention supprima la Commune et décida de guillotiner 93 de ses membres. Sous la Convention thermidorienne, la Commune insurrectionnelle fut remplacée par deux commissions. La Constitution de l'an III (1795) remplaça la commune par 12 municipalités distinctes, coordonnées par un bureau central afin d'empêcher une nouvelle dictature populaire. COMMUNE DE PARIS. Nom donné au gouvernement insurrectionnel parisien qui contrôla la capitale du 18 mars au 27 mai 1871. Soulèvement spontané né pour l'essentiel de la misère et de l'humiliation de la défaite contre la Prusse (guerre franco-allemande, 1870-1871), la Commune de Paris fut aussi la première tentative d'application des théories du mouvement socialiste et anarchiste. Son échec et sa répression brutale permirent à terme le ralliement d'une partie hésitante de l'opinion publique à une République conservatrice qui avait montré sa capacité à imposer l'ordre. Hostile à l'armistice (28 janvier 1871) décidé après un long siège subi par la capitale depuis septembre 1870 et signé par le gouvernement provisoire, l'insurrection éclata à Paris après la décision prise par Adolphe Thiers, chef du pouvoir exécutif, de retirer les canons de Belleville et de Montmartre financés par la population et d'occuper militairement Paris. Cette décision succédait à des mesures maladroites comme l'abaissement de la solde des gardes nationaux et la fin du moratoire sur les loyers, suspendus durant le siège. Le comité central instauré par la garde nationale (mars 1871) décida l'élection du conseil général de la Commune, composition hétéroclite d'ouvriers souvent proches de la Première Internationale et de représentants de la moyenne et petite bourgeoisie (Gustave Courbet, Jules Vallès, Édouard Vaillant). Souhaitant établir une république sociale, la Commune adopta le drapeau rouge pour emblème, rétablit le calendrier révolutionnaire, décida le maximum des salaires, proclama la séparation de l'Église et de l'État, se prononça pour un enseignement laïque, gratuit et obligatoire et encouragea la formation de coopératives ouvrières. La Commune, qui n'avait décidé aucune réforme de structure comme la nationalisation des grandes entreprises ou de la Banque de France, souffrit de nombreuses divisions. Décidé à réduire la révolte parisienne, Thiers confia au maréchal de Mac-Mahon, la direction de l'armée des Versaillais qui entra dans Paris le 21 mai 1871, provoquant du côté des communards l'exécution d'une centaine d'otages et l'incendie de nombreux édifices publics (Hôtel de Ville, Tuileries, Cour des comptes). La reconquête militaire de la capitale s'accompagna d'un véritable carnage (Semaine sanglante, 22-28 mai 1871) et les communards furent finalement écrasés au mur des Fédérés. On estime à environ 25 000 le nombre des victimes de la répression, outre les milliers de fédérés emprisonnés ou déportés en Algérie, en Guyane ou en Nouvelle-Calédonie. Le mouvement des communes avait aussi touché les villes de province mais, à l'exception de Lyon et de Marseille, les communes de province, dominées par les républicains radicaux, acceptèrent de négocier avec Thiers. Les républicains modérés comme Jules Ferry ou Léon Gambetta s'étaient prononcés contre la Commune. COMMUNES (Chambre des). Chambre basse du Parlement anglais. Elle se constitua au début du XIIIe siècle lorsque le roi convoqua, à côté des barons, des représentants de bourgs. La Chambre prit de l'importance au cours de la guerre de Cent Ans, le roi ayant besoin d'argent pour financer le conflit. Au XIVe siècle, se réunissant séparément de la Chambre des lords pour délibérer, elle enleva à celle-ci l'initiative financière. Les Tudors la favorisèrent afin de faire aboutir leur politique mais ce fut aux XVIIe et XVIIIe siècles, après la révolution de 1688, qu'elle supplanta définitivement la Chambre haute. Aux deux grandes tendances du XVIIe siècle, les Cavaliers et les Têtes rondes, se succédèrent des partis politiques, les whigs et les tories, puis les conservateurs et les libéraux et, plus récemment, les conservateurs et les travaillistes. Elle est aujourd'hui composée des représentants du Royaume-Uni, élus au suffrage universel à un tour et exerce un contrôle constant sur l'action gouvernementale. Voir Conservateur (Parti), Libéral (Parti), Révolution d'Angleterre (Seconde), Travailliste (Parti). COMMUNES POPULAIRES. Nom donné en Chine populaire à partir de 1958, dans le cadre du Grand Bond en avant, à l'unité de base à la fois économique, administrative, scolaire et militaire, regroupant en général 5 000 familles. Dernière expérience de collectivisme, les communes populaires devaient mobiliser, faute de capitaux, l'énorme masse de la population chinoise encadrée en permanence par les responsables locaux du parti. Les paysans partagèrent leurs tâches entre l'agriculture, l'artisanat et l'industrie (2 millions de hauts fourneaux miniatures devaient fournir la fonte pour fabriquer les outils agricoles). Afin de transformer la mentalité paysanne jugée traditionnelle, toute forme de propriété individuelle fut supprimée et les notions de salaires et d'intéressement matériel disparurent au profit d'une rémunération selon les besoins. Parallèlement, s'instaura un mode de vie communautaire (crèches, repas communs et gratuits, maisons de retraite) destiné à stimuler la productivité. Les communes populaires furent un grave échec (désorganisation de l'économie par l'ampleur des changements imposés) entraînant la famine et la mort de millions de Chinois. Un « réajustement » s'imposa et priorité fut rendue à l'agriculture (1968). Voir Mao Zedong.

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