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CHOSE

CHOSE, n.f. (lat. causa). ♦ 1° Il n’y a pas de mot plus employé dans la langue courante. Il désigne d’une façon indéterminée tout ce qui peut être objet de pensée ou d’expérience, tout ce dont on parle. Le sens commun introduit généralement, dans l’idée de chose, la notion de réalité qui s’impose à l’esprit, et même de réalité matérielle. Il y ajoute la notion d’objet, dépourvu de vie propre et plus encore de spiritualité, et en ce sens il oppose la chose au vivant et à la personne. ♦ 2° En philosophie, la chose est ce qui a une existence indépendante, par opposition aux qualités qui sont toujours attribuées à un sujet. C’est, par exemple, une table, qui peut être ronde, ovale, carrée, en bois, en marbre ou en métal. Dans la philosophie d’Aristote, la chose ainsi conçue porte le nom de substance. La notion de réalité indépendante de l’esprit de l’homme est aussi apparente dans ces définitions de Descartes : « Je suis une chose qui pense », les corps sont « des choses étendues » et qui ne pensent pas. Dans la philosophie de Kant, la chose est ce qui existe indépendamment de la représentation dans l’esprit. Kant parlera, à ce sujet, de «chose en soi» ou de «noumène». Il la considère comme inconnaissable. Les idéalistes rejettent la chose en soi. Les phénoménologues entendent par chose l’objet de la pensée. « La conscience, dit Husserl, est toujours conscience de quelque chose. » Mais cette chose peut être l’en soi ou le phénomène. En retenant de la notion de chose celle de réalité indépendante de l’esprit, il ne faut pas l’alourdir de celle de réalité matérielle. Les philosophes ont critiqué avec raison la mentalité « chosiste ». Une substance, par exemple, n’est pas nécessairement un objet matériel qui se tient sous les apparences.

CHOSE 1. D’une façon générale, chose se dit de toute réalité sensible ou non (Descartes parle de «la chose pensante» pour l’âme et de «la chose étendue» pour le corps). 2. Mais le mot chose sert, plus particulièrement, à désigner la réalité sensible, statique et déterminée qui s’impose à la pensée (le monde des choses; une leçon de choses). La chose se distingue de l'objet qui désigne la réalité sensible saisie par l’esprit (une science porte sur des objets). Autrement dit les choses désignent le monde sur lequel on agit et qui résiste alors que les objets désignent le même monde quand on le connaît et le maîtrise. 3. On trouve chez Kant l’expression chose en soi ou noumène par laquelle il désigne ce qui existe indépendamment de l’esprit et de la connaissance qu’on en prend. Voir Soi (sens 2). CHOSE (n. f.) 1. — Désigne la réalité (res en latin : chose) en gén. ; cf. Descartes : « chose pensante » (âme), « chose étendue » (matière). 2. — Désigne la réalité, envisagée comme déterminée et statique, existant hors de la représentation ; en ce sens, Kant utilise l’expression « chose en soi ». 3. — (par extension) À partir du sens 2, désigne la réalité inanimée, hors de son rapport à la pensée (le monde des choses). Rem. : la chose se distingue de l’objet en ce que ce dernier est construit ; cela n’implique pas que la chose soit chose en soi ; ce qui est chose se constitue comme ce qui est maniable, ce qui est disponible ; autrement dit, l’objet se réfère à la pensée, la chose à l’action ; le monde des choses, c’est le monde qui se détermine dans la pratique, et y résiste ; à partir du sens 3, le réaliste confond volontiers la chose et l’objet (cf. Durkheim : « Il faut considérer les faits sociaux comme des choses »). 4. — Chosisme : attitude qui consiste à considérer la réalité comme une chose au sens 2.

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