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Charles Ier d'Anjou (1227-1285) ; comte de Provence, roi de Naples.

Charles Ier d'Anjou (1227-1285) ; comte de Provence, roi de Naples.

Frère cadet du roi Louis IX, doté par son père de l'Anjou et du Maine, C. épouse en 1246 Béatrix, comtesse de Provence et de Forcalquier. Lors de sa prise de possession de la Provence, il se heurte à l'opposition des nobles locaux et des villes d'Arles, Apt et Marseille. Il soumet rapidement les opposants ; Marseille, soulevée à quatre reprises, doit accepter des conditions de gouvernement qui lui font perdre toute indépendance politique (traité du 2 juin 1257). C. accepte alors le projet du pape Urbain IV qui vise à évincer du trône de Sicile et du duché de Naples la famille des empereurs allemands représentée par Manfred, prince de Tarente, qui revendique ses droits au royaume après la mort de son père Frédéric II en 1250. Arrivé à Rome en mai 1265, C. y est investi du titre de sénateur romain puis de roi de Sicile. Il collecte des fonds auprès des banquiers de Sienne et de Florence et réunit une armée franco-provençale. Le 26 février 1266 il écrase l'armée de Manfred près de Béné-vent ; Manfred lui-même meurt dans la bataille. Puis il remporte contre Conradin, fils du roi Conrad IV, une grande victoire à Tagliacozzo le 23 août 1268, et fait décapiter Conradin à Naples. Ainsi maître du royaume de Sicile, il complète l'éventail de ses possessions en épousant en novembre 1268 Marguerite de Bourgogne, qui lui apporte les comtés de Nevers et Tonnerre. C. choisit comme capitale la ville de Naples, et consolide les structures administratives adoptées par ses prédécesseurs normands et par Frédéric II, tout en procédant à des inféodations de terres au profit de Provençaux et de Français. C'est aussi avec eux qu'il gouverne, développant la fiscalité, encourageant le commerce et pratiquant une politique économique très dirigiste. Après avoir pris pied en Toscane et en Lombardie avec l'aide des villes ralliées au pape, il pose des jalons pour la domination de la Méditerranée orientale, grâce à une diplomatie habile. Il devient ainsi roi d'Albanie (1272), roi de Jérusalem (1277), marie son fils Philippe avec l'héritière de l'Achaïe Isabelle de Villehardouin, et sa fille Isabelle avec Ladislas, fils du roi de Hongrie Béla IV. Il tente même d'entrer en lutte directe avec le basileus, contre qui il prévoit une offensive militaire pour le début de l'année 1283. Mais une réaction anti-angevine multiforme l'empêche de réaliser ce projet. Une ligue gibeline (pro-impériale) se constitue dans le nord de l'Italie, soutenue par Pierre III d'Aragon, gendre de Manfred, par Alphonse de Castille et par Rodolphe de Habsbourg, couronné roi des Romains en 1273. Après la défaite de Roccavione (10 nov. 1275), C. voit son pouvoir se réduire en Piémont. Le massacre des Français à Palerme le 30 mars 1282 (« Vêpres siciliennes »), est le signal d'une révolte qui gagne toute la Sicile en un mois. Pierre III d'Aragon débarque en Calabre et ravage les côtes italiennes. Soutenue par le pape et par le roi de France Philippe III, l'armée angevine subit une défaite navale au large de Malte en juin, face à l'amiral aragonais Ruggero di Lauria, qui défait et capture Charles le Boiteux, fils héritier de C., le 5 juin 1284 dans le golfe de Naples. C. réunit alors une armée de 40 000 hommes dans les Pouilles, mais y meurt d'épuisement le 7 janvier 1285, laissant une situation critique pour l'avenir de la dynastie qu'il a fondée, dite des « Angevins de Naples ».

Bibliographie : É.G. Léonard, Les Angevins de Naples, 1954.

CHARLES Ier D'ANJOU ( 1226-Foggia, 1285). Comte d'Anjou, du Maine et de Provence (1246-1285), roi de Sicile puis de Naples (1266-1285). Dernier fils de Louis VIII et de Blanche de Castille, il accompagna son frère Louis IX (saint Louis) aux septième et huitième croisades. Le pape, souhaitant mettre fin à la domination des Hohenstaufen sur le royaume de Sicile, le chargea de le conquérir. Charles d'Anjou, à la tête de la ligue guelfe, fut vainqueur de Manfred de Bénévent, fils de Frédéric II et investi du royaume de Sicile. Il reprit contre Byzance la politique traditionnelle des souverains siciliens, rêvant de reconstituer l'Empire latin de Constantinople mais ne réussit qu'à acheter le titre de roi de Jérusalem (1277). Le régime oppressif imposé par les Français en Italie provoqua la révolte des Siciliens (Vêpres siciliennes, 1282) et l'intervention d'une armée aragonaise, l'île passant en quelques mois sous la domination de Pierre III d'Aragon, gendre de Manfred. Charles d'Anjou ne conserva que le royaume de Naples et ouvrit pour deux siècles une longue rivalité en Italie entre la maison d'Anjou et celle d'Aragon qui se solda par l'expulsion définitive des Angevins d'Italie (1442). Voir René Ier le Bon, Robert d'Anjou.

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