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CENT ANS (guerre de)

Conflit qui opposa la France et l'Angleterre de 1337 à 1453, mais entrecoupé de nombreuses trêves. • L'origine du conflit • Les premiers désastres français (1337/60) • De la paix de Brétigny au traité de Troyes (1360/1420) • Le redressement français et la fin de la guerre (1420/53) L'origine du conflit De 1154 à 1259, les nombreuses guerres qui ont opposé les Capétiens de France aux Plantagenêts d'Angleterre ont pu être appelées « la première guerre de Cent Ans » (v. LOUIS VII, PHILIPPE II AUGUSTE, et HENRI II D'ANGLETERRE). Le traité de Paris, conclu en 1259, entre le roi de France Louis IX et le roi d'Angleterre Henri III, reconnaissait aux souverains anglais la possession du duché de Guyenne, avec Bordeaux pour capitale, à la condition de prêter pour ces terres un hommage lige au roi de France : une situation vite insupportable pour des monarques puissants qui, l'un comme l'autre, voulaient constituer des royaumes territorialement unifiés. À ce casus belli permanent s'ajouta la possibilité, pour le roi d'Angleterre Édouard III (1327/77), de perturber la succession au trône de France. Petit-fils de Philippe le Bel et descendant de saint Louis par sa mère, Isabelle de France, Édouard III n'avait pourtant élevé aucune protestation à l'avènement au trône de Philippe VI de Valois (1328). Il lui avait prêté hommage simple (1329) et hommage lige (1331) pour le duché de Guyenne. Cependant, lorsque Philippe VI, à la suite d'une tension franco-britannique à propos des Flandres et de l'Écosse, eut procédé à la saisie du fief de Guyenne (mai 1337), le roi d'Angleterre fit connaître ses prétentions au trône de France. À trois reprises, la masculinité de la succession monarchique en France venait d'être affirmée : en 1316, à la mort de Jean Ier le Posthume ; en 1322, à la mort de Philippe V le Long ; en 1328, à la mort de Charles IV le Bel, tous deux morts sans descendants mâles. En 1328, Philippe VI fut reconnu roi par les pairs et les barons aux dépens de la fille de Charles IV. Contre Édouard III, les juristes français firent valoir qu'une femme ne pouvait transmettre les droits qu'elle n'avait pas, ressuscitant pour l'occasion la loi dite « salique » (qui aurait été celle des Francs Saliens). Au traité de Brétigny (1360), Édouard III renonça d'ailleurs aisément à sa prétention au trône de France, l'hommage aquitain étant supprimé en contrepartie. Et, au traité de Troyes (1420), ce ne fut pas comme successeur d'Édouard III mais comme mari de Catherine de Valois et gendre du roi de France Charles VI qu'Henri V vit reconnaître ses droits au trône de France. Les premiers désastres français (1337/60) La question successorale fut le terrain privilégié de l'affrontement théorique des juristes et des idéologues des deux camps, l'essentiel demeurant qu'Édouard III entendait demeurer maître de ses possessions continentales. Par ailleurs, les deux monarchies s'affrontaient aussi sur deux terrains concrets : les possessions des Plantagenêts en France et la Flandre. Vassal du roi de France et prince français avant tout, le comte de Flandre, Louis de Nevers, adopta dès 1337 une attitude antianglaise, à laquelle Édouard III riposta en mettant l'embargo sur les exportations de laine anglaise en Flandre. Atteints par la crise économique qui s'ensuivit immédiatement, les marchands drapiers flamands se soulevèrent contre leur comte, sous la conduite d'Artevelde. Pour maintenir la fiction de la vassalité, Artevelde poussa Édouard III à se proclamer roi de France, et les Flamands devinrent les alliés de l'Angleterre (1340). 000200000FC600000DEC FC0,La guerre commença par la destruction de la flotte française en Flandre, dans le port de l'Écluse (24 juin 1340). Sur terre également, l'avantage devait appartenir à l'Angleterre : son armée nationale, comprenant notamment un corps d'archers armés de l'arc long (long bow), était plus mobile et plus efficace que l'armée française, composée essentiellement d'une cavalerie lourdement cuirassée, levée selon le cadre des institutions féodales. Débarqué dans le Cotentin en juill. 1346, Édouard III remonta vers la Picardie, pour faire sa jonction avec les Flamands. Philippe VI de Valois, qui disposait de troupes deux fois supérieures en nombre, fut écrasé à Crécy (26 août 1346). Après un an de siège, les Anglais purent s'emparer du port de Calais (août 1347), s'assurant ainsi pour toute la durée de la guerre la maîtrise de la Manche. Vainqueurs également des alliés de la France - David II Bruce d'Écosse et Charles de Blois, prétendant au duché de Bretagne -, les Anglais consentirent à une trêve (1347), que l'épidémie de la peste noire fit prolonger jusqu'en 1355. Alors que le nouveau roi de France, Jean II le Bon, se trouvait aux prises avec Charles le Mauvais, roi de Navarre, l'Angleterre prit l'initiative de nouvelles hostilités. Le Prince Noir, fils d'Édouard III, débarqua en sept. 1355 à Bordeaux, ravagea le Languedoc, puis remonta vers la Loire au terme de la plus connue et de la plus dévastatrice des chevauchées. Près de Poitiers (19 sept. 1356), il infligea un nouveau désastre à la chevalerie française et fit prisonnier Jean le Bon, qui fut emmené en Angleterre. Cette défaite fut suivie d'une très grave crise politique et sociale. Le dauphin (futur Charles V) dut faire face à l'opposition des états généraux, qui refusaient tout subside et, sous l'impulsion du prévôt des marchands parisiens, Étienne Marcel (v.), imposèrent un plan de réformes (Grande Ordonnance de 1357). Tandis que les paysans, ruinés par les bandes armées, se révoltaient en Beauvaisis, en Champagne et en Picardie (v. JACQUERIE) (mai 1358), Étienne Marcel, maître de Paris, tentait, par l'émeute du 22 févr. 1358, d'intimider le dauphin. Celui-ci réussit cependant à s'enfuir et bloqua la capitale. Étienne Marcel, qui songeait à appeler les Anglais à son aide, fut massacré par les Parisiens (31 juill. 1358). Rentré dans Paris, le dauphin put restaurer son autorité, en s'appuyant sur le sentiment de fidélité dynastique. Une nouvelle expédition d'Édouard III, en 1359, n'obtint aucun résultat. Les deux adversaires, également épuisés, signèrent l'accord de Brétigny (8 mai 1360), confirmé par les traités de Calais. Le sud-ouest de la France passait au roi d'Angleterre en toute souveraineté, ainsi que Calais. Jean le Bon, pour sa liberté, devait verser une rançon de 3 millions d'écus d'or. N'ayant pu s'en acquitter, il revint se constituer prisonnier en Angleterre, où il mourut en 1364. En échange, Édouard renonçait à ses prétentions sur la couronne de France. De la paix de Brétigny au traité de Troyes (1360/1420) Charles V réforma l'administration et rétablit les finances en améliorant la fiscalité ; il fut servi par Du Guesclin, qui élimina Charles le Mauvais, roi de Navarre, qui intriguait pour arriver au trône (bataille de Cocherel, 16 mai 1364) et débarrassa le pays des Grandes Compagnies en les emmenant en Espagne. L'armée fut réorganisée et placée sous le commandement d'officiers nommés par le roi. On développa l'artillerie, qui avait fait sa première apparition à Crécy. En continuant à se comporter en suzerain de la Guyenne, Charles V provoqua la reprise de la guerre, en 1369. Nommé connétable, Du Guesclin écrasa une armée anglaise à Pontvallain, près du Mans (déc. 1370). Le Rouergue, le Quercy, le Poitou, la Saintonge furent réoccupés. Une flotte castillane, alliée de la France, battit les Anglais au large de La Rochelle (1372). En 1380, l'Angleterre, qui venait de perdre successivement le Prince Noir et le père de celui-ci, Édouard III, ne possédait plus en France que la Guyenne et Calais. 00020000107800001DAC 1071,La guerre s'interrompit pratiquement pendant trente-cinq ans, les deux belligérants étant en proie à des troubles intérieurs. En Angleterre (v. ANGLETERRE. Les Plantagenêts et le duel franco-anglais), ce furent la révolte de Wat Tyler (1381), l'agitation provoquée par les doctrines de Wyclif et par les lollards, les luttes de Richard II contre les barons, etc. En France, ce furent la minorité de Charles VI marquée par la révolte des maillotins (1382) et par l'insurrection des villes flamandes (bataille de Rozebeke, 1382), puis le début de la folie du roi (1392) et la rivalité de ses proches, Louis d'Orléans et Jean sans Peur, duc de Bourgogne. Après l'assassinat du duc d'Orléans (nov. 1407), la France se trouva livrée à une guerre civile entre Armagnacs (v.) et Bourguignons (v.). Le jeune roi d'Angleterre Henri V (1413/22), prince plein d'ambition et grand chef de guerre, mit à profit les difficultés du royaume de France. Il débarqua près de l'estuaire de la Seine en août 1415. À Azincourt, en Picardie, il fit subir à la noblesse française une défaite irréparable (25 oct. 1415). La reprise de la guerre civile en France aboutit au meurtre du duc de Bourgogne, Jean sans Peur (sept. 1419). Ce meurtre eut pour résultat de jeter les Bourguignons dans l'alliance anglaise. Soumis à l'influence des Bourguignons et de son épouse, Isabeau de Bavière, Charles VI, par le traité de Troyes (21 mai 1420), n'hésita pas à renier et à déshériter son fils, le dauphin Charles (futur Charles VII), à prendre pour gendre Henri V d'Angleterre et à le reconnaître comme régent du royaume et héritier au trône. Le redressement français et la fin de la guerre (1420/53) À la suite des décès consécutifs d'Henri V et de Charles VI (1422), Henri VI, encore enfant, fut couronné roi de France et d'Angleterre, sous la régence de son oncle, le duc de Bedford. Réduit à se retirer derrière la Loire, Charles VII avait contre lui Paris, l'Université, le parlement et les régions soumises au duc de Bourgogne. Il n'était plus que le « roi de Bourges ». Mais l'alliance anglo-bourguignonne était fragile - nombre de Bourguignons ayant refusé de reconnaître le traité de Troyes -, et les souffrances de la guerre provoquaient dans le peuple une réaction d'hostilité envers les Anglais. Jeanne d'Arc fut le symbole de ce légitimisme populaire. Venue de Lorraine, elle délivra Orléans assiégée (8 mai 1429), et, obéissant à une intuition où se conjuguaient le mysticisme et le réalisme politique, elle déjoua tous les obstacles pour faire sacrer Charles VII à Reims (juill. 1429). Ce fut le tournant décisif de la guerre, car la légitimité du roi ne pouvait plus désormais être contestée. La mort de Jeanne d'Arc (30 mai 1431) n'empêcha pas le retournement des esprits en faveur de Charles VII. La paix d'Arras (20 sept. 1435) réconcilia les Bourguignons avec le roi et mit un terme aux guerres civiles. L'armée royale conduite par le connétable Arthur de Richemont entra dans Paris en 1436. La trêve conclue avec les Anglais en 1444 laissa à ces derniers le Bordelais, le Maine, la plus grande partie de la Normandie et Calais ; elle fut confirmée par le mariage (1445) d'Henri VI d'Angleterre avec Marguerite d'Anjou, nièce du roi de France. Charles VII profita de la paix pour constituer le noyau d'une armée permanente par la création des compagnies d'ordonnance (1445) et des francs archers (1448). Il put ainsi rompre la trêve, reconquit la Normandie et sa capitale, Rouen (20 nov. 1449), vainquit une armée anglaise envoyée en renfort à Formigny (15 avr. 1450), tandis qu'en Guyenne, après la prise de Bergerac (1450), Bordeaux et Bayonne tombaient aux mains des Français (1451). L'année suivante, les Anglais, commandés par Talbot, firent un retour offensif et furent accueillis avec enthousiasme par les Bordelais, mais ils furent battus à Castillon (17 juill. 1453), et, quelques semaines plus tard, Bordeaux fut annexée, cette fois définitivement, à la France. Les Anglais avaient perdu toutes leurs possessions en France, à l'exception de Calais, qu'ils détinrent jusqu'en 1558. Aucun traité ne mit fin à la guerre et, jusqu'en 1801, les rois d'Angleterre portèrent officiellement le titre de roi de France. 00020000013600002E1D 130,La guerre de Cent Ans fut une étape décisive dans la formation nationale de la France et de l'Angleterre. Elle fit prévaloir la différence des peuples sur la communauté de culture et de mentalité qui, jusqu'alors, avaient rapproché, dans les liens complexes de la vassalité, les dirigeants des deux pays.



FORMIGNY (Bataille de, 1450). Victoire remportée par le connétable de Richemont à Formigny (Calvados), à la fin de la guerre de Cent Ans. Elle permit à la France de rentrer en possession de la Normandie.

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