CELTES
Le mot « Celtes » désigne un ensemble de peuples de l'Europe continentale ancienne, que l'on identifie par leurs parlers, les langues celtiques, qui constituent elles-mêmes un rameau des langues indo-européennes. Le problème des sources L'apparition des Celtes Le temps des conquêtes Face à Rome
Le problème des sources
Les Celtes ont quasiment ignoré l'usage de l'écriture ; ils ne l'ont employée que rarement en recourant aux alphabets de leurs voisins grecs, ibères et romains. Toute leur littérature épique et religieuse s'est transmise oralement, et ce sont les Celtes du pays de Galles et de l'Irlande, devenus chrétiens, qui l'ont mise tardivement par écrit à partir du VIIe s. apr. J.-C. Les premiers, les Grecs ont parlé des Keltoï, que les Latins ont désigné du nom de Galli. Mais les informations qu'ils nous ont laissées sur les Celtes sont lacunaires et généralement partiales. L'extraordinaire développement des résultats de l'archéologie contemporaine a renouvelé totalement notre connaissance du monde celtique.
L'apparition des Celtes
On a longtemps pensé que le peuplement celte de l'Europe s'était fait à partir d'un noyau constitué en Allemagne du Sud et en Bohême, au IIe mill. av. J.-C. ; par vagues successives, les Celtes auraient ensuite conquis l'Europe centrale et occidentale. Ce schéma « invasioniste » est aujourd'hui abandonné ; on estime, en effet, que les Celtes, issus des grandes plaines de l'Europe de l'Est, ont abordé l'Europe centrale et occidentale dès le IVe mill. av. J.-C. Repérables à leurs parlers, notamment par les noms de lieux et de personnes, ils ont constitué un peuplement disséminé sur d'énormes espaces, complété par l'arrivée continuelle de petits groupes humains. Au Ier mill. av. J.-C., ils ont ainsi contribué à répandre la métallurgie du fer en Europe. La première civilisation celtique de l'époque historique est celle de Hallstatt. Du VIIIe au Ve s. av. J.-C., elle s'est étendue du cours supérieur du Danube à la Bourgogne ; cette époque fut marquée par l'existence de principautés guerrières aux riches sépultures sous tumulus ; celle de la « Dame » de Vix, en Côte-d'Or, en porte témoignage. À partir de 475 av. J.-C. s'est affirmée la civilisation de La Tène qui allait durer jusqu'à la conquête romaine. L'accroissement de la population, les progrès techniques, l'épanouissement des formes artistiques en partie inspirées du monde gréco-étrusque ont fait de l'époque laténienne l'apogée du monde celtique. Le temps des conquêtes À la fin du Ve s. av. J.-C., de la Gaule centrale et de l'Allemagne du Sud, des peuples celtes sont partis vers l'Italie du Nord où d'autres Celtes étaient installés depuis plusieurs siècles. Ils ont occupé la plaine du Pô jusqu'à l'Apennin, et certains lancèrent un raid sur Rome qu'ils ont pillée et détruite vers 390 av. J.-C. D'autres, partis d'Allemagne, de Bohême et du Plateau suisse ont occupé, en trois ou quatre générations, les plaines d'Europe centrale jusqu'aux Carpates. En 280 av. J.-C., une armée traversa les Balkans pour envahir la Grèce où ils pillèrent le sanctuaire de Delphes en 279. Une partie des survivants de cette « grande expédition » passa le Bosphore et s'installa en Anatolie où ils ont fondé l'État fédéral des Galates.
Dans l'immense territoire gagné par les Celtes, chaque peuple conservait son autonomie et sa capacité de mouvement. Les Volques, par exemple, qui ont pillé Delphes, ont émigré d'Europe centrale jusqu'au Languedoc. D'autres migrants venus d'Allemagne et du bassin du Danube ont occupé le Bassin parisien. De tous ces peuples belliqueux qui cherchaient la gloire dans les expéditions et les razzias, et qui considéraient la mort au combat comme la voie de l'immortalité, sont partis sans cesse des contingents de mercenaires vers les armées grecques ou carthaginoises.
Face à Rome
Au IIe et au Ier s. av. J.-C., le monde celtique a connu une remarquable prospérité et son organisation sociale et politique s'est modernisée ; c'est pourtant le moment où il a cédé à l'irrésistible conquête romaine. Ce fut le temps des oppida, des villes fortifiées à l'enceinte souvent démesurée pour une population de quelques milliers d'habitants. Lieu d'échanges et de productions artisanales, résidence des aristocrates aux vastes demeures, centre religieux et politique, l'oppidum, fut aussi un centre administratif et politique pour les campagnes d'alentour. Cette époque a connu le dernier éclat de la civilisation matérielle celtique : la qualité et l'abondance de sa production agricole ont permis d'entretenir une population nombreuse (peut-être dix millions d'habitants pour la Gaule Celtique), et potiers et métallurgistes celtes ont livré des objets d'une très haute qualité. La Gaule que décrit César dans ses Commentaires appartenait à ce monde nouveau : le pouvoir exercé depuis l'oppidum était aux mains des familles nobles qu'entouraient des guerriers liés à leurs chefs par un engagement personnel. Les druides aux fonctions multiples, prêtres, juristes, bardes et devins, sont sortis de cette même aristocratie, confirmant la toute-puissance de la noblesse sur la société hiérarchisée des peuples celtes.
Maîtresse de la péninsule italienne, victorieuse de Carthage à la fin du IIIe s. av. J.-C., Rome allait conquérir progressivement les territoires celtiques : l'Italie du Nord (191), le sud de la Gaule qui forma la Provincia, du Languedoc aux Alpes et de la Méditerranée au site de Lyon (121), la Gaule Celtique des Pyrénées au Rhin, conquise par J. César de 58 à 51, toutes les terres celtiques au sud du Danube (16 av. J.-C.) et enfin au Ier s. apr. J.-C., la plus grande partie de la (Grande-) Bretagne. À l'est du Rhin et jusqu'en Bohême, les peuples celtes vaincus se sont fondus dans les peuples germaniques.
Seul l'Extrême-Occident constitua un conservatoire des derniers peuples celtes indépendants, dans le pays de Galles, la Cornouailles, l'Écosse, l'Irlande et l'Armorique (la Bretagne française d'aujourd'hui). Les parlers celtiques s'y sont maintenus ainsi que les traditions religieuses et littéraires, transmises oralement, jusqu'à la conversion de ces terres au christianisme, à partir du Ve s. apr. J.-C. Une partie de ces traditions ont été alors préservées grâce à leur rédaction dans les scriptoria des monastères au cours des siècles suivants.
CELTES. Nom donné à un groupe de peuples indo-européens. Originaires d'Europe centrale (entre le Rhin et le Danube), ils dominèrent à la fin du Ier millénaire av. J.-C. presque toute l'Europe de l'Ouest et une partie de l'Asie Mineure. Ce fut entre le vie et le Ier siècle av. J.-C. que les Celtes connurent leur plus grande expansion : ils dominèrent la (Grande) Bretagne, la Gaule, l'Espagne, l'Italie du Nord (ils s'emparèrent brièvement de Rome en 390 av. J.-C.), les Balkans et l'Asie Mineure. C'est aussi à la même époque que se situa l'apogée de leur civilisation assez mal connue car ils ignoraient l'écriture. Agriculteurs, les Celtes furent surtout réputés pour leur travail du métal : fer (qu'ils savaient fabriquer dès le IXe siècle av. J.-C.), bronze et or. Leurs produits (chaudronnerie, poterie) circulaient à travers tout l'Occident grâce à un réseau de routes que Rome n'eut qu'à améliorer en l'empierrant. Unis seulement par la langue et la religion, les Celtes ne formèrent jamais d'États. Ils restèrent divisés en une multitude de tribus ou de petits royaumes indépendants souvent rivaux. Leur société était divisée en trois catégories : le peuple (formé pour l'essentiel de paysans), la noblesse guerrière et les druides. Ils rendaient un culte aux forces de la nature et à de nombreux dieux régionaux. Les Celtes furent soumis aux Romains aux IIe et Ier siècles av. J.-C. et leur civilisation ne subsista qu'en Armorique (Bretagne) et à l'ouest des îles Britanniques (Cornouailles, Pays de Galles et Irlande). Mais elle survécut au Moyen Âge à travers les récits légendaires des bardes (poètes celtiques) et subsiste encore aujourd'hui dans certaines coutumes bretonnes et irlandaises. Voir Capitole, Celtique (Gaule), Fer (Âge du), Gaule, Marseille, Voies romaines.