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CANTILLON Richard de

CANTILLON Richard de. Économiste irlandais. Né en Irlande vers 1680, il périt assassiné par un de ses domestiques, à Londres, en 1734. Cantillon se rendit à Paris et entra en rapport avec Law qui cherchait à appliquer son système financier (1716-1720). Il sut acheter au bon moment beaucoup d'actions émises par le banquier écossais, puis, lorsque celles-ci eurent augmenté, il les revendit, réalisant une discrète fortune. Actif et très habile dans toutes les branches de l'économie, sa banque avait partout des filiales en Europe, et il se livra avec succès au commerce des vins et de la soie. Observateur attentif, il voyagea jusqu'en Chine et au Brésil. En 1755, parut son Essai sur la nature du commerce en général, ouvrage qui exerça une grande influence sur les physiocrates français, notamment sur l'Ami des hommes de Mirabeau l'économiste, disciple de Quesnay. A partir de 1775, la pensée de Cantillon connut une grande vogue, et Jevons, vers la fin du XIXe siècle, devait voir en lui l'initiateur de l'économie politique en tant que science.

Cantillon, Richard (Dublin 1697-Londres 1734) ; un des plus grands économistes et démographes du XVIIIe siècle.

D’une famille de noblesse irlandaise apparentée aux plus grandes maisons du Royaume-Uni, C. naît à Dublin en 1697. On le retrouve à Paris en 1716 : il travaille alors dans une maison bancaire que dirige un de ses oncles, le chevalier Richard Cantillon. Après un bref voyage en Italie, il revient à Paris en février 1720, pour y former une société en commandite avec un ancien banquier londonien, John Hugues. Le système de Law est alors à son zénith, et C. tire de ses spéculations sur les actions de la Compagnie du Mississippi d’importants profits : vingt millions de livres tournois, si l’on en croit une enquête faite après la déconfiture de Law. Poursuivi par les clients de sa banque, qui lui intentent plusieurs procès, C. quitte Paris pour Amsterdam, puis pour Londres, où il meurt, en 1734, dans un incendie vraisemblablement criminel. On ne sait pas grand-chose des conditions dans lesquelles il écrit son Essai sur la nature du commerce en général qui parut en français en 1755, vingt et un ans après sa mort. Vraisemblablement, comme le pensait le marquis de Mirabeau, C. l’écrit d’abord en anglais, et traduit lui-même son œuvre dans la forme où elle paraît pour la première fois. Cette œuvre fut fréquemment utilisée, sans être citée, par les économistes du siècle de Louis XV et de Louis XVI. Le nom de C. ne sortit de l’oubli qu’à la fin du XIXe siècle. Economistes et historiens d’aujourd’hui lui ont restitué toute son importance. Avant Quesnay et les physiocrates, avant Ricardo bien sûr, C. a décelé l’importance et la nature de la notion de valeur. Distincte du prix du marché, la « valeur intrinsèque d’une chose est la mesure de la quantité de terre et du travail qui entre dans la production, eu égard à la bonté du produit de la terre et à la qualité du travail ». Le coût de production d’une marchandise devient donc l’élément essentiel de cette valeur intrinsèque, qu’il appelle parfois valeur réelle. Sans doute, souligne C., la loi de l’offre et la demande fait que souvent la valeur de marché - ce que nous nommons le prix -s’écarte de cette valeur réelle, mais elle tend néanmoins à s’aligner sur elle. La monnaie métallique elle-même, comme toute autre marchandise, a une valeur intrinsèque, « proportionnée à la terre et au travail nécessaires à sa production ». La terre fait de la propriété foncière la base de toute société. Elle détermine non seulement la production, mais la nature et le volume de la consommation, à laquelle C. attache, d’une façon très moderne, une importance capitale. « Qu’on examine les moyens dont un habitant subsiste, on trouvera toujours en remontant à leur source, qu’ils sortent du fonds du propriétaire.» Démographe autant qu’économiste, C. s’attaque aux problèmes de niveau de vie, d’émigration, de nuptialité, de demande et d’offre de travail en joignant perpétuellement l’analyse économique et l’étude de la population. Avant Marx, il attribue au travail humain une valeur intrinsèque liée à son coût de production et d’entretien, qui varie selon les lieux et les époques. S’il n’est peut-être pas « le plus grand économiste de tous les temps » (Alfred Sauvy), C. est, à coup sûr, le père de l’économie politique classique. Bibliographie : B. Nogaro, Un grand précurseur : Richard Cantillon, 1946.

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