Databac

BUBER Martin

BUBER Martin. Philosophe et écrivain israélien, d'origine autrichienne. Né le 8 février 1878 à Vienne, mort le 13 juin 1965 à Jérusalem. Cette existence est placée sous le signe de l'ambivalence germanique et juive. Issu d'une famille de lettrés — son grand-père, Salomon Buber, fut un grand savant talmudiste — il passe sa jeunesse à Lemberg. Il fait ses études supérieures dans les Universités de Vienne, Berlin et Leipzig. Sioniste convaincu, il assure la rédaction de différentes revues acquises à ce mouvement : Die Welt (à Vienne, en 1901), Der Jude (à Berlin, de 1916 à 1924), Die Kreatur (de 1926 à 1930, en collaboration avec V. v. Weizsâcker et J. Wittig). Professeur de sciences et d'histoire des religions à l'Univer-sité de Francfort de 1924 à 1933, il est contraint de s'expatrier à l'avènement du nazisme. A partir de 1938, il occupe une chaire à l'Université de Jérusalem. Toute la vie, toute l'oeuvre de Martin Buber sont dominées par la cause du sio-nisme. Il est en ce sens l'initiateur, avec Franz Rosenzweig, de la philosophie juive moderne, qui rompt avec la tradition libérale et réformiste encore incarnée, à l'aube du XXe siècle, par Hermann Cohen, par exemple. Martin Buber servit d'abord le sionisme en recueillant et en traduisant les récits, légendes et chroniques, transmis souvent par la tradition orale, qui entouraient les maîtres du hassidisme et leurs disciples. Cette mystique populaire, qui prend ses racines à l'époque biblique, fleurit au Moyen Age en Rhenanie et connaît une ampleur particulière au XVIIIe siècle parmi les populations juives de Galicie : Les Récits du rabbi Nachmann [ 1906], La Légende du Baal-Schem [1907], Les Livres hassidiques [1928], réédités et augmentés en 1950 sous le titre Les Récits hassidiques. Il ne s'agit pas seulement de constituer un florilège, de sauver un patrimoine en péril. Martin Buber débarrasse le hassidisme de ses fantaisies folkloriques et l'érige en doctrine : Confessions extatiques [ 1909], Mon chemin vers le hassidisme [1918], Je et Tu (1923), Le Message du hassidisme [1952], etc. Le hassidisme comme le comprend M. Buber devient une sorte de philosophie existentialiste moderne, dont le principe suprême est que la rédemption est oeuvre humaine. Le thème fondamental de la pensée bubérienne est la Relation, le Face à Face, la Rencontre (symbolisée par le privilège de Moïse de voir la face de Dieu). Par cette « situation religieuse » (radicalement différente de l'aspiration à la « fusion » de la mystique traditionnelle »), le sujet participe au devenir divin. L'homme répond en quelque sorte pour le divin. Quand il prend exceptionnellement la plume du romancier, avec Gog et Magog (1949), M. Buber illustre cette « mystique humaniste » : il y décrit les communautés hassidiques contemporaines des guerres napoléoniennes à travers les deux principaux Tsaddikim, le Voyant de Lublin, et le Saint Juif, dit le Juif, Yehoud : tandis que le premier consent à la compromission avec le mal dans la lutte pour l'avènement du « Messie » et ne craint pas le recours aux pratiques magiques, le second fait au contraire de la pureté la meilleure arme dansla construction de l'ère messianique, étant entendu que l'ère messianique n'est pas la descente du divin dans le monde, mais la transformation de ce monde par l'action morale des hommes. Autrement dit : l'absolu est à construire en ce monde. Sionisme et hassidisme s'articulent ici : la politique, chez M. Buber, est la conséquence directe de cet appel à la responsabilité divine qu'il adresse aux hommes. Les Chemins de l'Utopie [1950] font du socialisme israélien le modèle de la communauté vraie, de la sociabilité véritable. L'oeuvre d'anthologiste et de philosophe de Martin Buber se complète par une réflexion sur le texte biblique : traduction de l'Ancien Testament en collaboration avec F. Rosenzweig, et surtout son livre sur Moïse (1946) qui reflète une conception originale du texte sacré, supposant un véritable travail philologique : M. Buber tient pour inexacte l'opinion communément admise selon laquelle le texte biblique proviendrait en majeure partie de la fusion de sources différentes (Yaviste, Elohiste, etc.). Il soutient au contraire, au sujet de la pluspart des récits bibliques, qu'il y a eu une élaboration de la tradition qui, au cours des générations, a subi de multiples remaniements; il appartient ainsi à l'exégète de distinguer les éléments anciens et les éléments tardifs pour remonter aussi loin que possible de la tradition remaniée à la tradition orale dont elle est issue. ? Acculée dans ses retranchements ultimes, la pensée de Buber n 'est, enfin de compte, pas très éloignée de celle des rationalistes juifs du XIXe siècle. Après un détour assez long, qui l'a fait se tremper dans les nervures nouvelles du sionisme et la philosophie de l'existence, la pensée juive se retrouve, avec Buber, au niveau de l'humanisme optimiste et universel du XXe siècle. » André Neher. ? « Toute la philosophie de Buber est peut-être moins une réflexion sur l'apostrophe lancée à l'homme par Dieu, qu'un appel du philosophe adressé aux hommes pour qu'ensemble ils abolissent l'exil, et s'aperçoivent que les Portes de la Demeure sont grandes ouvertes. » Robert Misrahi.

Liens utiles