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Bratianu, Ion, dit lonel (Florica 1864-Bucarest 1927)

Bratianu, Ion, dit lonel (Florica 1864-Bucarest 1927) ; homme politique roumain. Fils aîné de Ion Bratianu, B. est le créateur de la Grande Roumanie. Comme son père, il fait ses études en France ; il est ingénieur de l'École polytechnique. Il devient à l'âge de 33 ans ministre des Travaux publics, président du Conseil pour la première fois en 1908 et est élu chef du parti national libéral en 1909. Adversaire des conservateurs proallemands, il obtient, lors du mémorable Conseil de la couronne du 3 août 1914, la neutralité de son pays malgré l'avis contraire du vieux roi Charles Ier (Carol Ier) et en dépit des conditions du traité existant avec les puissances centrales. Poursuivant l'objectif tant national que politique des libéraux de reconstituer la « Grande Roumanie » en réintégrant tous les territoires habités par l'ethnie roumaine (Bessarabie, Buco-vine et surtout Transylvanie) mais conscient de l'opposition qui en résulterait avec la monarchie danubienne, B. réclame par la suite l'entrée en guerre de la Roumanie aux côtés des Alliés. En août 1916, B. conclut une convention avec la Russie, la France, la Grande-Bretagne et l'Italie qui reconnaît les revendications roumaines sur les territoires en question et, immédiatement après, la Roumanie pénètre en Transylvanie. Le pays est alors vaincu par les Allemands, presque totalement occupé, et doit signer un traité de paix désastreux en 1918. Un gouvernement germanophile prend le pouvoir et fait comparaître B. devant la justice. Mais la défaite des Empires centraux rend inopérant le traité de Bucarest et permet à la Roumanie d'annexer la Bucovine et la Transylvanie. Lors de la conférence de la Paix à Paris, la Roumanie appartient donc au cercle des puissances victorieuses. Afin de protester contre les décisions prises à Paris concernant le tracé des frontières, lequel diffère légèrement de l'accord conclu en 1916, le fougueux Premier ministre organise devant les représentants alliés Une mise en scène spectaculaire en prélude à sa démission. Cependant, la Grande Roumanie est créée, dépassant les rêves les plus audacieux de tous les irrédentistes roumains. Il s'agit de l'œuvre politique de B. Les élections législatives de 1919 entraînent un regroupement conséquent des forces politiques en raison de la nouvelle loi électorale : soutenus par une mince couche de la bourgeoisie des affaires de la capitale roumaine et aussi par l'ancienne classe aristocratique des boyards, les libéraux prennent la place des conservateurs écartés du pouvoir ; mais deux nouveaux partis représentant la population paysanne font leur apparition et fusionnent en 1926 en un parti national paysan (tzara-nistes). Malgré l'opposition croissante des partis de masses, B. demeure à la tête d'un gouvernement libéral de 1922 à 1926, car il a la faveur du roi Ferdinand. Il est vrai que les élections sont parfois manipulées sans vergogne pour permettre au camp libéral de se maintenir au pouvoir. En politique extérieure, B. situe la Roumanie dans le cadre du système diplomatique français ; c'est pourquoi il se lie à la Pologne et à la Petite Entente à partir de 1920. Sur le plan intérieur, il conduit une politique visant à une forte centralisation (Constitution égalitaire de 1923), ce qui correspond du reste à la structure de son propre parti. Par ailleurs, il cherche à industrialiser rapidement le pays. La mort de B. quelques mois seulement après celle de son protecteur, le roi Ferdinand, clôt une période riche en succès nationaux et marquée par sa personnalité.

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