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BOREL Pétrus

BOREL Pétrus (Joseph-Pierre Borel d'Hauterive, dit le Lycanthrope). Né à Lyon le 30 juin 1809, mort à Mostaganem (Algérie) le 14 juillet 1859. Fils d'un émigré qui avait perdu toute sa fortune, il dut, au sortir du collège, apprendre le métier d'architecte pour obéir à sa famille. Peu satisfait de son état, il fit de nécessité vertu, et se mit en tête d'imposer un style nouveau (témoin les plans qu'il dressa pour le cirque du boulevard du Temple). Ses innovations lui ayant valu plus d'un procès, il abandonna la partie pour aller cultiver la peinture chez Eugène Devéria. S'étant, là encore, rendu compte qu'il faisait fausse route, il se lança dans le journalisme à la veille de la révolution de 1830. On sait qu'il fut républicain, mais ce fut surtout, comme il dit, « faute de pouvoir être caraïbe ». Mystificateur plein de truculence, au point de s'affubler du surnom de Lycanthrope, il versifiait sans relâche, tout en crevant de faim. Ayant l'horreur des bourgeois, il aimait les scandaliser par les pires excentricités. Son talent de poète aidant, il fut admis dans le cénacle du romantisme intégral dont faisaient partie Théophile Gautier, Gérard de Nerval, Bouchardy et quelques autres — en bref le bataillon sacré de la première d'Hernani. En 1832, il publiait un recueil de vers des plus curieux intitulé Rhapsodies auquel devait l'année suivante (1833) succéder un recueil de contes plein de virulence : Champavert, Contes immoraux. En 1839 parut Madame Putiphar, œuvre traversée d'un grand souffle révolutionnaire. Bien qu'il fût très laborieux, il avait beaucoup de peine à gagner sa vie. De guerre lasse, en 1846, il laissa Gautier solliciter pour lui quelque poste en Algérie. Il devint ainsi inspecteur de la colonisation à Mostaganem. Destitué en 48, sous un prétexte assez obscur, il fut rétabli dans son poste, le 20 octobre 1851, et, un peu plus tard, nommé maire de Blad-Touaria, près d'Aboukir. Il se révèle excellent administrateur mais n'hésite pas à employer tant les deniers publics que les siens propres pour sauver ses administrés de la faim et les préserver des fièvres. Ayant dénoncé son supérieur hiérarchique pour malversations, il se voit lui-même révoqué définitivement le 27 août 1855, sous prétexte qu'il n'apportait point, dans l'exercice de ses fonctions toute la gravité désirable. Dès lors. Borel retomba dans la plus profonde indigence. Faute de mieux, il se mit à labourer la terre. On sait qu'il devait mourir frappé d'insolation. Il nous faut rappeler enfin que Pétrus Borel est l'auteur d'une admirable traduction de Robinson Crusoë (1836). Dans le domaine de la création pure, Pétrus Borel est tenu en haute estime par l'école surréaliste. ROLAND PURNAL. ? « J'avoue sincèrement, quand même j'y sentirais un ridicule, que j'ai toujours eu quelque sympathie pour ce malheureux écrivain dont le génie manqué, plein d'ambition et de maladresse, n'a su produire que des ébauches minutieuses, des éclairs orageux, des figures dont quelque chose de trop bizarre... altère la naïve grandeur. » Ch. Baudelaire. ? « La Lycanthropie de Pétrus Borel n'est pas une attitude d'esthète, elle a des racines profondes dans le comportement social du poète... [qui] prend conscience de son infériorité dans le rang social et de sa supériorité dans l'ordre moral. » Tristan Tzara. ? « Le style de l'écrivain, auquel s'applique comme à aucun autre l'épithète « frénétique » et son orthographe attentivement baroque, semblent bien tendre à provoquer chez le lecteur une résistance relative à l'égard de l'émotion même qu'on veut lui faire éprouver, résistance basée sur l'extrême singularisation de L forme et faute de laquelle le message par trop alarmant de l'auteur cesserait d'être perçu. » A. Breton.

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