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BONALD Louis Gabriel Ambroise, vicomte de

BONALD Louis Gabriel Ambroise, vicomte de. Publiciste et philosophe français. Né et mort au château de Monna, près de Millau (2 octobre 1754-23 novembre 1840). Élevé par sa mère dans la foi catholique la plus stricte, il fit sa rhétorique et sa philosophie chez les oratoriens, puis s'engagea dans le corps de Mousquetaires, au nombre desquels il resta jusqu'en 1776. Au moment de la Révolution, il était maire de sa ville natale. Mais bientôt il dut émigrer, et se fixa à Heidelberg où il composa, contre l'Esprit des lois et le Contrat social, son premier ouvrage : Théorie du pouvoir politique et religieux dans la société civile, démontrée par le raisonnement et par l'histoire. Rentré en France, où ses biens avaient été vendus, il fut inquiété après le 18 fructidor, et pendant deux ans il dut se cacher dans Paris. Ce fut alors qu'il écrivit Du divorce considéré au XIXe siècle relativement à l'état domestique et à l'état public de la société, condamnation du divorce; l'Essai analytique sur les lois naturelles de l'ordre social et la Législation primitive considérée dans les derniers temps par les seules lumières de la raison (1802). Tous ces livres réagissent contre le rationalisme du siècle précédent et contre l'esprit révolutionnaire, aidant ainsi à la formation du mouvement traditionaliste qu'illustrèrent également Joseph de Maistre, et, un peu plus tard, Lamennais. Bonald nie le prétendu état de nature, l'origine terrestre du pouvoir, le contrat social tel qu'il a été imaginé par Rousseau, et il prône l'unité d'un pouvoir absolu fondé sur la religion. C'est l'hérésie protestante qu'il découvre à l'origine de tous les errements du siècle précédent. Le fondement philosophique de cette pensée sociale est exprimé plus parti culièrement dans les Recherches philosophiques (1818). Le fait primitif sur lequel notre pensée peut s'appuyer, c'est le don du langage au premier homme. Le langage ne peut être d'invention humaine, ce qui prouve a la fois l'existence de Dieu, auteur du langage, et la nécessité de la société humaine, qui conserve le langage et perpétue ainsi la révélation première des lois données à l'homme par Dieu. Et, de même que le langage est l'intermédiaire entre les idées et notre esprit, le pouvoir légitime est l'intermédiaire entre Dieu et l'homme : ce qui d'ailleurs, dans l'esprit de Bonald, fait du pouvoir nécessairement absolu le contraire d'une autorité arbitraire et le soutien du peuple contre l'oppression. Bonaparte, qui avait goûté cette théorie du pouvoir, nomma Bonald en 1810 conseiller de l'Université. Celui-ci accueillit pourtant avec joie la Restauration, mais fut déconcerté par la Charte. Louis XVIII le nomma successivement ministre d'Êtat, pair de France (1823), et membre de l'Académie Française. Charles X le chargea de présider la commission de censure, établie en 1827, et qui fut l'objet de vives attaques, en particulier de Chateaubriand. Bonald écrivit alors : De l'opposition dans le gouvernement et de la liberté de la presse, pour justifier la censure. Après 1830 il donna sa démission de pair de France et se retira dans le château de ses ancêtres. Les œuvres complètes de L. de Bonald ont été publiées en 1817-1830 et 1857-1875 (en 7 volumes). ? « Il était l'honnête et éloquent apôtre d'une espèce de théocratie sublime et nuageuse qui serait la poésie de la politique, si Dieu daignait nommer lui-même ses vice-rois et ses ministres sur la terre. » A. de Lamartine.

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