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BALZAC (HONORÉ DE)

BALZAC (HONORÉ DE)

Le 20 mai 1799 naît à Tours Honoré Balzac, fils d'un fournisseur aux armées. L'enfant, mélancolique, n'a pour seul refuge que la lecture. Employé, pendant ses études, chez un notaire parisien, il s'amuse et s'imprègne des drames familiaux et financiers qui trouvent leur aboutissement dans l'étude de son employeur. À 20 ans, il passe le baccalauréat de droit et, avec l'accord de sa famille, décide de se consacrer à la littérature. Il écrit un drame, Cromwell ; un académicien le lit et lui conseille d'abandonner la littérature... Puisqu'il ne semble pas doué pour le théâtre (parmi ses pièces, une seule, La Marâtre, en 1848, aura du succès de son vivant), Balzac se lance alors dans le roman-feuilleton, signant Horace de Saint-Aubin ou Lord R'Hoone. Ce roturier a hérité de son père le goût de la noblesse et sera souvent critiqué pour avoir ajouté une particule à son patronyme. En 1823 il rencontre Laure de Berny, voisine de ses parents. Elle a quinze ans de plus que lui. Ils s'aimeront pendant plus de dix années. De cet amour naîtra Le Lys dans la vallée, mais aussi le romancier de La Comédie humaine. Laure de Berny initie le jeune provincial au milieu aristocratique de la capitale et l'aide financièrement dans ses entreprises : maison d'édition, imprimerie (de 1826 à 1829)... Balzac, bien que persuadé qu'il va gagner une fortune « subite et colossale », fait chaque fois rapidement faillite. IL n'aura jamais le sens des affaires, et toutes ses entreprises financières seront des échecs. Tout en fréquentant les salons, où son élégance tapageuse ne passe pas inaperçue, et en s'éprenant de femmes de la haute société, il se documente, curieux de tout, et fait aussi du journalisme. En 1829, il publie Les Chouans, première pièce de sa Comédie humaine, qui comptera 31 romans et nouvelles (sur 137 projetés). Renonçant aux aventures mondaines pour se consacrer à son œuvre, il va désormais publier en moyenne trois romans par an. Cet homme débonnaire et généreux, au physique comme au moral, qui aime le luxe, gaspille fastueusement l'argent que lui rapportent ses livres. Pour payer ses dettes, il travaille la nuit, écrit quinze heures de suite en buvant des litres de café, se nourrissant de tartines de sardines et de beurre mélangés, réinventant ses romans sur les épreuves que lui envoient les imprimeurs. Pour échapper à ses créanciers, il se cache, déménage, se déguise... et commence à ressentir des douleurs cardiaques. À 32 ans, il est célèbre dans toute l'Europe et s'éprend de la comtesse Hanska, l'une de ses admiratrices. Elle est l'épouse d'un comte russe, vieux et très riche, ce qui, aux yeux du perpétuel désargenté qu'est Balzac, lui donne un charme supplémentaire. La comtesse étant rarement à Paris, leur passion mutuelle s'exprime surtout de façon épistolaire. La comtesse est enfin veuve en 1841. Pour l'épouser — mais le mariage se trouve sans cesse retardé, madame ; Hanska étant moins pressée que son soupirant —, Balzac est prêt à prendre la nationalité russe (le tsar l'en dispensera) et ne cessera de parcourir l'Europe pour la retrouver. Le 14 mars 1850, en Ukraine, ils se marient enfin. Entre-temps, l'Académie française a refusé de l'accueillir. Son génie s'est tari. Il souffre du cœur et ne parvient plus, malgré le café, à « produire » pour calmer ses créanciers et les directeurs de journaux qui lui réclament, des chapitres payés d'avance. Son mariage le comble mais c'est un homme usé, épuisé, qui revient à Paris. Il doit s'aliter. Son ami Victor Hugo lui rend une dernière visite le 18 août 1850. Quelques heures plus tard, à 51 ans, meurt Honoré de Balzac. Il n'a pas achevé l'œuvre gigantesque qu'il s'était proposé de bâtir. Mais il a inventé, en moins de vingt années, deux mille cinq cents personnages, parmi lesquels certains sont devenus universels. Il a révolutionné le roman français, lui apportant une dimension que l'on ne retrouve que chez les grands romanciers russes et anglo-saxons : une façon unique de préparer lentement le lecteur puis d'accélérer les scènes jusqu'à leur fin rapide, une grande maîtrise dans les découpages de l'intrigue et la mise en avant de détails symboliques... Avant Zola, il a décrit une société hantée par l'argent, avant Freud, il a démonté le mécanisme des passions, mêlant dans son univers romanesque tous les genres : poésie, drame, comédie et panorama social.

Titres les plus connus de La Comédie humaine : Les Chouans (1841), La Peau de chagrin (1831), Le Colonel Chabert (1832), Le Curé de Tours (1832), Eugénie Grandet (1833), Le Père Goriot (1834), La Duchesse de Langeais (1834), Le Lys dans la vallée (1835), La Femme de trente ans (1835), César Birotteau (1837), Ursule Mirouet (1841), La Cousine Bette (1846), Le Cousin Pons (1847)...

1. Vie de Balzac. - Deux débats classiques : 2. Révolutionnaire ou réactionnaire ? 3. Réaliste ou visionnaire ? - 4. Le « style ». Romancier, né à Tours.

Vie de Balzac

La famille Balzac, anciennement Baissa, était de souche « roturière », assez récemment enrichie ; B.-E Balzac le père, directeur des vivres pour le compte de l’armée, met en nourrice Honoré et sa sœur Laure, laquelle sera plus tard la fervente « biographe » de son frère. La vie commune en nourrice, loin des parents, va sceller leur éternelle amitié (Laure recevra même les confidences détaillées des « frasques » du jeune homme). Interne de huit à quatorze ans au collège des oratoriens de Vendôme, puis étudiant à Paris, il refuse (à vingt ans) d’être plus longtemps clerc de notaire, et sa famille l’autorise à tenter sa chance dans la carrière des lettres. Une amie de la famille, la tendre Laure de Berny, qui est son aînée de plus de vingt ans, devient sa maîtresse, et plus encore son mentor; si ce n’est son mécène. Elle l’encourage, le pilote dans ses débuts littéraires (Argow le pirate, 1824 ; Wann-Chlore, 1825, rebaptisé plus tard Jane la Pâle). Elle ferme les yeux sur une liaison avec la duchesse d’Abrantès. Enfin, elle engage 45 000 francs dans l’imprimerie-fonderie que Balzac achète et mène à la déconfiture (l’entreprise existe encore, et son actuelle raison sociale, Debemy-Peignot, garde trace du nom de sa belle fondatrice). Chargé de dettes, il écrit de nombreux romans sous des pseudonymes divers ; puis, désormais sous son vrai nom, Les Chouans (1829). C’est une des rares œuvres de jeunesse qu’à cette date il jugera digne d’être incorporée plus tard dans La Comédie humaine avec Une passion dans le désert (1830), court et troublant récit des amours d’une panthère et d’un soldat. L’année suivante (1831) paraît sous le nom anobli d’Honoré de Balzac un étonnant chef-d’œuvre, La Peau de chagrin. Deux femmes vont, la même année (1831), intervenir dans sa vie, et en changer le cours: la marquise - plus tard duchesse - de Castries, que Balzac rencontre en mars (et qui lui avait écrit d’abord anonymement) ; puis, en novembre, la comtesse Évelyne Hanska, qui lui écrit de Pologne, anonyme elle aussi, et signe « l’Étrangère ». La première va l’introduire dans les milieux «ultras», c’est-à-dire ultra-royalistes; lui-même (en avril 1832) sera candidat légitimiste et l’année suivante fera de son Médecin de campagne, le Dr Bénassis, un éloquent défenseur du trône et de l’autel. Toutefois Henriette de Castries est une « belle cruelle » : acceptant de partir avec Balzac en Suisse (août 1831), elle lui donne des espoirs; puis, finalement, se dérobe. 11 revient seul de Genève, maudissant tout, écrit-il, abhorrant la femme. (Plus tard, dans Une fille d’Éve, qui met en scène les décevantes amours d’une dame de la noblesse et d’un écrivain, celui-ci pourra s’écrier : Elle me trouve amusant ; je comprends maintenant pourquoi Saint-Just guillotinait tout ce monde-là.) Un mois après cette mésaventure dont Balzac gardera toujours le souvenir (en particulier, dans La Duchesse de Langeais, 1834), il rencontre à Neuchâtel son autre correspondante, la comtesse Évelyne Hanska ; de retour à Paris, il la traite, par lettre, d’amour adorée, d'épouse, et la tutoie. Le mariage légal ne suivra que dans dix-sept ans. D’ici là, ils ne se voient guère qu’en voyage (dès 1835, d’ailleurs, Balzac reçoit, dans le boudoir de son appartement de Chaillot, la comtesse Riccoboni Visconti) ; les Lettres dites à l’Étrangère (4 volumes) constituent sans aucun doute l’un des documents les plus utiles pour les exégètes de Balzac. Cette deuxième période est, au surplus, féconde en chefs-d’œuvre (Eugénie Grandet, 1833 ; La Recherche de l’Absolu, et Le Père Goriot, 1835 ; Illusions perdues, 1837-1843 ; Ursule Mirouèt, 1841). En outre, le « système » qui va donner à La Comédie humaine son unité (par le retour, d’un livre à l’autre, de certains personnages) est découvert dès 1834. Il l’appliquera l’année suivante dans Le Père Goriot, où vont apparaître le baron de Nucingen (qui épouse une des filles de Goriot), le médecin Bianchon (étudiant ici) ainsi que le forçat évadé Vautrin ; ces deux derniers vont prendre place, bientôt, parmi les personnages épiques - comme dit Balzac lui-même - de La Comédie humaine. Fin 1841, il signe le contrat pour l’édition complète de son œuvre. Le titre général, La Comédie humaine (peut-être transposé de La Divine Comédie ?), n’est établi qu’au début de l’année suivante. Le procédé du retour des personnages lui fait dire à sa sœur: Saluez-moi [...] car je suis tout bonnement en train de devenir un génie. La mort du comte Hanski en 1841 fait naître chez Balzac une espérance: le «riche mariage » avec une « grande dame » sera désormais - les lettres à sa sœur en témoignent - son objectif principal. Avant d’aller la rejoindre à Saint-Pétersbourg où elle règle la succession du comte, il brûle de se rendre « digne d’elle » (c’est-à-dire de liquider ses dettes). L’annonce de la première livraison de La Comédie humaine paraît dans la presse et, un peu plus tard, une sorte d’« exposé d’intentions » (avant-propos de vingt pages) où Balzac invoque la science - Leibniz, Buffon, Cuvier, Geoffroy Saint-Hilaire - et proclame sa méthode : étudier les espèces sociales en procédant à une série d’observations pour en induire des lois. Mais cette entreprise scientifique sera menée, dit-il, à la lueur de deux Vérités éternelles : la Religion, la Monarchie. Et il précise, fièrement : Sous ce rapport, au risque d’être regardé comme un esprit rétrograde, je me range du côté de Bossuet et de Bonald. Suivent, coup sur coup, La Rabouilleuse, et surtout Splendeurs et misères des courtisanes (deux premières parties, 1843), vaste ensemble de quatre romans, qui fait suite, lui-même, à l’ensemble en trois parties des Illusions perdues, et qui ne sera terminé qu’en 1847 ; puis La Cousine Bette et Le Cousin Pons (sous le titre commun : Les Parents pauvres, 1846-1847), tandis que sortent en feuilleton, dans La Presse, Les Paysans. Depuis longtemps, Balzac a fixé d’une façon définitive sa méthode de travail : couché tôt, il écrit volontiers la nuit, se faisant réveiller par son domestique à 1 heure du matin et se couchant de nouveau à 8 heures (on songe à ce personnage d’un de ses contes fantastiques, Les Proscrits, qui s’enferme dans sa chambre, allume sa lampe inspiratrice en demandant des mots au silence, des idées à la nuit). Dès 1843, le surmenage occasionne l’inflammation d’une membrane des méninges. Il entreprend néanmoins plusieurs voyages à Saint-Pétersbourg, et au château de la comtesse en Ukraine : l’aliénation des biens fonciers à un étranger est interdite ; d’où, obstacles (« dont Balzac s’accommode moins aisément que, semble-t-il, Mme Hanska », écrit Gaëtan Picon, dans son essai Balzac par lui-même). Il achète en 1846 un hôtel particulier pour faire honneur à sa future femme ; tombe de nouveau malade : hypertrophie du cœur (1849) ; repart en Ukraine, où son état de santé s’aggrave ; se marie (mars 1850) et rentre en France avec son épouse ; s’alite (fin mai). Le 18 août, Hugo lui rend visite, il meurt quelques heures plus tard (à cinquante et un ans).

Révolutionnaire ou réactionnaire?

Balzac aimait se définir lui-même : un sanglier joyeux. Pour abattre un tel homme, il ne fallut pas moins de trente années d’excès de toutes sortes (excès de travail cérébral, bien sûr, mais aussi excès alimentaires et excès de café) à l’exclusion toutefois des excès amoureux. Recommandant la « chasteté » à ses jeunes confrères, il se bornait, pour sa part, à des amours très éphémères, et d’un grand éclectisme quant à leur niveau de recrutement social. Mais nombre de ses amies lui reprochèrent amèrement de négliger sa tenue, et de se contenter, en matière de toilette, d’un brouillage superficiel de parfums (technique du « sachet turc »). En société, selon son confrère Léon Gozlan, « il se fendait de bonheur, surtout à l’explosion d’un calembour bien niais, bien stupide [...] Ses lèvres palpitaient, ses yeux s’allumaient de bonheur, ses mains frémissaient de joie à la vue d’une pyramide de poires ou de belles pêches. » Tant de naïve allégresse devait jurer au siècle du « mal du siècle » et du « vague des passions ». La comtesse Hanska, au lendemain de leur toute première rencontre (Neuchâtel), écrit à son frère qu’il a gagné son pari : Balzac mange « avec son couteau ». Notons qu’elle semble en être ravie : enfin, en France, un homme dont le bel appétit dépasse les belles manières ; voilà qui lui semble de bon augure. Le même jour, il envoie de son côté le plus prosaïque et le plus réaliste des « bulletins de victoire » à sa sœur Laure : Je ne te parle pas des richesses colossales ; qu’est-ce que cela devant un chef-d’œuvre de beauté ? Enraciné dans le concret (comme l’huître sur son rocher, dit l’avant-propos de La Comédie humaine), chef-d’œuvre de « puissante vitalité », matérialiste « épais », toutes ces définitions, cordiales ou méprisantes, lui conviennent également. Mais on a été plus loin, et, passant, sans crier gare, de l’homme à l’esprit de l’œuvre, on a parlé de romancier matérialiste ; et de « matérialisme » en matière philosophique, cette fois. Marx et Engels n’ont-ils pas salué en lui le plus audacieux accusateur d’un monde qu’ils croyaient pour leur part déjà condamné, sinon mort à brève échéance? L’œuvre entière de Balzac (écrit, en particulier, Engels) « montre comment les derniers vestiges de cette société succombent du fait de l’intrusion du parvenu vulgaire pourvu d’argent ». Et encore «J’ai plus appris dans Balzac que dans tous les livres des historiens, économistes et statisticiens ensemble » (Marx et Engels, Sur la littérature et l’art, Éditions Sociales, 1964) ; de nos jours encore pleins de dédain pour la socialiste George Sand, les marxistes applaudissent aux tirades du monarchiste Balzac en faveur de ceux qu’il appelle (dans Illusions perdues) les héros républicains de Saint-Merri, c’est-à-dire les ouvriers morts sur les barricades lors de l’émeute de 1832. Mais il reste que, par sa profession de foi liminaire, Balzac range l’ensemble de son œuvre romanesque aux côtés du catholicisme, qui est à ce point de vue (dit-il encore), dans le front dressé par les forces du Bien contre l’offensive du Mal, le meilleur système de répression. Ce qu’au fond les marxistes aiment chez lui, c’est son affirmation insistante, persistante, du rôle joué par l’argent ; c’est, selon sa propre formule, la toute-puissante pièce de cent sous qu’il décèle derrière les plus nobles sentiments. L’amour, centre d’intérêt du roman (depuis le Daphnis et Chloé de Longus jusqu’à La Princesse de Clèves et même Adolphe), inclinait le public à y voir l’unique objet des efforts de l’homme ; à Stendhal qui écrit dans sa Vie de Henry Brulard : « L’amour a toujours été pour moi la plus grande des affaires, ou plutôt la seule », il répond, dans Eugénie Grandet : La vie est une affaire. Les personnes les plus « dignes », chez lui, et les âmes les plus tendres elles-mêmes, sont tapies dans l’ombre d’un « être aimé » dont elles attendent doucement la mort {Ursule Mirouët, Le Cousin Pons, etc.). L’exemple le plus effrayant reste, à ce point de vue, La Rabouilleuse : Le vieux Rouget, célibataire riche, est choyé par Flore Brazier, sa servante et maîtresse, qui aime en cachette le jeune Maxime et compte fort être l’héritière du vieillard. Arrive Bridau, « demi-solde » et cousin de Rouget, qui prend aussitôt la situation en main. Il va procéder en trois étapes savamment préméditées, selon l’implacable schéma ci-dessous : 1° ayant supprimé le trop jeune Maxime à la faveur d’un duel, il incite la servante à épouser, puis à épuiser le vieillard ; 2° sitôt l’argent passé du moribond aux mains de Flore, il épouse la belle ; 3° il élimine celle-ci à son tour par la débauche. (Bridau d’ailleurs ira mourir bravement en Afrique, après avoir été lui-même dépouillé par des spéculateurs.) « Dénonciation » de l’argent? En aucune façon. Balzac aime fort l’argent, quant à lui ; et, surtout, le ressort que cet amour donne aux hommes. « Il ne rêve que torrents d’or », écrit son ami Théophile Gautier ; et lui-même (dans César Birotteaü) : La propriété porte avec elle une ivresse. Doué d’ailleurs, quoi que l’on en ait écrit, pour les affaires, puisque l’imprimerie créée par lui vit encore (alors qu’on le mit lui-même en faillite), et puisqu’il a « inventé » une entreprise de gisements argentifères en 1838, qui elle aussi vit encore (alors qu’il perdit tout, pour sa part, dans l’opération, supplanté par un Génois moins bavard que lui, mais plus rapace) : « Les mines d’Argentiera ont rapporté à leurs promoteurs bien plus que les douze cent mille francs que Balzac espérait en tirer », écrit son biographe André Maurois. Esprit intéressé ? Certes. Au contraire d’un Stendhal, par exemple ; et leurs héros portent trace de cette différence essentielle. Arrivistes l’un et l’autre, Julien Sorel, dans Le Rouge et le noir, et Lucien Chardon, dit de Rubempré, dans Illusions perdues ; mais seul le premier (plus bruyant, plus bravache) est capable de renoncer, même après de longs et malins efforts, à tout ce qu’il a conquis. Et ce, d’un coup : pour l’amour de l’art. Pour le plaisir d’un geste inutile ; d’une insulte gratuite, mais belle. Car libre. Du reste, Balzac reste « partagé », là-dessus, comme ces artistes dont il parle dans La Fille aux yeux d’or, qui cherchent vainement à concilier le monde et la gloire, l’argent et l’art. Pour sa part il aime tout autant les vaincus (David Séchard dans Illusions perdues, ou Goriot). Les parents pauvres le fascinent (cousine Bette, ou cousin Pons) ; et plus encore le martyre de ceux qu’il appelle les titans ensevelis. Ou les révoltes ratées ; car dès sa jeunesse, dès Argow (1824), notre champion de l’ordre a toujours conservé un faible pour les hors-la-loi, les « proscrits » (titre d’une de ses plus étranges nouvelles). Au total : révolté lui-même, et comme malgré lui, par bouffées d’humeur (au souvenir de l’humiliation subie auprès de la très conservatrice duchesse de Castries, par exemple, il flétrira dans La Duchesse de Langeais l’Ordre moral paravent de l’Ordre économique : La religion est intimement liée à la propriété) ; il y aurait quelque abus, par contre, à le dire révolutionnaire. Et la vérité, dans ce domaine, est que d’une façon générale il « ne s’intéressait pas (comme on dit couramment) à la politique » : à part Le Médecin de campagne et Le Curé de village, en définitive, il n’en fait jamais le thème central d’un livre. Qu’on s’amuse à confronter, sur le même sujet, Quatre-vingt-treize de Hugo, et Les Chouans : chez Balzac les deux jeunes héros (sans être pour autant dénués d’idéal ni, chacun à sa façon, du sentiment de la patrie) sont gênés, et pour finir broyés, par une cause politique. Qu’importe à l’auteur qui a raison, des Blancs ou des Bleus : au fond, les deux camps dans son livre ont raison, l’un et l’autre ; tandis que son héroïne et son héros - les deux protagonistes - ont tort, l’un et l’autre. De même qu’auront toujours tort, chez Balzac, ceux qu’il aime contre ceux qu’il n’aime pas ; les « individus » contre les collectivités.

Réaliste ou visionnaire?

À ce débat sur le plan politique - Balzac révolutionnaire ou réactionnaire? - succédera, sur le plan poétique, le thème de discussion : Balzac, réaliste ou visionnaire? On pourra d’abord s’étonner qu’ici la discussion soit même possible. N’a-t-il pas, sur ce point, précisé sa position? Le romancier doit simplement retranscrire la vie, toute la vie, toutes les figures et toutes les positions sociales (avant-propos de La Comédie humaine). Son œuvre sera comme un monde complet, reflet fidèle de l’œuvre du Créateur, et réalisant, comme elle, l’unité. (Notons que cette idée de l’unité, ou plutôt ce besoin d’unité, semble avoir hanté Balzac, comme il hante, dans son roman La Recherche de {'Absolu, Balthazar Claes, l’alchimiste, en quête de l’unité primitive, commune à tous les êtres et à toutes les choses.) Peu à peu le romancier va en rabattre, d’ailleurs, quant à sa doctrine de la stricte et totale transcription de la réalité, et mettre en doute la valeur d’une telle méthode prétendument scientifique (ce que jamais n’aurait songé à faire son disciple Zola). Toutes vos sciences les plus exactes [...], vos plus belles clartés, sont des nuées, dit Séraphita, dans le roman qui porte ce titre. Et elle propose à l’homme de s’en remettre à la vraie lumière. Il serait injuste, en effet, de passer sous silence, ou même de minimiser l’influence de Claude de Saint-Martin et des autres grands illumi-nistes, tels que Swedenborg, sur la « conception du monde » de Balzac. Et ce, dès ses années de collège ; le héros de Louis Lambert, élève au collège de Vendôme comme l’auteur, lui doit dans ce domaine plus d’un trait. Roman de jeunesse (mais réécrit en 1833), il sera ainsi que les Lettres de Louis Lambert, regroupé en 1835 avec les deux contes Séraphita et Les Proscrits, sous le nom de Livre mystique. Titre assez surprenant chez lui, à vrai dire, et qui autorise cependant certains de ses commentateurs les plus audacieux à faire état d’un éventuel mysticisme chez ce romancier. Dans l’œuvre entière? à coup sûr, non. Dans tel groupe d’œuvres? sans aucun doute. Étant entendu, cependant, que le mot est pris dans son acception poétique et se borne à préciser la couleur, le climat de ces récits, et non l’esprit de l’auteur. À ce compte on pourra s’en tenir à la notion de surnaturel (dans ses deux aspects opposés : le féerique et le fantastique). Ajoutons que Séraphita-Séraphitus, créature ambiguë sinon androgyne, dont le nom par lui-même semble préfigurer le thème post-freudien de l’« ambivalence sexuelle » (le couple de forces animus-anima, cher à Jung), est une des réussites majeures de Balzac dans cette étonnante série de romans qui sont en réalité des contes et dont le chef-d’œuvre (plus intimement lié que les autres à l’idée unitaire de La Comédie humaine) reste La Peau de chagrin : Raphaël de Valentin - étudiant pauvre qui ressemble fort au jeune Balzac lors de ses débuts parisiens - veut se suicider. Or un antiquaire inquiétant lui offre une peau de chagrin, grâce à quoi chacun de ses souhaits se voit aussitôt exaucé ; mais elle doit chaque fois se rétrécir, imperceptiblement, et Raphaël disparaître en même temps qu’elle. Ivre de son pouvoir, il satisfait d’abord sa soif d’amour physique, puis d’amour passionné (épisodes antithétiques de la cruelle Fœdora et de l’archangélique Pauline). Il dilapide ainsi sa vie sans compter Jusqu’à ce qu’enfin il pense à jeter un regard sur la peau de chagrin. Le trop ardent Raphaël la voit réduite à quelques centimètres, et va s’appliquer désormais de toutes ses forces à repousser tout désir. Mais il est trop tard. Le caractère magique de ce conte apparaît d’autant plus efficace que le cadre en est emprunté à la réalité sociale la plus banale. Et non seulement le recours perpétuel à l’observation, l’amour du concret, vient renforcer l’effet dépaysant du surnaturel, mais il ne quitte au fond jamais le « premier plan » qui est le plan des préoccupations du héros (et de Balzac lui-même). On notera, par exemple, que Raphaël, détenteur d’un pouvoir illimité, surhumain, ne songe pas une minute à se hisser au-delà de ce monde des biens matériels ; et la « sumaturalité » n’est ici qu’un moyen d’acquérir une plus grande puissance, c’est-à-dire une plus grande jouissance. Au demeurant pour le romancier, nobles ou non, les passions, les vices (les occupations extrêmes, dit-il) se rejoignent ; et c’est encore dans La Peau de chagrin que sur ce chapitre des occupations extrêmes, il nous livre la clé de sa pensée : La débauche est sans doute au corps ce que sont à l’âme les plaisirs mystiques. Convenons que Balzac en général est plus à son aise à l’un de ces extrêmes qu’à l’autre : Nous voici arrivés (dit-il dans La Fille aux yeux d’or, au milieu d’un développement prodigieux d’envol) au troisième cercle de cet Enfer, qui peut-être un jour aura son Dante; dans ce troisième cercle, espèce de ventre parisien, où se digèrent les intérêts de la ville [...], se remue et s’agite par un âcre et fielleux mouvement intestinal, la foule des avoués, médecins, notaires, avocats... etc. Morceau typique, au demeurant, du processus de libre création des images chez Balzac à ses moments de total abandon, de délire poétique ; large improvisation de structure relativement régulière au départ (et presque strophique, scandée par une sorte de refrain qui prend pour double thème l’« or » et les « plaisirs »), et qui va se poursuivre alors sur un ton de plus en plus fiévreux, plus âpre, pour s’achever par une sorte de vacarme verbal, plus simplement et vigoureusement rythmé désormais, et comme ivre de son allégresse retrouvée. Il faut lire de tels passages où notre romancier se laisse aller à son « œstre lyrique » et, véritablement, perd la tête ; Baudelaire l’a bien vu (et le premier en son siècle), le mode « poétique », ou « grandiose » ou « fantastique », ne naissent pas dans ces romans de la dimension ni du caractère exceptionnels des sujets en eux-mêmes (ni d’un bric-à-brac magique ou ésotérique de tradition) mais, le plus souvent, au contraire, des éléments les plus temes, plats et quotidiens, que Balzac se charge lui-même de doter d’un fort coefficient d’étrangeté : «J’ai maintes fois été étonné que la grande gloire de Balzac fût de passer pour un observateur ; il m’avait toujours semblé que son principal mérite était d’être un visionnaire, et un visionnaire passionné. » La paisible et douillette province (dans Ursule Mirouët, par exemple) devient avec lui lourde de secrets, de menaces et jusqu’au quartier le plus familier de Paris : le Quartier latin, dans les premières pages du Père Goriot. Goriot lui-même, en qui le romancier nous fait voir d’abord un simple marchand de vermicelle, devient en cours de route, selon un mot cher à Balzac, un titan (en particulier lorsqu’il broie dans ses mains des coupes de vermeil), puis un roi Lear, égaré dans un amour résolument charnel pour ses filles (tel l’auteur le décrit par avance à Mme Hanska ; et tel il apparaît dans les délires de son agonie : Les voir; toucher leurs robes! ah, rien que leurs robes, c’est bien peu!), et, enfin, comme dit Balzac, un Christ de paternité. Quant à Vautrin, dans le même roman, simple « farceur » de table d’hôte au début, c’est en fait une figure égale (et symétrique) à celle de Goriot le martyr, et il va s’agrandir lui aussi, peu à peu, jusqu’au symbole. Il est la Révolte. Il est l’incarnation - et la visite - de l’Esprit démoniaque : tant ici que dans les autres romans où il « passe », il s’efforcera de former et modeler des êtres à sa ressemblance (Rastignac, Rubempré) ; il va leur souffler à l’oreille chacun des pas qu’ils doivent faire. Mais son tour le plus réussi, le plus provocant de ses blasphèmes, sera (dans la dernière partie d’illusions perdues) de se « réincarner » en prêtre espagnol.

Ces nouvelles interventions dans plusieurs romans d’un même personnage (Vautrin, le médecin Bianchon) pourraient n’être qu’un procédé mécanique ; et ce n’est plus guère autre chose chez tel successeur de Balzac en ce domaine. Ils prennent dans La Comédie humaine, et sans qu’on y prenne garde, un caractère obsessionnel (comme le retour de « l’idée fixe » dans les deux premières symphonies de son contemporain Berlioz). Plus que de simples « retours », ce sont ici des apparitions et, dans l’intervalle d’un livre à l’autre, ils semblent continuer à vivre sur cette terre. L’explication d’un tel phénomène (et d’un tel pouvoir chez Balzac), nous la trouverons peut-être dans ce récit de ses derniers instants, tels que les a rapportés son médecin, le Dr Nacquart, lequel, révélant au malade le diagnostic de mort inévitable « au cours de la nuit », s’entendit répondre par le moribond : « Ah ! alors il me faudrait Bianchon. Bianchon me sauverait, lui. » L’expression banale « croire à ses personnages » n’est plus ici figure de rhétorique. À ce degré, l’illusion est d’ailleurs contagieuse, sur ses lecteurs. Sur ses critiques eux-mêmes, parfois ; et il existe, rédigé par un très raisonnable érudit, E Lotte, un résumé « biographique » de chacun de ces hommes et de chacune de ces femmes qui circulent depuis un siècle à l’intérieur de l’« univers » balzacien (voir la bibliographie ci-après). C’est en ce sens que notre romancier pouvait prétendre à juste titre avoir fait concurrence à l’état civil. Nous pouvons donc conclure ainsi ce débat sur le thème classique « Balzac, réaliste ou visionnaire? » : sans doute est-ce avec les éléments de la réalité qu’il met sur pied une « fiction » (et en cela seulement il est réaliste) ; mais aussi (et en cela il est un visionnaire) il fait tant et si bien que cette fiction devient à ses yeux une réalité, dont il est lui-même, à l’occasion, victime et dupe.

Le « style »

Le style de Balzac est encore très discuté ; au point, même, de diviser en deux camps la critique universitaire. Ce qui est en somme un progrès par rapport à la critique d’hier, qui sans discussion, et à l’unanimité, avait jugé ce style « détestable », depuis Sainte-Beuve jusqu’au grammairien Charles Bruneau (notre contemporain). De ce dernier: « Balzac est en pratique l’un des plus méchants écrivains non seulement de l’époque, mais du siècle. » De Gustave Lanson : « Dès que Balzac se pique d’écrire, il est détestable et ridicule : métaphores boursouflées [...], pire pathos [...], phraséologie pompeuse [...], pâteux galimatias [...], impuissance », etc. Cependant, Mario Roques, en 1952, dans son essai sur La Langue de Balzac, démontra par la plus modeste et plus simple méthode philologique l’inanité de cette tenace légende. À la vérité, Balzac n’est certainement pas ce qu’on nomme un styliste, c’est-à-dire un homme qui cultive le style, le beau style : il a son style. Résolument indifférent au critère français (ce qui explique sans doute qu’on ait pu y voir une « absence de style »). Il est entendu, par exemple, qu’en bon français la phrase doit logiquement se développer par articulation ; et sa phrase procède, elle, par accumulation. Les métaphores du style imagé doivent être « suivies » ; et voilà qui l’ennuie beaucoup, car il préfère inventer de nouvelles métaphores, à mesure, qui se bousculent et s’interpénétrent librement. Comme chez Zola, ou (dans le passé) chez le poète épique Du Bartas, c’est donc un style avant tout inégal. C’est-à-dire imprévisible. Tantôt raboteux, débraillé, brusque et tantôt outrageusement orné. L’intérêt soudain de la critique universitaire pour le tempérament baroque en matière de littérature, a permis de remettre en question cette prétendue « impuissance » de Balzac (Gustave Lanson dixit) à écrire en bon français.

BALZAC Honoré de. Né à Tours le 20 mai 1799, mort à Paris le 18 août 1850. Sa famille paternelle était originaire du Tarn, et son véritable nom était Baissa; sa mère, née Sallambier, appartenait à une famille de bourgeoisie parisienne. Le père, Bernard-François Balzac, tout jeune, était venu à pied de sa province méridionale; devenu clerc de procureur, puis plus tard secrétaire au Conseil du Roi, il n’est mort qu’en 1829. Honoré fut un enfant sans mère et en souffrit beaucoup : Laure Sallambier lui préféra toujours un frère dont la naissance était douteuse, fit élever Honoré loin d’elle, et, jusqu’à la mort de son fils, restée sa créancière, se montra d’une singulière âpreté. De 1807 à 1813, pensionnaire au Collège oratorien de Vendôme, Balzac ne revint pas une seule fois dans sa famille. Il a évoqué ces années de collège dans Louis Lambert. A partir de 1814, il poursuit ses études dans une pension à Paris, puis à la Faculté de Droit. Il fait un stage chez un avoué, Me Guyonnet de Merville, qui servira de modèle au Derville de ses romans. Mais, appelé par la vocation littéraire et certain de son propre génie, il s’installe, à vingt ans, dans une mansarde, rue Lesdiguières, et écrit, entre autres, un assez pitoyable Cromwell en vers. Il prêtera à plusieurs de ses personnages ces débuts austères d’écrivain. En 1820 il habite chez ses parents à Villeparisis et y fait la connaissance d’une femme qui aura une influence décisive sur sa formation : Mme Laure de Berny, de vingt-deux ans son aînée, qui fut pour lui une mère, une maîtresse, et la plus généreuse des amies, jusqu’à sa mort en 1836. Balzac l’avait surnommée « la Dilecta » ; il la fit beaucoup souffrir, mais lui garda une profonde tendresse. Balzac a été à la fois un écrivain précoce et tardif. La première œuvre signée de son nom, Les Chouans, ne parut qu’en 1829, suivie de près par La Physiologie du mariage (qui avait été composée et partiellement imprimée plusieurs années auparavant). Mais il avait gardé en portefeuille deux romans philosophiques, Sténie et Falthurne (écrits en 1820-1821), et publiés entre 1821 et 1826, sous divers pseudonymes (A. de Vilierglé, Lord R’Hoone, Horace de Saint-Aubin), toute une série de romans faciles, historiques ou populaires, qu’il avait écrits seul ou avec la collaboration d’une équipe de fabricants de littérature : Les deux Hector, Michel et Christine, L'Héritière de Birague, Jean-Louis ou La fille trouvée, Clotilde de Lusignan ou Le beau Juif, Le Vicaire des Ardennes, L'Excommunié, Argow le Pirate, Wann-Chlore, etc. Dès 1822, dans une lettre à sa sœur Laure, il parlait d’un de ces ouvrages comme d’« une véritable cochonnerie littéraire ». Il refusa toujours de les republier sous son nom, mais il est certain qu’à cette fabrication il « se fît la main » et qu’ainsi, quand fut venu le temps de son œuvre véritable, il était entraîné à la technique romanesque. Ce temps, pourtant, n’était pas encore arrivé. En 1825, Balzac tenta d’assurer sa fortune par d’autres moyens : il s’improvisa éditeur, fonda une imprimerie (dans l’actuelle rue Visconti, en face de la maison de Racine), puis une fonderie de caractères (qui, reprise par les enfants de Mme de Berny, devint la célèbre fonderie Deberny). Ce furent autant d’échecs cuisants et de faillites, où Balzac compromit les ressources de sa famille, et celles de « la Dilecta ». Jusqu’à la fin de sa vie, il devait traîner le poids des énormes dettes contractées dans ces aventures commerciales. Les Chouans, en 1829, ouvrent la période de quelque vingt ans, au cours de laquelle Balzac composa, remania sans cesse, et publia environ quatre-vingt-cinq romans, longs ou brefs. Cette prodigieuse production littéraire, qui semblerait dépasser les forces d’un seul homme, ne l’empêcha pas de mener une vie mondaine très active, de faire de grands voyages, d’avoir des aventures amoureuses, de tenter sa chance (sans succès) dans la politique, et d’échafauder encore les plus extravagantes combinaisons financières. L’é-cho rencontré par les Chouans, et plus encore le bruit fait par la Physiologie du mariage lui avaient ouvert la porte des salons parisiens et des salles de rédaction. Lié avec la duchesse d’Abrantès, dont il rédigea en partie les Mémoires, reçu chez Mme Récamier, chez Sophie Gay, chez la princesse Bagration et le baron Gérard, il fréquentait aussi le milieu des demi-mondaines et des gens de théâtre. Il collaborait activement aux journaux d'Emile de Girardin, La Silhouette, La Mode, Le Voleur, et surtout à La Caricature, dont il fut le principal rédacteur. Ses œuvres se succèdent rapidement. Au début de 1830, Balzac publie les Scènes de la Vie privée, recueil de six nouvelles (La Vendetta, Gobseck, Le Bal de Sceaux, La Maison du Chat-qui-pelote, Une double famille, La Paix du ménage qui constituent comme la première cellule de La Comédie humaine et qui, du jour au lendemain, font de lui un romancier célèbre. Dès lors, s’il rencontre la résistance de la critique et des censeurs patentés, il est lu par toutes les femmes et par un public croissant. La Peau de Chagrin, en 1831, confirme sa célébrité et, tout en composant les ouvrages plus difficiles qui entreront plus tard dans les Etudes philosophiques, Balzac est un peu grisé par sa gloire. C’est l’époque de son dandysme : tilbury et chevaux, domestiques en livrée, cannes à pommeau d’argent ciselé (en attendant le pommeau d’or serti de turquoises), loge personnelle à l’Opéra. La folie de l’ameublement, qui lui coûtera si cher, apparaît dans son appartement de la rue Cassini, qu’il fait installer somptueusement. Il travaille la nuit, revêtu de son fameux froc blanc en cachemire, la cafetière de porcelaine toujours à portée de la main. Il commence les Contes drolatiques, où il s’amuse à écrire la langue du XVIe siècle. Et, libéral teinté de saint-simonisme jusque-là, il se rallie au parti légitimiste, devient le défenseur du trône et de l’autel. Il s’est épris depuis peu de la marquise de Castries, qui se joue de lui, le traîne à sa remorque à Aix-les-Bains et à Genève en 1832, puis l’abandonne sèchement. Il s’en vengera en écrivant La Duchesse de Langeais (1833). Datent de la même époque, entre autres, Le Curé de Tours, Le Colonel Chabert, Ferragus, La Fille aux yeux d’or, Le Médecin de campagne, Eugénie Grandet, c’est-à-dire des ouvrages très divers évoquant les milieux aristocratiques et petits-bourgeois de Paris et de province, développant des thèses politiques et sociales, compliquant à plaisir les intrigues les plus romanesques et cédant parfois au goût des conspirations et des influences occultes. Cependant, à la fin de 1832, Balzac a reçu une lettre anonyme, lui exprimant l’admiration éperdue d’une femme. Il arrivera à découvrir l'identité de celle qu’il devait appeler « l’Êtrangère » : la comtesse polonaise Eveline Hanska, avec qui s’engage une longue correspondance et qui ne deviendra qu en 1848 Mme Honoré de Balzac. Il la rencontre une première fois, avec son mari, M. Hanski, à Neuchâtel, en Suisse, en septembre 1833, puis passe quelques semaines avec elle à Genève au début de l’année 1834. Cela n’empêchera pas Balzac de reprendre à Paris sa vie mondaine et de nouer, cette même année 1834, une liaison durable avec la comtesse Guidoboni-Visconti, née Sarah Lovell. Il achève Séraphita et Le Père Goriot, inaugurant dans ce dernier livre son système des personnages reparaissant de roman en roman, mais sans concevoir encore le plan d’ensemble de La Comédie humaine. Tout en conservant son appartement de la rue Cassini, il en a fait aménager un second, secret, rue des Batailles, à Chaillot. En mai 1835, il est à Vienne auprès de Mme Hanska et, au début de 1836, fait, pour défendre les intérêts des Guidoboni-Visconti dans une affaire d’héritage, un voyage en Italie où l’accompagne la jeune Mme Caroline Mar-bouty, déguisée en page. Il publie Le Lys dans la Vallée et fonde une revue, La Chronique de Paris, qui va lui coûter cher. Sa situation financière se complique, il est poursuivi par son éditeur, Werdet, et doit vivre cache pour éviter la contrainte par corps. Mais il n’en achète pas moins la villa des Jardies, près de Ville-d’Avray, qu’il fait rebâtir et installer magnifiquement (1837). Au cours d’un nouveau voyage en Italie, il a rencontré Manzoni. Au début de 1838, le voici en Sardaigne, à la recherche des mines d’argent de l’Antiquité, qu’il a projeté de remettre en exploitation. Paraissent César Birotteau, La Vieille Fille, le début des Illusions perdues, la première partie de Splendeurs et Misères des courtisanes (ces deux romans majeurs ne seront achevés respectivement qu’en 1843 et 1847), un peu plus tard Béatrix et Le Curé de village. Un drame, Vautrin, échoue en 1840 à la Porte-Saint-Martin. Quelque temps auparavant, Balzac a tenté, à Bourg-en-Bresse, de sauver la tête d’un condamné à mort, l’assassin Peytel, qu’il avait connu dans les milieux du journalisme parisien. Cependant, il a fondé à nouveau une revue, la Revue Parisienne, qu’il rédige à lui seul et qui ne dépassera pas le troisième numéro; il y publie deux articles restés célèbres : la critique féroce du Port-Royal de Sainte-Beuve, et l’éloge de La Chartreuse de Parme. Contraint de vendre sa propriété des Jardies, il s’installe à Passy, rue Basse. A la fin de 1841, il met sur pied le vaste plan de La Comédie humaine et signe un traité avec quatre éditeurs associés pour soutenir l’entreprise. Il rédige le programme ou Avant-Propos qui figurera en tête du premier volume, et qui est la proclamation de ses ambitions littéraires, la charte de son empire personnel. Les romans les plus importants de cette période sont Ursule Mirouet, Un ménage de garçon, Albert Savarus, Honorine, Modeste Mignon. M. Hanski est mort à la fin de 1841. Mais c’est deux ans plus tard seulement que Balzac peut faire le voyage de Saint-Pétersbourg, où il revoit « l’Êtrangère », et revenir en visitant les villes d’Allemagne. Désormais, il a une idée fixe : épouser Mme Hanska. Et il redouble de travail pour lui assurer une existence digne d’elle, tout en faisant appel en Plus d’une circonstance à la fortune de amie lointaine. Il la rejoint en 1845 à Dresde, l’emmène en Italie, puis à Paris, en Hollande, en Belgique. Sa servante-maîtresse, Louise Breugnot, dit Mme de Brugnol, fait main basse sur les lettres de l’Êtrangère et menace Balzac d’un chantage. En 1846, Mme Hanska accouche à Dresde d’un fils mort-né, Victor-Honoré. C’est pour Balzac un coup terrible, dont il ne se relèvera pas. Il a acquis en 1846 une maison rue Fortunée, qu il installe à grands frais, pour y recevoir Mme Hanska, et se ruine chez les antiquaires. La Cousine Bette et Le Cousin Pons sont achevés et publiés en 1846-1847. Ce sont les dernières grandes œuvres. A partir de cette date, Balzac, malade, épuisé, sent ses facultés créatrices décroître. Il n’en échafaude que plus de projets de romans, et de plus en plus vastes, mais n’en termine aucun. De septembre 1847 à février 1848, il séjourne en Ukraine, à Wierzchownia, chez Mme Hanska, dont la famille essaye d’empêcher le mariage avec Balzac. Elle-même semble hésiter, effrayée par le gaspillage balzacien. Nouveau séjour ukrainien à la fin de l’année 1848. Balzac échoue aux élections législatives et, par deux fois, à l’Académie, où il n’obtient que les voix de Lamartine et de Victor Hugo. Sa santé décline rapidement. Au début de 1850, il n’en part pas moins pour Kiev, où il retrouve Mme Hanska, sa fille et son gendre. Le 14 mars, à Berditcheff, il épouse son amie, et au mois de mai suivant, M. et Mme Honoré de Balzac reprennent le chemin de Paris, à petites étapes, parce que la santé du romancier exige des précautions. Lorsque, le 21 mai, ils arrivent rue Fortunée, où Balzac avait tout fait préparer pour leur entrée dans la maison du bonheur, personne ne répond à leurs coups de sonnette. Le gardien chargé de les recevoir avait perdu la raison et se cachait, prostré, dans un coin de la demeure illuminée ! Balzac ne manqua pas de voir là un funeste présage. A peine arrivé, il est forcé de s’aliter, pour ne plus se relever. En juillet, ses souffrances deviennent atroces. Au début d’août, les étouffements commencent. Il entre en agonie le 18. Ce jour-là, Victor Hugo est venu le voir, et il a raconté cette dernière visite dans Choses vues. Mme de Balzac se tenait loin de la chambre du moribond. L’enterrement eut lieu le 21 août, après un office à Saint-Philippe-du-Roule, au cimetière du Père-Lachaise, ce haut lieu de l’œuvre balzacienne, d’où le jeune Rastignac avait jeté son défi à Paris : « A nous deux maintenant », où gisaient Esther Gobseck, Lucien de Rubempré, tant d’autres personnages. Victor Hugo prononça l’éloge funèbre du romancier, qui est une page magnifique. Trente ans de préparation dans l’ombre et le silence; dix-huit ans de création effervescente, au milieu des soucis, des aventures de toute sorte et des divertissements; trois ans de progressif déclin : la vie de Balzac ressemble à celle de ses personnages préférés. L’imagination y joue un rôle décisif, commande les folies, les excès, les réussites et les échecs. Persuadé qu’il est des recettes pour vivre très longtemps, et ayant hérité de son père cette préoccupation de la longévité, Balzac vécut de telle sorte qu’il n’avait dépassé que de peu la cinquantaine lorsqu’il mourut, épuisé. L’un des thèmes majeurs de son œuvre entière est la consommation de l’énergie vitale par tous les usages qui en sont faits, et tout particulièrement par les activités de l’esprit. L’existence qu’il a menée, se croyant le maître de ses forces et les dépensant sans la moindre prudence, illustre tragiquement cette philosophie de l’énergie. Peu d’hommes ont fait preuve d’une telle démesure, et gaspillé avec autant d’imprévoyance des forces immenses. Mais l’œuvre est là, pour compenser tant de déraison. C’est à elle, finalement, que Balzac a sacrifié toute prudence. Non pas avec l’avarice de soi qui l'eût confiné dans son cabinet de travail : le résumé même le plus succinct de ses travers suffit à montrer que cet homme a vécu généreusement et n’a rien refusé des sollicitations de l’existence. Mais, tout assoiffé qu’il était de jouissances, de spectacles, d’activités multiples et de plaisirs renouvelés, il revenait fidèlement à son écritoire. Dans une vie singulièrement dispersée, il reste une unique constante : le travail. Et un travail qui n’était pas seulement, comme trop souvent on l’a imaginé, celui de l’invention fébrile — Le Père Goriot écrit en trois jours et trois nuits, chez ses amis Margonne, au château de Saché — mais aussi celui, patient et humble, de la mise au point minutieuse, des pages sans cesse reprises, remaniées, corrigées. Cette œuvre géante, qui demeure si vivante alors que le monde qu’elle évoque est depuis longtemps rentré dans l’ombre du passé, doit autant au labeur qu’à la générosité de nature. Elle a été payée par beaucoup de souffrances. L’enfant sans mère, le collégien solitaire dévoré d’angoisse métaphysique, l’imaginatif conscient de son extraordinaire génie, celui qui se considérait comme le Napoléon et le Geoffroy Saint-Hilaire de la littérature, l’amoureux rêveur d’une Princesse lointaine, le causeur ivre de sa propre parole, l’inventeur malheureux et l’aventurier d’affaires n’ont été que les incarnations successives ou simultanées d’un même prodigieux créateur de personnages et d’événements. Longtemps dédaignée par les délicats, méconnue ensuite par ceux qui n’y surent voir que la copie servile d’une réalité historique, l'œuvre issue de cette existence magnifique et douloureuse n’a cessé de fasciner de nouveaux lecteurs. Il n’en est pas qui soit, après un siècle, aussi vivante, aussi étrangement contemporaine de la postérité qui continue à s’y alimenter.


BALZAC (HONORÉ DE) Le 20 mai 1799 naît à Tours Honoré Balzac, fils d'un fournisseur aux armées. L'enfant, mélancolique, n'a pour seul refuge que la lecture. Employé, pendant ses études, chez un notaire parisien, il s'amuse et s'imprègne des drames familiaux et financiers qui trouvent leur aboutissement dans l'étude de son employeur. À 20 ans, il passe le baccalauréat de droit et, avec l'accord de sa famille, décide de se consacrer à la littérature. Il écrit un drame, Cromwell ; un académicien le lit et lui conseille d'abandonner la littérature... Puisqu'il ne semble pas doué pour le théâtre (parmi ses pièces, une seule, La Marâtre, en 1848, aura du succès de son vivant), Balzac se lance alors dans le roman-feuilleton, signant Horace de Saint-Aubin ou Lord R'Hoone. Ce roturier a hérité de son père le goût de la noblesse, et sera souvent critiqué pour avoir rajouté une particule à son patronyme. En 1823 il rencontre Laure de Berny, voisine de ses parents. Elle a quinze ans de plus que lui. Ils s'aimeront pendant plus de dix années. De cet amour naîtra Le Lys dans la vallée, mais aussi le romancier de La Comédie humaine. Laure de Berny initie le jeune provincial aux milieux aristocratiques de la capitale, et l'aide financièrement dans ses entreprises : maison d'édition, imprimerie (de 1826 à 1829)... Balzac, bien que persuadé qu'il va gagner une fortune « subite et colossale », fait, chaque fois, rapidement faillite. Il n'aura jamais le sens des affaires, et toutes ses entreprises financières seront des échecs. Tout en fréquentant les salons, où son élégance tapageuse ne passe pas inaperçue, et en s'éprenant de femmes de la haute société, il se documente, curieux de tout, et fait aussi du journalisme. En 1829, il publie Les Chouans, première pièce de sa Comédie humaine, qui comptera 31 romans et nouvelles (sur 137 projetés). Renonçant aux aventures mondaines pour se consacrer à son œuvre, il va désormais publier en moyenne trois romans par an. Cet homme débonnaire et généreux, au physique comme au moral, qui aime le luxe, gaspille fastueusement l'argent que lui rapportent ses livres. Pour payer ses dettes, il travaille la nuit, écrit quinze heures de suite en buvant des litres de café, se nourrissant de tartines de sardines et de beurre mélangés, réinventant ses romans sur les épreuves que lui envoient les imprimeurs. Pour échapper à ses créanciers, il se cache, déménage, se déguise... et commence à ressentir des douleurs cardiaques. À 32 ans, il est célèbre dans toute l'Europe, et s'éprend de la comtesse Hanska, l'une de ses admiratrices. Elle est l'épouse d'un comte russe, vieux et très riche, ce qui, aux yeux du perpétuel désargenté qu'est Balzac, lui donne un charme supplémentaire. La comtesse étant rarement à Paris, leur passion mutuelle s'exprime surtout de façon épistolaire. La comtesse est enfin veuve en 1841. Pour l'épouser — mais le mariage se trouve sans cesse retardé, madame Hanska étant moins pressée que son soupirant — Balzac est prêt à prendre la nationalité russe (le tsar l'en dispensera), et ne cessera de parcourir l'Europe pour la retrouver. Le 14 mars 1850, en Ukraine, ils se marient enfin. Entre-temps, l'Académie française a refusé de l'accueillir. Son génie s'est tari. Il souffre du cœur et ne parvient plus, malgré le café, à « produire » pour calmer ses créanciers et les directeurs de journaux, qui lui réclament des chapitres payés d'avance. Son mariage le comble mais c'est un homme usé, épuisé, qui revient à Paris. Il doit s'aliter. Son ami Victor Hugo lui rend une dernière visite le 18 août 1850. Quelques heures plus tard, à 51 ans, meurt Honoré de Balzac. Il n'a pas achevé l'œuvre gigantesque qu'il s'était proposé de bâtir. Mais il a inventé, en moins de vingt années, deux mille cinq cents personnages, parmi lesquels certains sont devenus universels. Il a révolutionné le roman français, lui apportant une dimension que l'on ne retrouve que chez les grands romanciers russes et anglo-saxons : une façon unique de préparer lentement le lecteur puis d'accélérer les scènes jusqu'à leur fin rapide, une grande maîtrise dans les découpages de l'intrigue, et la mise en avant de détails symboliques... Avant Zola, il a décrit une société hantée par l'argent, avant Freud il a démonté le mécanisme des passions, mêlant dans son univers romanesque tous les genres : poésie, drame, comédie, et panorama social. Titres les plus connus de La Comédie humaine : Les Chouans (1841), La Peau de chagrin (1831), Le Colonel Chabert (1832), Le Curé de Tours (1832), Eugénie Grandet (1833), Le Père Goriot (1834), La Duchesse de Langeais (1834), Le Lys dans la vallée (1835), La Femme de trente ans (1835), César Birotteau (1837), Ursule Mirouet (1841), La Cousine Bette (1846), Le Cousin Pons (1847)...


BALZAC, Honoré de (Tours, 1799-Paris, 1850). Écrivain français. Considéré comme le père du roman dit réaliste, il est l’auteur d’une vaste fresque qui dépeint la société française de la Révolution à la fin de la monarchie de Juillet. Issu de la petite bourgeoisie provinciale, Balzac étudia comme interne au collège de Vendôme puis entreprit son droit à Paris. Avoué chez un notaire, il abandonna définitivement son métier pour se consacrer à la littérature. D’abord auteur de romans historiques et populaires publiés sous divers pseudonymes, il se fit ainsi « la main » en s’entraînant à la technique romanesque. Après plusieurs tentatives malheureuses dans l’édition et l’imprimerie (1825-1829), Balzac revint à l’écriture de romans, sous son propre nom, afin de payer ses dettes. Sa véritable carrière littéraire commença en 1829 avec la publication des Chouans et de Physiologie du mariage, livres qui aussitôt le rendirent célèbre. Il entama alors une gigantesque entreprise littéraire durant laquelle il composa 85 romans en vingt ans, menant dans le même temps une vie mondaine très active, voyageant, entretenant de nombreuses relations amoureuses et tentant, sans succès, une carrière politique comme monarchiste. Dès 1834, il songea à regrouper ses romans dans un vaste ensemble et décida son titre, La Comédie humaine, en 1841. Quelque 90 romans composent cette œuvre où plus de 2 000 personnages illustrent une société hantée par le pouvoir de l’argent et livrée à des passions dévorantes. Balzac découpa sa Comédie en Scènes de la vie privée (Le Colonel Chabert, 1832), de la vie politique (Une ténébreuse affaire), de la vie de province (Eugénie Grandet, 1833 ; Le Lys dans la vallée, 1835, Les Illusions perdues, 1837- 1843), de la vie parisienne (Le Père Goriot, 1834-1835, César Birotteau, 1837, Splendeurs et misères des courtisanes, 1838- 1847, La Cousine Bette, 1846, Le Cousin Pons, 1847), de la vie de campagne (Le Médecin de campagne, 1833) ; en études philosophiques (La Peau de chagrin, 1831 ) et en études analytiques (Physiologie du mariage, 1829). Balzac entretint aussi une vaste correspondance avec la comtesse Eveline Hanska, celle qu’il devait appeler « l’Étrangère » et qui, quelques mois avant sa mort, devint sa femme.

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