AUTONOMIES (Espagne)
Dès la mort de Franco, en novembre 1975, Basques et Catalans, qui n’avaient pas oublié que leurs régions avaient joui auparavant d’une certaine autonomie et n’acceptaient pas la tutelle de Madrid, revendiquèrent dans la rue leur droit à la différence. La nouvelle Constitution promulguée en 1978 en tient compte. Écartant le système fédéral, elle donne un cadre juridique aux aspirations nationales pour sauvegarder l'unité du pays. Les constituants ont opté pour un système à mi-chemin entre la régionalisation et le fédéralisme, tout en renonçant à établir des règles rigides. Ils ont prévu, avec les articles 143 et 151, deux types de modalités d'accession à l'autonomie. Cela a donné à certaines régions la possibilité d'y parvenir par deux voies. Quatre régions – Catalogne, Pays basque, Galice et Andalousie – ont chacune eu droit à un statut sur mesure avec dévolution d'amples compétences. Les treize autres – Pays valencien, Canaries, Navarre, Aragon, Asturies, Baléares, Cantabrique, Castille-Manche, Castille-Leon, Estrémadure, Madrid, Murcie et Rioja –, de même que deux villes (Ceuta et Melilla, sur la côte marocaine) n’ont bénéficié que d'une autonomie de « deuxième classe », les trois premières régions ayant toutefois négocié des statuts plus ambitieux. Le chapitre de l'instauration des autonomies, ouvert en 1979, s'est clos en 1981. La Constitution espagnole, dans son article 2, « reconnaît et garantit le droit à l'autonomie de toutes les nationalités et régions » de l’Espagne « unie et indissoluble », ainsi que la « solidarité entre toutes ». Le gouvernement central doit chaque année négocier avec chacune des autonomies le montant de son budget. Globalement, il incombe à ces dernières de gérer notamment tout ce qui touche à la culture, l'urbanisme, le logement, la santé, la justice courante, l'infrastructure locale et, au besoin, l'enseignement des langues spécifiques. Chaque région s’est dotée d’un parlement et d’un gouvernement. Certaines ont vu naître de solides partis nationalistes, y compris là où le nationalisme n'avait jamais fait parler de lui comme en Andalousie et en Aragon. Malgré la persistance du terrorisme de l’organisation clandestine ETA (Euzkadi Ta Askatasuna), les autonomies ont incontestablement permis de canaliser des potentialités nationalistes qui, sans elles, auraient risqué de mener au séparatisme.