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AUGUSTE [Gaïus Julius Caesar Octavius Augustus]

AUGUSTE [Gaïus Julius Caesar Octavius Augustus]. Né à Rome, le 23 septembre 63 av. J.-C. (an 691 de Rome), mort à Nole le 19 août 14 ap. J.-C., (an 767 de Rome). Fils du chevalier C. Octavius qui fut élevé à la préture à la suite de son mariage avec Atia, elle-même fille de Julia, sœur de Jules César, il était donc par sa mère le petit-neveu du dictateur. D’abord appelé Octave, le jeune garçon, qui perdit son père en 59 et fut adopté par son grand-oncle dont il prit le nom, Caïus Julius Caesar, faisait ses études en Grèce et attendait la venue de César à Apollonie lorsqu’il apprit son assassinat (25 mars 44 av. J.-C.). Accouru aussitôt à Rome pour y revendiquer l’héritage de celui qui était son père adoptif, Octave qui n’avait que dix-huit ans aurait dû rencontrer l’opposition de tous, à la fois du parti des meurtriers de César et de celui d’Antoine. Mais déjà le culte de César auquel la plèbe et les vétérans étaient restés fidèles, s’était organisé et Cicéron, inspirateur du parti dit pompéien, croyant trouver en ce très jeune homme un allié docile, commit la faute de s’allier à lui et de le pousser contre Antoine. César mourut en mars, en mai Octave était à Rome. Antoine alors consul veut l’empêcher d’entrer en possession de son héritage. Octave lève aussitôt une armée en Campanie. Les hostilités étaient commencées. Lorsque Antoine fut remplacé au consulat par Hirtius et Pansa, Octave, revêtu par le Sénat de l’imperium proconsulaire, le poursuit devant Modène et le bat (avril 43). le Sénat décrète Antoine ennemi public, et, les consuls étant morts, ne peut empêcher Octave de prendre le commandement de l’armée et d’apparaître comme seul vainqueur. Mais celui-ci veut plus encore. Il réclame le consulat et comme le Sénat le lui refuse, il marche sur Rome (juillet 43), se fait élire consul avec Pédius (août) et se fait attribuer des pouvoirs d’exception. Dès lors, ce jeune homme d’à peine vingt ans est le maître de Rome et il le restera. Aussitôt, Octave se rapproche d’Antoine et exige sa réhabilitation. En novembre 43, les deux hommes avancent vers Rome avec leurs armées et en compagnie de Lépide. Les trois généraux se font nommer « tresviri reipublicae constituendae ». Il s’agissait maintenant de décapiter le parti pompéien. La victoire de Philippes remportée contre Brutus et Cassius assure aux triumvirs la maîtrise. Au cours des partages qui suivirent, Octave fit en sorte de conserver la mainmise sur les provinces vitales du monde romain; à la paix de Brindes (août 40) il se voyait attribuer l’occident, l’Orient revenant à Antoine. Bien que, pour confirmer cette entente, Octave ait donné sa sœur Octavie en mariage à Antoine, la rivalité entre les deux hommes ne pouvait que grandir. Octave, prudent, soignait sa popularité à Rome et s’efforçait de confondre sa cause avec celle de l’Italie. Lorsqu’on en vint aux hostilités ouvertes, il fit prêter serment de fidélité en son nom par tous les citoyens romains d’Italie (32). Il devenait de ce fait princeps. Après avoir définitivement battu son seul rival Antoine à Actium (1er août 31), Octave régla les affaires d’Orient mais ne s’attarda pas dans cette partie du monde où s’étaient perdus Alexandre le Grand, Pompée et Antoine. A partir de 31, Octave est consul tous les ans, en 30 il reçoit la puissance tribunicienne à vie, puis à une date inconnue, la censure. Il cumule désormais la plupart des attributs de la souveraineté. L’Etat restauré, il renonce à ses pouvoirs extraordinaires et rétablit la république. Mais, sur la demande du Sénat, il accepte de gouverner seul les provinces qui avaient besoin d’un régime militaire et se voit conférer le titre d’augustus, titre qui rappelait qu’en 43, prenant les auspices, il avait bénéficié d’un présage exceptionnel (augustum augurium), comparable à celui qu’avait obtenu Romulus et qui lui annonçait l'empire du monde. En 23, Auguste abdique le consulat; on lui offre la dictature, le consulat à vie, il les refuse mais il conserve à Rome la puissance tribunicienne, magistrature populaire qui lui conférait l’inviolabilité, et l’imperium sur les provinces. En 19, il prend cependant les attributions de consul à vie. A partir de 18, il partage son pouvoir avec Agrippa, son plus ferme soutien dans les temps difficiles, devenu son gendre et dont il adopte les enfants, Caïus et Lucius. A la mort d’Agrippa (12), il concède à ses beaux-fils, les fils de Livie, Drusus et Tibère, une part de l’imperium. Plus tard (6), Caïus et Lucius furent associés au pouvoir comme « princes de la jeunesse ». Leurs morts successives, l’exil de leur mère julie, fille d’Auguste, dont la mauvaise conduite faisait scandale depuis longtemps, amènent Auguste à se rapprocher de son seul beau-fils survivant, Tibere, qu’il adopte et avec qui il partage le pouvoir (4 ap. J.-C.). Au cours de ces multiples remaniements constitutionnels, Auguste avait réussi à exercer pratiquement tous les pouvoirs, en évitant systématiquement le titre de roi qui avait porté malheur à César. Si, à Rome, Auguste n’était que princeps, il était dans les provinces imperator. Les contemporains ne s’y trompèrent pas qui virent dans son règne la fondation d’une véritable monarchie. L'habileté d’Auguste fut de se laisser considérer comme un de ces hommes providentiels, tel qu’il en est apparu quelques-uns dans l’histoire de Rome et de faire à plusieurs reprises comprendre à quel point il était indispensable. Plutôt qu’un monarque, il entendait se faire Passer pour un héros. C’était, sans en avoir air, préparer sa divinisation. Auguste n’en garda pas moins une très grande simplicité de mœurs qui devait rassurer ses concitoyens. Il habitait avec Livie une modeste maison au Palatin, ne portait que des vêtements tissés à son foyer et adoptait tout le comportement et la dignité d’un citoyen de l’ancienne Rome. Intelligent, lucide, prudent, peu homme de guerre, mais grand diplomate et véritable politique, Auguste était un homme fort cultive. Il comprit tout le parti qu’il pouvait tirer des lettres et des arts. C’est incontestablement à lui personnellement qu’on doit la renaissance littéraire et artistique qu’on désigne sous le nom de siècle d’Auguste. Dans son Testament politique, il énumère avec complaisance les innombrables monuments qu’il a édifiés ou restaurés à Rome, devenue grâce à lui la capitale intellectuelle et artistique du monde. A la préciosité alexandrine, si goûtée de la haute société romaine, il voulut substituer un art national qui refléterait la rénovation morale dont il se fit le champion et puiserait son inspiration dans les antiques traditions. Auguste s’intéressa personnellement aux travaux de ceux qui se firent les instruments de ce dessein, Virgile et Tite-Live. Il fonda des bibliothèques, l’Octavienne dans le portique d’Octavie et la Palatine dans le temple d’Apollon, favorisa la formation de cercles littéraires dont Valerius Messala et Asinius Pollion furent les animateurs, tandis que Mécène protégeait Horace. Enfin — et c’est un signe des temps — tous les grands écrivains grecs qui ont laissé un nom, les historiens Timagène et Denys d’Halicamasse, le géographe Strabon, le rhéteur Apollodore de Pergame, vécurent à Rome sous Auguste. Il suffit d’ailleurs de citer les noms des écrivains latins qui s’illustrèrent sous son règne : Virgile, Horace, Tite-Live, Properce, Ovide, Tibulle, Vitruve, pour comprendre que le siècle d’Auguste fut une réalité. A quoi il convient d’ajouter cette restriction que les plus grands d’entre eux (Virgile, Horace et Tite-Live) étaient nés sous la République et avaient atteint l’âge d’homme au début du règne et que la seconde génération, celle qui était contemporaine d’Ovide, marque un net recul avec un retour au maniérisme et à la rhétorique. Observons enfin qu’après Tite-Live, la prose, qui n’était plus soutenue par l’éloquence politique, sombra irrémédiablement dans la décadence. Auguste avait écrit lui-même une De vita sua qu'il mena jusqu’aux guerres cantabriques. Cet ouvrage ne nous est point parvenu. Nous possédons par contre un compte rendu officiel des actions de son règne qui fut affiché devant son mausolée et dont nous connaissons les copies, l’inscription du temple de Rome et d’Auguste à Ancyre, en Galatie (en latin et en grec), celles d’Apollonie de Pisidie (en grec) et d’Antioche de Pisidie (en latin). C’est ce texte qu’on appelle habituellement le Testament politique d'Auguste.

Empereur romain (27 av./14 apr. J.-C.). Il était, par sa mère, le petit-neveu de César, qui l'adopta et fit de lui son héritier. César assassiné (44), il obtint des pouvoirs extraordinaires qui le firent maître de Rome. En oct. 43, il forma un triumvirat avec Antoine et Lépide, qui eux aussi se posaient en héritiers de César. Ils éliminèrent l'opposition à Rome par de sanglantes proscriptions (meurtre de Cicéron) et écrasèrent à Philippes, en Macédoine, l'armée anticésarienne que commandaient les assassins de Jules César. Le triumvirat fut confirmé par les accords de Brindes (oct. 40), qui partagèrent le monde romain : à Antoine l'Orient, à Octave l'Occident, Lépide recevant l'Afrique. En outre, Octavie, sœur d'Octave, épousait Antoine. Renouvelé en 37, le triumvirat n'empêcha pas un antagonisme croissant entre Antoine et Octave qui avait confisqué les territoires de Lépide. En face d'Antoine, qui semblait songer à un empire oriental, centré sur l'Égypte, Octave se présentait en défenseur de la tradition républicaine. À la fin de 32, il déclara la guerre, et sa flotte défit à Actium (2 sept. 31) celle d'Antoine et de Cléopâtre. En 40, il entra dans Alexandrie, où ses deux ennemis s'étaient donné la mort, et réunifia le monde romain. On a appelé principat (et non pas Empire) le régime instauré par Octave : princeps senatus, il se présentait comme le premier des sénateurs et était censé gouverner en accord avec eux. Dans la réalité, Octave détenait l'imperium proconsulaire qui lui assurait le commandement sur les provinces non pacifiées où stationnaient des légions, et il se fit attribuer la puissance tribunitienne qui rendait sa personne inviolable et lui permettait d'annuler une décision d'un autre magistrat. Il exerçait en outre un magistère moral et religieux marqué par le titre d'auguste qu'il porta comme un nom à partir de 27. Le culte d'Auguste se répandit progressivement dans l'Empire. Lorsqu'il mourut, son beau-fils Tibère, qu'il avait adopté, lui succéda (14 apr. J.-C.). Le règne d'Auguste représente une période de stabilisation de l'Empire dans ses frontières, de réorganisation de l'État, à la fois à sa tête, avec le Conseil du prince formé d'amis fidèles tels que Mécène et Agrippa, et dans l'administration de l'énorme capitale et des provinces. Cette période est souvent considérée comme l'âge d'or, classique, de la civilisation romaine. Voir ROME. L'âge des guerres civiles. Auguste et les débuts du principat.


♦ « Au commencement de février, Junon protectrice vit s'élever pour elle un nouveau temple, près de celui de la mère des dieux. Mais en vain vos regards cherchent maintenant sa place : demandez au temps qui détruit tout. Le même désastre était à craindre pour les autres, sans la providence d'un héros sacré : mais, sous son règne, la vieillesse n’imprimera pas ses rides au front des temples, et ses bienfaits s'étendent à la fois sur les hommes et sur les immortels. Auguste fondateur, saint restaurateur des monuments religieux, puissent les habitants de l'Olympe, s'ils entendent mes vœux, te rendre à leur tour des soins mérités ! Puissent ils ajouter à tes jours les années dont tu prolonges l'existence de leurs demeures, et veiller sans relâche au bonheur de ta maison ! » Ovide. ♦ « Et toi, qui peux à ton gré prendre rang parmi les dieux, choisis, César : veux-tu, protecteur de nos villes et de nos campagnes, régner sur l’univers ? L'univers est prêt à révérer en toi l'auteur des fruits qu'il produit, le maître des saisons, et à ceindre ton front du myrte maternel... Favorise mes efforts et mon audace... » Virgile. ♦ « Ta grandeur n'admet pas un humble style... » Horace. ♦ « Il était d'un bel extérieur, et conserva cet avantage à tous les âges, quoiqu'il négligeât entièrement toute espèce d’art, et qu'il fût peu soucieux du soin de sa chevelure; au point que souvent il occupait à la hâte plusieurs coiffeurs à la fois, et que, tantôt il se faisait couper la barbe, tantôt la faisait raser, ce qui ne l'empêchait pas de lire ou d'écrire quelque chose en même temps. Soit qu'il parlât, soit qu'il se tût, son visage était tranquille et serein... Il avait l'œil vif et brillant, et il voulait que l’on crût que son regard avait quelque chose de la puissance divine, aussi voyait-il avec plaisir, en regardant fixement quelqu'un, que l'on baissât les yeux comme pour éviter l’éclat du soleil; mais, dans sa vieillesse, sa vue s'affaiblit de l'œil gauche. Auguste avait peu de dents, elles étaient petites et couvertes de tartre, sa chevelure était légèrement bouclée et de couleur jaunâtre; ses sourcils se rejoignaient ses oreilles étaient de moyenne grandeur; il avait le nez élevé à la partie supérieure, pointu vers le bas, son teint tenait le milieu entre le brun et le blanc. Sa taille était petite... mais ses membres étaient si bienfaits, si bien proportionnés, qu'on ne s'apercevait de ce qui manquait à sa stature que quand une personne plus grande se mettait à côté de lui. » Suétone. ♦ « Je crois qu 'Octave est le seul de tous les capitaines romains qui ait gagné l’affection des soldats en leur donnant sans cesse des marques d'une lâcheté naturelle... S'il avait d’abord montré une grande âme, tout le monde se serait méfié de lui; et s’il eût eu de la hardiesse, il n 'aurait pas donné à Antoine le temps de faire toutes les extravagances qui le perdirent. » Montesquieu. ♦ « Auguste était un fort méchant homme, indifférent au crime et à la vertu, se servant également des horreurs de l'un et des apparences de l'autre, uniquement attentif à son seul intérêt, n’ensanglantant la terre et ne la pacifiant, n'employant les armes et les lois, la religion et le plaisir que pour être le maître et sacrifier tout à soi-même. » Voltaire. ♦ « Auguste, après avoir soumis ses concitoyens et détruit ses rivaux, régit durant quarante ans le plus grand empire qui ait existé : mais tout cet immense pouvoir l’empêchait-il de frapper les murs de sa tête et de remplir son vaste palais de ses cris, en redemandant à Varus ses légions exterminées ?... L'infortuné voulut gouverner sa maison ! » Jean-Jacques Rousseau. ▼ « Auguste, héritier de César, n 'était pas de cette première race d’hommes qui font les révolutions; il était de cette race secondaire qui en profite, et qui pose avec adresse le couronnement de l'édifice dont une main plus forte a creusé les fondements : il avait à la fois l’habileté et la médiocrité nécessaires au maniement des affaires, qui se détruisent également par l'entière sottise ou par la complète supériorité. » Chateaubriand.

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