ARAL (mer d')
ARAL (mer d')
La fin du xxe siècle a vu disparaître la mer d’Aral (située entre le Kazakhstan et l’Ouzbékistan) qui constituait jusqu’en 1960 le quatrième lac de la planète. Mais il ne s’est pas agi d’un phénomène géologique comme ceux qui ont affecté par le passé le lac Salé en Amérique du Nord ou la mer Morte au Proche-Orient.
La mer d’Aral a été délibérément sacrifiée à une politique d’irrigation démesurée mise en œuvre par les autorités communistes de l’URSS et qui visait à consacrer en Asie centrale sept millions d’hectares à la monoculture extensive du coton.
Au nom de l’« or blanc » qui devait apporter la prospérité aux populations musulmanes des cinq républiques soviétiques de l’Asie centrale (Kazakhstan, Turkménistan, Ouzbékistan, Tadjikistan, Kirghizstan), on a entrepris en 1960 de ponctionner le débit des fleuves Amou-Daria et Syr-Daria qui prennent leur source dans les massifs himalayens du Pamir et du Tian Chan et se jettent dans la mer d’Aral après un cours de plus de 1 000 kilomètres.
L'ampleur des prélèvements fut telle que, dès les années 1980, plus aucune quantité d’eau ne parvenait à la mer. Celle-ci a commencé à se rétracter, découvrant sur des dizaines de milliers d’hectares un désert de type nouveau fait d’une croûte de sel que les vents soulèvent et dispersent dans la région. L’eau résiduelle de la mer, comme celle du cours inférieur des fleuves, a vu sa teneur en sels augmenter et s’est chargée en résidus chimiques et bactériologiques dus notamment à l’utilisation abusive d’engrais, de pesticides et de défoliants.
Devenu le quatrième producteur mondial et le deuxième exportateur de coton, l’Ouzbékistan était la vitrine des succès de l’agriculture soviétique, un phare socialiste pour le tiers monde, au prix de la disparition de l’industrie de la pêche, d’atteintes irréversibles à la biodiversité, de terres impropres à la culture et à l’élevage, de l’empoisonnement de la chaîne alimentaire, de la raréfaction de l’accès à l’eau potable et, au bout du compte, de la santé puis de la survie de cinq millions de sinistrés kazakhs, ouzbeks, turkmènes et karakalpaks, anciens riverains de la mer et des deltas, qui figuraient déjà parmi les habitants les plus pauvres de l’URSS. Parallèlement, la « fièvre du coton » s’était accompagnée dans l’ensemble de la région d’un cortège classique de corruption des élites, de réactivation de litiges portant sur la délimitation de territoires ou le partage de l’eau, du travail des enfants.
L'accession à l’indépendance des républiques soviétiques d’Asie centrale à la faveur de l’effondrement de l’URSS en 1991 a suscité des espoirs vite déçus.
Les programmes d’assistance mis en œuvre par des organisations internationales (Programme des Nations unies pour l’environnement - PNUE -, Banque mondiale) se sont révélés de peu d’effet. Des organisations non gouvernementales humanitaires ont tenté de combattre la propagation de la tuberculose, des maladies du système digestif et la généralisation de l’anémie dont étaient frappées 90 % des femmes. Leur présence sur place a notamment permis d’alerter l’opinion mondiale en faveur d’une solidarité avec les victimes de la catastrophe de la mer d’Aral, victimes dont les droits humains fondamentaux n’étaient toujours pas assurés à la fin du xxe siècle.