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Adenauer, Konrad (Cologne 1876-Rhön-dorf 1967)

Adenauer, Konrad (Cologne 1876-Rhön-dorf 1967); chancelier allemand [1949-1963]. Né en 1876, A. est un homme du XIXe siècle. Son père, sous-officier de l'armée prussienne, fait officier sur le champ de bataille de Sadowa, est un homme du peuple rhénan dont la vie et la foi n'ont pas grand-chose à voir avec le monde est-elbien. Dans cette famille de la petite bourgeoisie, on vote pour le Zentrum catholique et l'on déteste le Kulturkampf de Bismarck qui fait des catholiques des citoyens de seconde classe, suspects de double loyauté envers le roi-empereur certes, mais aussi envers le pape. A. fait des études de droit pour entrer dans l'administration municipale. En 1917 le ministre de l'intérieur le nomme maire de Cologne (Oberbürgermeister, « maire en premier »). Il restera seize ans à la tête de sa ville. Entre Cologne et Bonn, il fait construire la première autoroute d'Allemagne. La guerre perdue, il faut donner une nouvelle structure à l'Allemagne. Les nazis reprocheront plus tard à A. d'avoir rejoint le petit groupe soutenu par les occupants français qui rêvaient d'une République rhénane détachée de l'Allemagne. En réalité A. n'a pris position que pour un Land de Rhénanie détaché de la Prusse ; ce projet ne se réalisera qu'après une deuxième guerre mondiale. Entre-temps, A. devient un personnage de premier plan. Président du Conseil d'Etat, une sorte de Sénat de la Prusse devenue République, il se place sur le terrain des faits et s'affronte violemment en 1922, lui toujours pieux catholique, au cardinal archevêque de Munich, Michael von Faulhaber, qui prétend que les catholiques doivent rester fidèles au principe monarchique. Homme de tradition, et de tradition humaniste, A. déteste les nazis dès qu'ils commencent à jouer un rôle. Il pense que la République et les républicains n'ont pas su se défendre et que le temps d'un parti exclusivement catholique est révolu. Les nazis cependant arrivent au pouvoir. A. est aussitôt chassé de sa mairie ; par tous les moyens on essaie de réunir des preuves pour lui faire un procès en concussion. Les responsables hitlériens, encore tenus par le respect des règles de l'État de droit, n'y parviennent pas. Il est finalement mis à la retraite avec sa pension. Trop surveillé pour participer à la préparation de l'attentat du 20 juillet et trop méfiant, il sera néanmoins arrêté et sa femme connaîtra le même sort. L'arrivée des Américains en mars 1945 met fin au cauchemar. Bien informées par des émigrés, les autorités américaines placent A. à la tête de sa ville dévastée. Mais au bout de quelques mois ce sont les Britanniques qui s'installent en Rhénanie et le gouvernement travailliste, sous l'influence des sociaux-démocrates allemands, le fait destituer. A. dès lors peut se consacrer entièrement à l'action politique. Il est de ceux qui veulent substituer au Zen-trum une Union démocrate chrétienne où les protestants seraient à égalité avec les catholiques. En quelques mois, A. parvient à se placer en tête de cette nouvelle CDU pour l'ensemble de la zone d'occupation britannique qui s'étend du Holstein au sud de Bonn. Quand les Alliés occidentaux, renonçant à l'espoir de rétablir l'unité allemande interrompue par les Soviétiques, appellent les Allemands occidentaux à se donner un Etat démocratique, A. est le patron incontesté du plus grand parti ; il préside le Conseil parlementaire appelé à élaborer la Constitution fédéraliste. Celle-ci entre en vigueur à l'automne 1949. A. est élu chancelier fédéral à 73 ans avec une voix de majorité, la sienne. « Comment aurais-je pu oser, dit-il, demander aux autres de voter pour moi, si je n'étais pas capable de donner l'exemple ? » Installé à Bonn, il demeurera au pouvoir pendant quatorze ans. Avec ses alliés libéraux, difficiles à contenter, mais qui n'ont pas alors la possibilité de choisir l'alliance d'une social-démocratie encore fortement teintée de marxisme, il fait fonctionner les nouvelles institutions, rétablit la confiance, engage l'Allemagne de l'Ouest dans la nouvelle expérience de l'Economie sociale de marché qui associe le syndicalisme à la gestion de l'économie, mais d'une économie résolument capitaliste. Il gagnera trois élections générales, en 1953, 1957 et 1963. Il conduira dès 1960 la nouvelle démocratie allemande sur la voie de l'intégration atlantique et européenne. En 1956 l'Allemagne adenauerienne est membre de l'OTAN, depuis 1952 elle fait partie de la Communauté européenne du charbon et de l'acier, en 1957 elle est cofondatrice de la Communauté économique. Mais si l'Allemagne de l'Ouest vole de succès en succès sur les ailes de son « miracle économique », et retrouve la confiance des Anglo-Saxons, des Français et des Juifs (grâce à l'accord conclu avec Ben Gourion et Nahum Goldmann en 1951), l'Allemagne de l'Est, sous la domination soviétique, s'éloigne. On reprochera à A. d'avoir sacrifié l'unité allemande à la liberté. Il rétorquera que l'unité ne serait rien sans la liberté, et qu'en établissant la liberté à l'Ouest, il réserve un sort meilleur à l'Est. Après le départ des Républicains aux Etats-Unis, en 1960, A. ne retrouve pas l'ancien contact facile avec le jeune Kennedy ; le lien avec la France du général de Gaulle n'en devient que plus important ; cette évolution aboutit en janvier 1963 au traité de l'Elysée, plus solide et fondamental que l'on ne le pensait, alors qu'il était le fruit d'une fin de règne. En effet A. n'a pu en 1961, sous le coup de la construction du Mur, réunir contre le jeune et populaire maire de Berlin, Willy Brandt, qu'une majorité relative. Devenus alliés nécessaires à nouveau, les libéraux imposent à A. un départ à la retraite en automne 1963. Il doit même se résigner à voir lui succéder le populaire « père du miracle économique », le professeur Erhard, qu'il tient pour une nullité politique. A. poursuit sa vengeance : il est de toutes les intrigues contre Erhard jusqu'à ce qu'en décembre 1966 la Grande Coalition (CDU/SPD) lui substitue le chancelier Kiesinger. Après un dernier grand discours en faveur de l'Europe unie et démocratique, prononcé à Madrid où gouverne encore Franco, A. meurt à l'âge de 91 ans, le 19 avril 1967.

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