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Adalbert (v. 1000-Goslar 1072)

Adalbert (v. 1000-Goslar 1072); archevêque de Brême-Hambourg [1043-1072], régent de l'Empire [1063-1066]. Né aux alentours de l'an mille, A. est le fils du comte thuringien Friedrich de Goseck, et de la fille du comte de Weimar. Ses frères sont comtes palatins de Saxe. En 1043, A., qui depuis 1036 environ est prévôt du chapitre de la cathédrale d'Halberstadt, où il a été élevé, mais aussi chapelain du roi Henri III, est nommé archevêque de Brême. Toute sa vie, il sera considéré par ses adversaires comme « l'espion de l'Empereur ». A. fait de son archevêché une puissance politique grâce aux moyens financiers (propriétés foncières, droits régaliens, comtés) fournis par l'Empire, puissance politique qu'il met au service de son maître. Il développe considérablement les missions dans les pays Scandinaves, s'avançant jusqu'au Groenland, ordonnant des évêques pour l'Islande et les îles Orcades (Orkney), mais aussi dans les nouveaux diocèses de la Baltique (Ratze-bourg et Mecklenbourg) en s'assurant la collaboration du chef des Abodrites, Gott-schalk ; on retrouve là le style des évêques de l'époque ottonienne. Cela ne va pas sans susciter des résistances, ainsi de la part des Wendes qui détruisent Hambourg en 1068. A. parvient à se faire nommer par Léon IX en 1053 légat pontifical dans les nations du Nord, en résidence à Brême ; mais le pape, comme ensuite Alexandre II, repousse son projet de fonder un vaste patriarcat à Hambourg, dont l'autorité s'étendrait à l'Allemagne du Nord et à la Scandinavie. Ce but, pour A., suppose l'entente entre l'Empire et l'Église de Rome. Il n'y a donc rien d'éton-nant à ce que, lorsque, sous la régence de l'impératrice Agnès, l'Empire entre en crise, face à la politisation croissante de la réforme religieuse à Rome, A. porte à l'extrême les idées fondamentales de l'époque d'Henri III. En Saxe, qui va devenir la première terre d'Empire avec Goslar comme résidence du roi, il faut, selon A., concentrer partout la politique royale sur les évêchés et les possessions royales ; mais il ne s'aperçoit pas que les princes laïcs, les abbés des abbayes d'Empire et les partisans de la Réforme s'unissent pour former une opposition, hétérogène mais puissante, à ce projet. Sa politique extérieure s'oriente vers le nord et l'est, obtenant des succès en Hongrie, une paix relative dans les régions en contact avec les Slaves, des progrès dans la mission auprès des Abodrites ; il ne remarque pas que depuis 1056 l'Italie est trop abandonnée à elle-même et qu'on ne pourra pas remédier à cette situation. La personnalité d'A. divise les esprits. C'est un grand seigneur entreprenant, d'une activité débordante, à l'intelligence pratique ; mais il est également d'une folle arrogance ; l'archevêque Annon de Cologne voit en lui son contraire et son rival, le jeune Henri IV une source fascinante d'inspiration. Il n'y a aucun doute sur l'issue de la rivalité. En 1063, après une victoire d'A. en Hongrie, Annon, qui s'est débarrassé de la régente Agnès l'année précédente, est contraint de partager le pouvoir avec A. ; en 1064, Annon, pendant un séjour en Italie, se voit privé de toute influence, si bien que le voyage du roi, qui a atteint sa majorité, à Rome, prévu pour 1065, n'a pas lieu. Même lorsque les acteurs du « coup d'Etat » de Kaiserswerth de 1062, pour éviter un procès, réussissent à obtenir en 1066, à Tribur, le renvoi d'A., ils ne peuvent empêcher que les règles de conduite politique qu'il a établies lorsqu'il a été «protecteur» du roi (1063-1066) ne survivent à sa chute ni même à sa mort, survenue à Goslar le 16 mars 1072.

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