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MAROC, el-Mamlaka el-Maghrébia

État de l'Afrique du Nord-Ouest ; capitale Rabat. • Jusqu'à la conquête arabe • Le Maroc médiéval • Le Maroc et l'Occident jusqu'en 1961 • Le règne de Hassan II • L'après-Hassan II

Jusqu'à la conquête arabe

Le Maroc fut peuplé dès le paléolithique inférieur et a connu une continuité de peuplement durant toute la préhistoire. Vers 1100 av. J.-C., les Phéniciens fondèrent, sur la côte atlantique, le comptoir de Lixus (auj. Tchemmich), puis, plus près du détroit, ceux de Tingis (Tanger) et d'Abyle. Longtemps gouverné par des rois indigènes, le Maroc, fut compris en 25 av. J.-C. dans le vaste royaume de Maurétanie confié par Auguste à Juba II ; à la mort du fils de ce dernier (42 apr. J.-C.), les Romains annexèrent le pays. De cette Maurétanie dite Tingitane, les Romains ne contrôlèrent effectivement que la bande septentrionale, où ils établirent les colonies de Tingis, Zilis, Lixus et Volubilis. Au IIIe s., l'agitation des tribus berbères se fit menaçante, et, en 285, Dioclétien réduisit la Maurétanie Tingitane à la région de Tanger. Envahi ensuite par les Vandales (429), le Maroc fut conquis par les musulmans à la suite des expéditions de Moussa ibn Nasser (vers 705/709).

Le Maroc médiéval

Placé sous l'autorité du gouverneur omeyyade de Kairouan, le Maroc manifesta rapidement son esprit d'indépendance par l'agitation des Kharidjites (v.), qui réussirent à s'emparer de Tanger dès 730 et déclenchèrent la grande révolte de 742, laquelle s'étendit à toute la Berbérie. Pratiquement isolé de l'islam après la chute des Omeyyades (750), le Maroc septentrional vit s'établir à la fin du VIIIe s. la dynastie des Idrissides, qui fonda Fès en 809. Mais l'événement décisif de l'histoire marocaine fut la conquête du pays par les Almoravides, de 1054 à 1069. L'Almoravide Yousouf ibn Tachfin, fondateur de Marrakech (1062), réalisa le premier l'unité du N. et du S. marocain. À la suite des conquêtes almoravides en Espagne, la civilisation andalouse rayonna en Espagne au début du XIIe s. ; en 1147, les Almoravides s'effacèrent devant les Almohades, auxquels la défaite de Las Navas de Tolosa, en Espagne, porta un coup fatal (1212). Au Maroc, les Almohades furent remplacés par les Mérinides (1248/1465). Ces derniers furent de grands bâtisseurs. Ils fondèrent notamment Fès-la-Neuve où ils établirent leur capitale. Au cours du XVe s., les Portugais voulurent s'assurer le contrôle de la côte atlantique marocaine, afin de garantir leur navigation vers la Guinée et, plus tard, vers l'océan Indien. Ils s'emparèrent successivement de Ceuta (1415), de Ksar es-Seghir (1458), d'Arzila et de Tanger (1471). Cet assaut de l'Occident et la chute du royaume de Grenade (1492), qui fit affluer au Maroc une foule de réfugiés musulmans pleins de rancune contre les chrétiens, allaient contribuer à faire de ce pays un bastion farouchement hostile à toute pénétration étrangère. Alors que les marabouts prêchaient la guerre sainte contre les chrétiens, la dynastie chérifienne des Saadiens, établie définitivement en 1554, n'hésita pas à s'allier avec les Espagnols pour préserver l'indépendance marocaine de la conquête turque. Après avoir vaincu les Portugais à la bataille d'Alcazar Quivir (4 août 1578), la dynastie connut son apogée sous le règne d'Ahmed IV el-Mansour (1578/1603). Après une longue période de division du pays, elle fut remplacée par la nouvelle dynastie des Alaouites du Tafilalet, qui s'empara de la totalité du Maroc entre 1660 et 1670, et dont les descendants ont règné jusqu'à nos jours.

Le Maroc et l'Occident jusqu'en 1961

L'œuvre organisatrice de Moulay Ismaïl (1677/1712) fut remise en question dès le XVIIIe s. par des compétitions successorales. Sous le règne de Mohammed ben Abdallah (1757/90), le Maroc commença à s'ouvrir au commerce européen. Un traité fut signé avec la France en 1767, mais l'influence britannique devint prédominante sous Moulay Yazid (1790/92) et sous Moulay Suléiman (1792/1822). Le sultan Abd- el-Rahman réagit à la conquête française de l'Algérie en soutenant Abd el-Kader. Mais Bugeaud vainquit son armée à l'Isly (1844). De même, les Espagnols furent victorieux quand leur armée riposta aux attaques marocaines contre leurs presides (1859/60). Le Maroc devenait ainsi un enjeu dans la rivalité des puissances européennes. En 1880, la conférence de Madrid mécontenta la France, qui cherchait à se faire reconnaître au Maroc une situation privilégiée. La multiplication des mouvements xénophobes et l'administration catastrophique du sultan Moulay Abd el-Aziz (1894/1908) fournirent à la France le prétexte d'occuper les confins marocains (1900/03). Paris passa des accords avec la Grande-Bretagne (8 avr. 1904) et avec l'Espagne (3 oct. 1904), préparant ouvertement un partage du Maroc. Ce fut alors que l'Allemagne décida d'intervenir pour mettre à l'épreuve l'entente franco-britannique : Guillaume II débarqua à Tanger et, le 31 mars 1905, proclama sa volonté de soutenir l'indépendance du sultan et de « tout faire pour sauvegarder efficacement les intérêts de l'Allemagne au Maroc ». La conférence d'Algésiras (janv. /avr. 1906) ramena la France au régime commun et plaça le Maroc sous contrôle international. Mais dès l'année suivante, différents incidents entraînèrent l'occupation d'Oujda par Lyautey, puis de Casablanca. La convention franco-allemande du 9 févr. 1909 équivalait à un accord de partage économique, la France s'engageant toujours à maintenir l'intégrité de l'Empire chérifien, mais, en avr. 1911, l'intervention des troupes françaises, à la demande du sultan Moulay Hafiz, assiégé dans Fès par les tribus révoltées, provoqua une nouvelle tension franco-allemande. L'incident d'Agadir fut heureusement réglé par l'attitude pacifique de Caillaux. Dès le 30 mars 1912, la convention de Fès instaurait officiellement le protectorat français sur le Maroc, tandis que l'Espagne recevait une zone septentrionale et, au S., le territoire d'Ifni. Sous le gouvernement de Lyautey (1912/25) nommé résident général, le protectorat fut honnêtement appliqué et le Maroc pacifié amorça une rapide transformation grâce aux grands travaux réalisés par la France (ports, routes, voies ferrées). Mais le soulèvement d'Abd el-Krim dans le Rif avait demandé cinq ans (1921/26) pour être réprimé par les troupes françaises et espagnoles ; et le Haut-Atlas fut définitivement conquis seulement en 1934. À partir de 1930, la France s'efforça de plus en plus de substituer son administration directe au régime du protectorat. Le dahir berbère du 16 mai 1930, qui soustrayait les tribus berbères à la juridiction musulmane et apparaissait ainsi comme une manoeuvre favorisant la division du Maroc, provoqua la première agitation importante de la jeunesse nationaliste contre la France dans le monde arabe.

La défaite de 1940 porta un coup décisif au prestige français : après l'occupation de l'Afrique du Nord par les Alliés (nov. 1942), le sultan Mohammed V ben Youssef (1927/61) reçut du président Roosevelt la promesse de l'indépendance. En déc. 1943, le parti nationaliste de l'Istiqlal était fondé. Après la guerre, l'épreuve de force devint inévitable : le gouvernement français encouragea la rébellion féodale du Glaoui, pacha de Marrakech, déposa le sultan (20 août 1953) et le remplaça par Mohammed ben Arafa. Déporté en Corse puis à Madagascar (1953/55), Mohammed V vit son prestige grandir, cependant que le terrorisme ensanglantait le pays. Malgré l'opposition de ses ministres gaullistes, le gouvernement Edgar Faure dut engager en août 1955 des négociations qui aboutirent aux entretiens Pinay-Mohammed V de La Celle-Saint-Cloud (5 nov.). Rentré triomphalement dans son pays, le sultan obtint la reconnaissance de l'indépendance du Maroc par la France (2 mars 1956) et par l'Espagne (7 avr.), ainsi que l'abolition du statut international de Tanger (21 oct.). Le Maroc compléta son indépendance en obtenant de l'Espagne la rétrocession du Maroc espagnol (1958) et de l'enclave d'Ifni (1969). Il conclut avec la France des accords de coopération financière, économique et technique (1962). Tout en appuyant la lutte contre Israël, membre de la Ligue arabe à partir d'oct. 1958, le gouvernement de Rabat s'efforça de jouer un rôle modérateur dans le monde arabe. À l'intérieur, le problème était de trouver un équilibre entre la monarchie traditionnelle, où le roi détenait la plénitude de l'autorité civile et religieuse, et les institutions parlementaires que Mohammed V avait promises. Le parti de l'Istiqlal, qui avait joué un rôle décisif dans la lutte pour l'indépendance, obtint la direction du gouvernement en mai 1958, mais il se divisa en 1959, avec le départ de la tendance de gauche, qui, conduite par Mehdi ben Barka, fonda un nouveau parti, l'Union nationale des forces populaires (UNFP).

Le règne de Hassan II

Après la mort de Mohammed V (févr. 1961), son fils, Hassan II, fit approuver par référendum une Constitution qui, tout en maintenant de larges prérogatives royales, établissait un système parlementaire bicaméral (déc. 1962). Mais le nouveau souverain s'aliéna rapidement les partis. À la suite de troubles, il proclama l'état d'urgence et prit en main tous les pouvoirs (juin 1965). Deux autres Constitutions (1970 et 1972) ne furent pas appliquées davantage. Peu après, le chef de l'opposition, Mehdi ben Barka, était enlevé à Paris (29 oct. 1965) et assassiné (v. BEN BARKA, affaire). En août 1972, Hassan II échappa de justesse à un complot qui avait pour instigateur l'homme jusqu'alors considéré comme le plus ferme soutien de la monarchie, le général Oufkir. La « marche verte » de près de 300 000 Marocains en 1975 permit d'occuper, puis d'annexer, en 1976, le Sahara occidental (v.) dont l'Espagne venait de se retirer et de ressouder le peuple marocain autour de son roi. Le Maroc s'engagea alors dans un conflit le mettant aux prises avec l'Algérie et la Mauritanie, qui affirmaient leurs prétentions sur la région, et avec le Front Polisario, mouvement indépendantiste sahraoui. Les efforts de l'ONU pour régler ce dernier vestige de la décolonisation en imposant un plan de paix et un référendum sur l'autodétermination n'avaient toujours pas abouti en 2003. À l'intérieur, une crise économique a provoqué plusieurs manifestations violentes en 1979, 1981 et 1984, face auxquelles le régime a réagi avec sévérité. Parallèlement, le pays poursuivait un processus de démocratisation qui aboutit en sept. 1992 à une révision de la Constitution, adoptée par référendum, par laquelle le Parlement vit ses pouvoirs élargis. Les élections législatives de 1993 virent la progression des deux principaux partis d'opposition, l'Istiqlal et l'USFP, qui obtinrent près de la moitié des sièges attribués au suffrage universel. La victoire de l'USFP aux élections législatives de nov. 1997, a provoqué la première alternance politique du Maroc moderne : le Secrétaire général de l'USFP, Abd er-Rahman Youssoufi, a été désigné comme Premier ministre.

L'après-Hassan II

À la mort du roi Hassan II, le 23 juillet 1999, son fils Mohammed VI, né en 1963, lui a succédé. Sa jeunesse et sa formation ont fait naître beaucoup d'espoirs. Le début du règne a été marqué par des avancées incontestables : une commission chargée d'indemniser les anciens prisonniers politiques et les familles des disparus a été créée et Driss Basri, ministre de l'Intérieur, qui, depuis 1974, contrôlait l'administration et les services secrets, limogé. Il n'était cependant pas encore question de vraie démocratisation, par crainte d'un raz-de-marée en faveur des islamistes, et les médias qui abordèrent le sujet se virent censurés.

PROTECTORAT SUR MADAGASCAR • 1er octobre 1895 En 1883, sous le prétexte que les missionnaires s’y trouvent régulièrement menacés, des troupes françaises débarquent à Madagascar, où la reine Ranavalona III mène depuis quelques années une active politique antifrançaise. Deux ans plus tard, le 17 décembre 1885, la souveraine malgache se trouve contrainte de signer un traité où elle reconnaît des droits à la présence coloniale de la France. Pour autant, son hostilité, savamment entretenue par les missionnaires anglais, ne connaît pas de trêve. Aussi, au début de 1895, un nouveau corps expéditionnaire débarque-t-il sur l’île et, le 30 septembre, entre dans la capitale, Tananarive. La reine et son Premier ministre doivent finalement accepter le protectorat français, confirmé par un traité signé le 1er octobre 1895. Madagascar deviendra une colonie française le 6 août 1896.

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