VIVES Juan Luis
VIVES Juan Luis. Humaniste et philosophe espagnol d’expression latine. Né à Valence le 6 mars 1492, mort à Bruges le 6 mai 1540. A dix-sept ans, en 1509, on trouve Vives à Paris, centre de la Renaissance; dès lors, sa vie ne fut qu’un continuel déplacement dans le nord de l’Europe; il déploya en même temps les activités les plus diverses, parmi lesquelles celle de professeur à l’Université de Louvain où il se lia avec Érasme, et la période pendant laquelle il fut le précepteur de la princesse Marie d'Angleterre, fille d’Henri VIII, et professeur au Corpus Christi d’Oxford. L’atmosphère internationale dans laquelle se déroula l’existence de Vivès exerça une influence profonde sur sa pensée et sur son œuvre. Ayant débuté comme brillant humaniste — ainsi dans son commentaire ou « songe » sur le Songe de Scipion — de Louvain, le 13 février 1519, il lança son pamphlet Contre les pseudo-dialecticiens contre les philosophes décadents de la Sorbonne, raillant le bas niveau où était tombée la science des université européennes, par la faute du « nominalisme ». Cependant, la critique de Vivès, typiquement celle d’un partisan de la Renaissance, ne fut pas simplement négative, elle fut suivie d’autres ouvrages constructifs, tels que De l'instruction (1531) et Des arts [1531]. A la demande d’Érasme, Vivès s’occupa de la révision de La Cité de Dieu de saint Augustin, en rétablissant le texte et en écrivant un commentaire qui parut à Bâle en 1522. A la mort de Nebrija, l’Université d’Alcala offrit à Vivès la chaire vacante, mais le philosophe ne put l’accepter. Les ennuis de Vivès s accentuèrent à la mort prématurée du pape Adrien VI, son ami, dont il aurait certainement pu obtenir une aide quelconque. Les choses se modifièrent lorsqu’il fut appelé à la cour d’Angleterre comme précepteur de la princesse Marie : il fut également le lecteur de la reine Catherine d’Aragon, femme d’Henri VIII; en outre, comme nous l’avons déjà dit, il enseigna à Oxford. Le 26 mai 1524, à Bruges, Vivès épousa Marguerite Valldaura, qui avait été son élève. En 1527, il tomba en disgrâce auprès d’Henri VIII pour ne pas l’avoir soutenu dans son dessein de divorcer; il perdit ainsi la pension royale. Arrêté, il dut quitter l’Angleterre définitivement. Tous ces événements expliquent l’évolution psychologique de Vivès, son croissant attachement à la foi catholique, et le caractère de ses œuvres à partir de cette époque. En avril 1523, il terminait L'Institution de la femme chrétienne, dédiée à la reine Catherine; en 1529, il en publiait le complément dans Des devoirs d’un mari, qu'il dédia à don Juan Borja. troisième duc de Gandia et père de saint François Borja. Pour l’éducation de la princesse Marie, en 1523, il rédigea De la raison des études enfantines et, en 1524, La Garde de l’âme. C’est à Louvain, en 1524, qu’il donna l'introduction à la sagesse, suivie, en 1526, du : Des conflits européens et de la guerre turque, motivé par la Réforme protestante en pleine activité, et cette même année, Les Conditions de vie des chrétiens sous l’oppression turque. Les quatre volumes De la concorde et de la discorde dans la race humaine sont dédiés, en date du 1er juillet 1529, à l’empereur Charles Quint; la même année, Vives donne De la Pacification, court ouvrage qui contient toutes ses idées sages et fécondes sur la paix, et dont le dédicataire est Alfonso Manrique, archevêque de Séville. Parmi les œuvres de caractère social de Vives, il ne faut pas oublier son magnifique traité De la Subvention des pauvres, dédié au bourgmestre du sénat de Bruges le 6 janvier 1526, ouvrage qui eut une grande influence à cette époque. Enfin, arrivé à sa pleine maturité, Vives écrivit celle que beaucoup considèrent comme sa meilleure œuvre, L’A me et la vie, composée à Bruxelles en 1538. Atteint de la goutte depuis 1533, il fut finalement contraint à l’immobilité, mais cela n’arrêta pas sa plume. Après la mort de sa femme il rassembla ses derniers papiers, ceux du traité De la vérité de la foi chrétienne, que son disciple Granevelt fit éditer en 1543, dédiant l’œuvre au pape Paul III, croyant interpréter ainsi les sentiments de son maître disparu. Tout l’ouvrage est consacré à la louange et à la défense de la foi catholique et constitue, en quelque sorte, le testament spirituel de ce savant humaniste de renommée universelle qui mérita à juste titre le nom de « christianisateur de la Renaissance ». Rappelons en outre de lui les Exercices de langue latine, Veritas fucata, sive licentia poetica, et De l’éducation libérale des adolescents et des jeunes filles.
♦ « Vives est l’écrivain qui résume et personnifie le plus fidèlement les idées et le savoir accumulés par la Renaissance. » Menéndez y Pelayo.
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