Databac

VENISE, Venezia

Ville du nord-est de l'Italie, construite sur plus de cent îlots, dans la lagune de Venise, au fond de l'Adriatique.

• Les débuts de la République (VIe/XIIe s.) • L'apogée de la Venise médiévale (XIIIe/XIVe s.) • Le déclin de la suprématie méditerranéenne

Les débuts de la République (VIe/XIIe s.)

Les Vénètes, établis dans la région côtière de l'actuelle Vénétie dès l'époque préromaine, furent terriblement éprouvés par les invasions des Ve/VIe s. Fuyant les Goths, les Huns (452) et les Lombards, les habitants des cités de l'intérieur (les plus importantes étaient Aquilée et Padoue) prirent l'habitude, à chaque invasion, de se replier sur les îlots de la lagune, où étaient établis depuis longtemps de petits groupes de pêcheurs qui vivaient isolés du reste du monde et pratiquement indépendants. C'est seulement après l'invasion lombarde (568) que les réfugiés se fixèrent définitivement dans la lagune, en douze villes qui devaient former le noyau de l'État vénitien : Grado, Bibione, Caorle, Jesolo, Heraclea, Torcello, Murano, Rialto, Malamocco, Poveglia, Chioggia et Sottomarino. Reconnus par l'empire d'Orient en 584, les Vénitiens se donnèrent un conseil de douze tribuns qui élirent le premier doge, Paulo Lucio Anafesto, en 697. Lorsque Pépin, fils de Charlemagne et roi d'Italie, voulut affirmer ses droits sur les gens de la lagune, ceux-ci transportèrent leur capitale dans l'île à peu près inaccessible de Rialto et se placèrent sous la protection de l'empereur d'Orient, Nicéphore ; Pépin dut renoncer à les soumettre (810). Vassale de Constantinople, Venise dut sa fortune à son isolement historique ; elle échappait en fait au basileus, mais sa dépendance théorique envers Byzance la préservait juridiquement des atteintes des empereurs germaniques. Dès la fin du IXe s., les liens politiques avec Byzance étaient pratiquement rompus, et Venise, sous la direction de quelques grandes familles, les Partecipazio, les Candiani, les Orseoli, qui tentèrent vainement de rendre la dignité de doge héréditaire à leur profit, se lança à la conquête d'un empire maritime, d'abord en Adriatique, puis en Méditerranée orientale. Au début du XIe s., Venise dominait déjà les côtes de l'Istrie et de la Dalmatie. Marchandant avec Byzance leur alliance contre les Normands, en 1082, les Vénitiens obtinrent d'importants privilèges commerciaux en Orient. Les croisades furent pour eux une nouvelle source de prospérité : Venise commandait en effet une des principales routes vers la Terre sainte, et elle eut des comptoirs dans les principaux ports francs du Levant, notamment à Sidon (1102) et à Tyr (1123). La cité était devenue une puissance européenne et, en 1177, c'est à ses bons offices qu'on eut recours pour faire la paix entre l'empereur Frédéric Ier Barberousse et le pape Alexandre III. De vassale, Venise était devenue la rivale de Byzance : vers le milieu du XIIe s., il y avait à Constantinople un très grand nombre de commerçants vénitiens, qui occupaient tout un quartier de la ville. Mécontent de cette emprise économique, l'empereur Manuel Ier procéda à une arrestation en masse des Vénitiens et confisqua leurs biens. Le doge Vitale Michiele II prit personnellement le commandement d'une guerre qui se termina par la défaite de la République (1171). Mais le commerce vénitien n'était pas vitalement atteint et la cité des doges prépara sa revanche.

 

L'apogée de la Venise médiévale (XIIIe/XIVe s.)

En févr. 1201 arrivèrent à Venise les ambassadeurs des barons français de la quatrième croisade, qui venaient demander à la République d'organiser leur expédition vers la Terre sainte (v. CROISADES. Quatrième croisade, 1202/04). Après la prise de Constantinople par les croisés, en 1204, et la formation d'un empire latin d'Orient, Venise se tailla une puissance considérable, acquérant le « quart et demi de l'Empire », c'est-à-dire les îles Ioniennes et Dyrrachium, la plupart des îles de la mer Égée, l'Eubée, Rhodes, la Crète et de nombreuses places dans le Péloponnèse, l'Hellespont et la Thrace. Cette ascension s'accompagna, à Venise même, du triomphe de l'aristocratie marchande. Le doge symbolisait par son train fastueux la puissance de Venise, mais, à la fin du XIIIe s., il n'exerçait plus directement aucun pouvoir exécutif. L'exclusion complète du peuple provoqua des révoltes, notamment celle de Tiepolo (15 juin 1310). Mais les rebelles furent écrasés et le système aristocratique fut encore renforcé par la « fermeture du Grand Conseil » et par la création du conseil des Dix. La République vénitienne ne connut jamais les violents mouvements populaires qui devaient ensanglanter les villes flamandes. Mais, à l'extérieur, Venise devait se trouver en butte à une nouvelle rivale, Gênes. Vaincus en 1258, les Génois s'allièrent à Michel VIII Paléologue. Celui-ci réussit à reprendre Constantinople (1261), transférant aux Génois tous les privilèges détenus jusqu'alors par les Vénitiens. Peu après, la conquête de la Syrie par les musulmans fit perdre à Venise ses comptoirs du Levant (1291). Les Vénitiens vinrent ravager les établissements génois de Constantinople et contraignirent l'empereur Andronic II à leur rouvrir les marchés byzantins et à leur restituer une partie des Cyclades (1302). Venise conservait d'ailleurs les îles Ioniennes, l'Eubée (alors nommée Nègrepont, fief de la famille vénitienne des Giustiniani), la Crète ; elle rétablit son autorité à Corfou en 1386 ; des colonies marchandes vénitiennes menaient un commerce actif en Cilicie, dans l'empire grec de Trébizonde, à Tana, sur la mer d'Azov ; Venise était en relations régulières avec l'Asie centrale et la Chine (le voyage de Marco Polo ne fut pas unique en son genre), et, bravant même les excommunications pontificales, elle continuait à commercer avec l'Égypte des mamelouks. En Italie, tout le XIVe s. vénitien fut occupé par des guerres furieuses avec Gênes, particulièrement en 1353/55 et en 1378/81 (guerre de Chioggia). Venise subit plusieurs graves défaites (Curzola, 1298), et, en 1380, elle parut près de sa perte lorsque l'amiral génois Luciano Doria vint faire le blocus de la ville, réduite à la famine. Mais Gênes fut finalement vaincue et Venise resta la principale puissance maritime de la Méditerranée.

Le déclin de la suprématie méditerranéenne

Au début du XVe s., Venise entreprit la conquête d'un État de terre ferme, de manière à s'assurer le contrôle des routes des Alpes et des communications fluviales avec la Lombardie. Employant des mercenaires, elle annexa successivement la marche de Trévise (1339), le Padouan (1405), puis, après trois guerres contre Milan (1426/29), Brescia et Bergame, enfin Crema (1454) et Crémone (1499). Vers 1500, l'État vénitien de terre ferme était ainsi constitué, de l'Isonzo et de l'Adriatique à l'Adda, et des Alpes au Pô, tel qu'il devait subsister à peu près intact jusqu'à la fin de la République (1797). Venise laissa aux villes conquises leur autonomie locale, se contentant de leur imposer un podestat vénitien.

Après la prise de Constantinople par les Turcs (1453), Venise ne put éviter une guerre contre les Ottomans (1464/79) ; ce conflit lui coûta l'Eubée et diverses places du Péloponnèse, mais lui laissa ses privilèges commerciaux, moyennant un important tribut. Venise trouva d'ailleurs une compensation en Méditerranée orientale : à l'extinction des Lusignan, elle s'installa à Chypre, qu'elle devait conserver de 1489 à 1571. Les Vénitiens jouaient en même temps un rôle essentiel dans la politique italienne : ils furent les instigateurs de la ligue de Venise ou Sainte Ligue (1495), qui fit échouer les projets de Charles VIII en Italie. La découverte de l'Amérique et des Indes orientales, en affaiblissant le commerce européen de la Méditerranée, la fit entrer dans un long déclin. En Italie, la richesse et la puissance vénitiennes excitaient la convoitise et la crainte : à l'instigation de Ferdinand d'Aragon et de l'empereur Maximilien, se forma la ligue de Cambrai (1508), qui réunit également contre la République le pape et le roi de France Louis XII. Après la victoire des Français à Agnadel (14 mai 1509), Venise, encore une fois au bord de sa perte, fut sauvée par Jules II, qui, inquiet des succès de la France, lui donna son absolution (févr. 1510). La République s'en tira avec la perte de la Polésine et des villes qu'elle avait occupées en 1496 dans le royaume de Naples. Les guerres contre les Turcs se poursuivirent durant tout le XVIe et le XVIIe s. Malgré la victoire de Lépante (1571), Venise perdit Chypre (1571), puis la Crète (1669) et ses places du Péloponnèse (1739). Devenue le siège d'un patriarcat dès le XVe s., Venise demeura fermement fidèle au catholicisme lors de la Réforme, mais, en 1606, elle eut un violent conflit avec Paul V, qui jeta l'interdit sur la ville. En 1618, une conspiration pour assujettir Venise à l'Espagne fut déjouée (Saint-Réal a laissé une relation célèbre de cette conspiration). En 1797, Venise, bien qu'elle eût gardé sa neutralité, fut occupée par Bonaparte, qui n'éprouvait qu'aversion pour cette république aristocratique de marchands et voulait la punir du massacre des blessés français à Vérone. Par le traité de Campoformio (17 oct. 1797), l'État venitien fut livré à l'Autriche. En 1805, le traité de Presbourg rattacha Venise et la Vénétie au royaume d'Italie, mais l'ensemble revint à l'Autriche en 1814 et, jusqu'en 1866, Venise fit partie du royaume lombard-vénitien. Durant cette période, l'activité commerciale de Venise décrut encore, au profit de Trieste. Dès le 17 mars 1848, les patriotes italiens, sous la conduite de Daniele Manin et de Tommaseo, se rendirent maîtres de la cité, mais celle-ci fut assiégée par les Autrichiens et dut se rendre (22 août 1849). Venise fut rattachée à l'Italie, avec la Vénétie, à la suite de la guerre austro-italienne de 1866.

Ligue de Venise (1495). Ligue formée par divers États italiens contre le roi de France Charles VIII. Voir LIGUE (Sainte).

VENISE. Ville du nord est de l'Italie, établie sur une lagune de la mer Adriatique. Elle fut du XIIIe au XVe siècle la principale puissance maritime de la Méditerranée, dominant les relations avec l'Orient. Elle s'illustra aussi sur le plan culturel et artistique au temps de la Renaissance. Au vie siècle, pour échapper aux invasions des Lombards, les habitants des cités de l'intérieur se réfugièrent sur les îles de la lagune puis formèrent une République dirigée par un doge élu (IXe siècle). L'État vénitien, dépourvu de terres, construisit une puissante flotte commerciale qui domina bientôt la Méditerranée. En 1082, Alexis Ier Comnène fit appel à Venise contre les Normands en échange d'importants privilèges commerciaux. Grâce aux croisades, la ville s'enrichit considérablement et s'assura des comptoirs dans les principaux ports du Levant mais commerça aussi à l'ouest jusqu'en Angleterre. Au XIIIe siècle, lors de la quatrième croisade et de la conquête d'une partie de l'Empire byzantin, la République s'empara d'une série d'îles et de ports d'escale sur l'Adriatique et en Méditerranée orientale. Cette ascension (malgré la rivalité de Pise et de Gênes) s'accompagna du triomphe de l'aristocratie marchande qui détenait le pouvoir au sein du Grand Conseil. Au début du XVe siècle, Venise, entreprit, pour assurer sa sécurité, la conquête d'un État de Terre Ferme qui forme aujourd'hui la Vénétie. La prise de Constantinople (1453), les guerres d'Italie mais surtout la découverte de l'Amérique qui détourna le trafic commercial vers l'Atlantique amorcèrent son déclin. En 1797, Venise tomba sous la domination autrichienne (traité de Campoformio) jusqu'à son rattachement au royaume d'Italie en 1866. Voir Doges (Palais des), Marco Polo, Tintoret, Titien, Véronèse.

Liens utiles