ULBRICHT Walter (1893-1973)
Né à Leipzig le 30 juin 1893, ce menuisier de formation rejoint le Parti communiste allemand (KPD) dès sa fondation en 1919. Il en devient rapidement l’un des principaux responsables. Après avoir quitté l’Allemagne en 1933 puis assuré en Espagne la fonction de commissaire politique (1936-1938), il gagne l’URSS où son soutien sans faille à Staline lui vaut de dominer le KPD en exil. Fondateur du Comité national Allemagne libre en 1943, il rentre à Berlin en avril 1945 afin d’aider l’Armée rouge et de préparer la reconstruction sous l’égide d’un parti communiste qui, selon le témoignage de Wolfgang Leonhard, devait « sous des apparences démocratiques tout avoir en main ». Personnalité dominante de la jeune RDA, cumulant peu à peu tous les pouvoirs - secrétaire général du Parti socialiste unifié (SED, communiste) en 1950, premier secrétaire du Comité central (1953-1971), président du Conseil d’État en 1960 -, W. Ulbricht impose jusqu’à la fin des années 1960 un dirigisme et un centralisme ne souffrant aucune opposition (en témoignent les procès contre le révisionnisme d’un Wolfgang Harich ou d’un Karl Schiderwann en 1957-1958), ainsi qu’une fidélité indéfectible à l’URSS. Sa tentative en 1967-1968 de faire de la RDA le pays phare - et donc traitant d’égal à égal avec l’URSS - d’un socialisme considéré désormais non plus comme une étape vers le communisme mais comme une forme historique en soi, autant que son refus de l’ouverture à l’Ouest, laquelle a été inaugurée par l’Ostpolitik et acceptée par les Soviétiques, devaient précipiter sa chute : en mai 1971, il est ainsi remplacé par Erich Honecker. Il meurt à Berlin le 1er août 1973.
Ulbricht, Walter (Leipzig 1893-Berlin 1973) ; homme politique allemand et dirigeant de la RDA.
Bien qu’il ait été dénué de charisme, U. est une des figures marquantes de l’histoire allemande contemporaine. Né dans le quartier populaire de Leipzig, il y grandit ; son père est un tailleur, socialiste et athée. A partir de 1907, il suit un apprentissage en menuiserie. Dès l’année suivante, il entre aux Jeunesses du SPD dont il fréquente l’école à Leipzig. Le parti social-démocrate local, de tendance pacifiste, est orienté à l’extrême gauche ; il l’intègre en 1912. De 1915 à 1918, il est soldat en Macédoine. Quand son unité est transférée sur le front occidental, il tente de déserter mais il est repris et un tribunal militaire le condamne à deux mois de prison. Il s’évade et rejoint Leipzig, où il participe à la révolution comme membre spartakiste du Conseil des soldats et ouvriers. En 1919, il s’inscrit au KPD ; deux ans plus tard, il est un permanent du Parti, occupant le poste de secrétaire pour la Thuringe. Il n’a pas de talent d’orateur, mais il est doué d’une énergie inépuisable, d’une mémoire formidable et d’un sens extraordinaire de l’administration et de la tactique politique. Ces qualités le font remarquer de la direction du Parti qui le fait venir en 1923 à Berlin. Comme membre du comité central, il s’occupe du bureau d’organisation et du conseil militaire. Il contribue à transformer le KPD en un solide appareil centralisé sur le modèle léniniste, totalement dévoué à la politique stalinienne. U. se fait le spécialiste de l’implantation des cellules communistes dans les entreprises. De 1924 à 1927, il séjourne à Moscou où il collabore au Komintern. Il en est d’ailleurs ensuite un instructeur à Vienne et à Prague. En 1926, il est élu au Landtag de Saxe et, en 1928, au Reichstag où il est surnommé le « renard saxon ». En 1929, il succède à Wilhelm Pieck comme chef du KPD de Berlin ; il devient ainsi le principal adversaire de Goebbels qui s’est lancé à la conquête de la capitale allemande. Après avoir plongé dans la clandestinité, U. émigre en octobre 1933 à Paris où il fait partie de la direction du KPD en exil. En 1938, il part pour l’URSS où il survit aux purges, en raison de sa fidélité aveugle à Staline. Pendant la guerre, il effectue un travail de propagande auprès des prisonniers allemands. En 1943, il contribue à la fondation du Comité Allemagne libre. Le 29 avril 1945, les Soviétiques transportent à Berlin U. et une petite équipe de communistes avec pour mission d’installer une nouvelle administration municipale, apparemment démocratique, et de reconstruire le KPD. Il est l’adjoint de Pieck et le chef du bureau de liaison avec la puissance soviétique. Il apparaît vite comme l’homme fort du Parti. Il prépare la réforme agraire en zone d’occupation soviétique, la fusion du KPD et du SPD donnant naissance au SED, et il met au point le plan économique de deux ans. En 1950, il est nommé secrétaire général du Parti. Il reste vingt ans à la tête du SED sans être affecté par les changements politiques survenant à Moscou. En 1952, il annonce la « construction du socialisme en RDA », ce qui entraîne l’adoption de sévères mesures économiques. Il s’ensuit le 17 juin 1953 une révolte ouvrière réprimée dans le sang. U. renforce sa position, momentanément ébranlée, en éliminant ses rivaux. Il en profite pour prendre le titre de Premier secrétaire et en 1960, après la mort de Pieck, il cumule cette fonction avec celles de président du Conseil d’État de RDA et du Conseil national de défense. U. réunit alors en sa personne les plus hautes charges de l’État et du Parti. Jusqu’à son retrait de la vie publique, il combat toute évolution libérale et cherche à faire reconnaître la RDA sur le plan international. En 1961, il décide la construction du mur de Berlin, puis l’envoi de troupes en Tchécoslovaquie en 1968. Vieilli et malade, il démissionne en mai 1971, mais le SED en fait son président d’honneur.
ULBRICHT, Walter (Leipzig, 1893-Ber-lin Est, 1973). Homme politique allemand. Gardien de l'orthodoxie communiste et défenseur de l'intérêt national est-allemand, il domina la RDA entre 1950 et 1971. Ouvrier, membre du SPD (Parti social-démocrate) en 1912, il fut l'un des fondateurs du Parti communiste allemand. Député au Reichstag (1928-1933), il s'exila à Paris après l'arrivée au pouvoir de Hitler (1933). Commissaire politique lors de la guerre civile d'Espagne, il se fixa à Moscou pendant la Seconde Guerre mondiale et participa à la direction du parti constitué d'exilés communistes en URSS. Rentré à Berlin avec l'armée Rouge (1945), il devint en 1950 premier secrétaire du Parti socialiste unifié (SED), poste qu'il conserva jusqu'en 1971. Défenseur du centralisme démocratique, dur et intransigeant, il poursuivit toute forme de « révisionnisme » et réprima une émeute ouvrière à Berlin en 1953. Président du Conseil d'État, organe qui remplaça la présidence de la République (1960-1973), il fut l'instigateur de la construction du mur de Berlin (août 1961), ce qui expliqua, selon lui, l'essor économique de la RDA et défendit vigoureusement l'intervention soviétique en Tchécoslovaquie (1968). Resté stalinien, bien qu'ayant reconnu quelques erreurs, il laissa la direction du parti à Erich Honecker. Voir Berlin (Crise de), Luxemburg (Rosa), Prague (Printemps de).