TSVETAIEVA Marina Ivanovna
TSVETAIEVA Marina Ivanovna. Poétesse russe. Née le 8 octobre 1892 à Moscou, morte à Elabouga (république Tatare) le 31 août 1941. Fille d’un professeur à l'Université, le fondateur et le premier directeur du fameux Musée d’art de Moscou, aujourd’hui musée Pouchkine. Les premiers recueils de Marina Tsvetaieva montrent peu d’originalité : Album du soir [1910], La Lanterne magique [ 1912], mais déjà les poésies de 1916, reprises dans son recueil Les Verstes [ 1912] laissent prévoir la puissance de son tempérament poétique et le dynamisme de ses rythmes. Mariée à un officier de l’Armée blanche, S. Efron, Tsvetaieva s’est passionnée pour la cause tzariste et orthodoxe; en 1922, elle a quitté la Russie pour rejoindre son mari en émigration. Pendant trois ans, Tsvetaieva a habité Prague pour se fixer enfin à Paris en 1925. En émigration, elle a publié les poésies du cycle Camp des cygnes [1917-1921] glorifiant la noblesse et l’héroïsme des partisans du « mouvement blanc » qui, à cette époque, était pour Tsvetaieva l’incarnation de la sainteté, de la pureté des idéaux et de l’idée russes. Cette illusion s’est vite dissipée ; au cours des années trente, Tsvetaieva l’a échangée contre une autre, celle de la nouvelle Russie. Ses recueils de 1922, Poésies pour Block et La Séparation étaient une manifestation de la tristesse, voire du tourment incurable de l’apatride. Ses grands poèmes lyriques des années vingt — toujours des monologues déchirants — semblent tirés d’une « monotragédie » que Tsvetaieva a écrite toute sa vie et qu’on pourrait bien nommer (en paraphrasant Eluard) « la tragédie ininterrompue » ; ce sont Le Poème de la montagne, Le Poème de la fin [1926], L’Essai d’une chambre [1928], Le Poème de Pair [1930]. Ces poèmes — monologues qui nous font suivre l'histoire d’une passion et qui sont autant de cris de désespoir (qu’il s’agisse de l’amour triomphant ou déchu, de rendez-vous ou de séparation) — alternaient avec de véritables tragédies imitées des Grecs : Ariane (1924, publiée sous le titre de Thésée en 1927) et Phèdre (1927, publiée en 1928). Ces tragédies exprimaient la même intensité de désespoir mais sous une forme dialoguée. En marge de ce torrent lyrique en forme de monologues et de dialogues, se situe le grand poème satirique Le Preneur de rats [1925] qui reprend le thème folklorique allemand traité dans plusieurs ballades populaires et romantiques (« Der Rattenfänger von Hammln »). Tsvetaieva y montre les tendances inhumaines du XXe siecle qui s’étaient déjà manifestées en Russie soviétique et devaient se faire connaître plus tard en Allemagne. En U.R.S.S., ce poème fut publié avec des coupures qui le rendaient inoffensif. La prose de Tsvetaieva y est proche de ses vers : lyrique, subjective au dernier degré, elle aussi présente toujours des monologues passionnés, entrecoupés de sanglots ou d’exclamations; ce sont des articles polémiques sur l’art de la poésie en général comme Le Poète sur la critique [1926], Le Poète et le temps [1932], des portraits de ses contemporains (Volochine, Brioussov, André Biély), des essais sur l’œuvre des poètes que Tsvetaieva appréciait le plus : Pasternak et Maïakovski. En 1939, Tsvetaieva est revenue en U.R.S.S. où, pour gagner son pain, elle fut obligée de s’adonner à la traduction, la Russie ne publiant pas les œuvres originales d’un de ses plus grands poètes. En quittant la France, Tsvetaieva avait rompu avec le milieu des émigrés; en Russie soviétique elle n’a rien trouvé, sinon une infinie déception. Evacuée au début de la guerre à Elabouga, une petite ville de province, elle se sentit plus seule encore... Le désespoir la poussa au suicide. Tsvetaieva s’est pendue dans la chaumière tatare qu’elle habitait avec son fils.